Diversifier nos échanges et nos portefeuilles est plus nécessaire que jamais

Trois économistes de Desjardins scrutent l'horizon

diversifier, récession, inflation, crise économique
Pas de panique! Photo: iStock.com/peshkov
Partagez
Tweetez
Envoyez

Publié 04/02/2026 par Hamza Ziad

En janvier, Mark Carney a signé un accord de coopération économique et financière avec la Chine. Cet accord vise à renforcer les échanges commerciaux, les investissements bilatéraux et certaines collaborations sectorielles. Par ce geste, Carney affirme une stratégie à forte portée économique. Il cherche à élargir l’horizon commercial du Canada dans un contexte international en mutation.

Cette initiative a toutefois suscité des réserves à Washington. Aux États-Unis, plusieurs observateurs y voient un signal de rééquilibrage dans la relation canado-américaine.

Pour Jimmy Jean, vice-président et économiste en chef au Mouvement Desjardins, cette orientation demeure pertinente. Le Canada a en effet concentré historiquement l’essentiel de ses échanges avec les États-Unis.

Desjardins
Jimmy Jean.

«Mais il faut faire attention avec la Chine au niveau du respect des droits humains; certaines pratiques y sont moins rigoureuses que chez le voisin américain», prévient-il.

Cette mise en garde concerne notamment les libertés individuelles, le traitement des minorités et les normes de gouvernance, souvent critiquées par la communauté internationale.

Publicité

«Je pense que Carney agit de manière mesurée afin de préserver de bonnes relations avec les États-Unis», explique Jimmy Jean lors de la conférence Économie et marchés: que nous réserve 2026 ?, organisée virtuellement par le Mouvement Desjardins le 28 janvier.

diversifier, Mark Carney à Davos
Mark Carney à Davos.

Avancer avec mesure

Selon Jimmy Jean, le Canada a fait preuve, en 2025, d’une économie relativement résiliente, malgré l’imposition de tarifs américains et les menaces répétées en provenance du pays de l’Oncle Sam. Cette capacité d’adaptation a permis d’éviter un ralentissement plus marqué. Pour 2026, les perspectives demeurent modestes, avec une croissance anticipée de 1,3%.

«À ce niveau-là, nous ne sommes pas en situation de récession; il faudrait des chiffres nettement plus bas.»

Il invite toutefois à la prudence. «Il faut admettre qu’il existe des risques et des jalons importants à surveiller en 2026», prévient-il.

Du côté de l’inflation, le taux s’établit à 2,4%, porté par des forces opposées. La baisse des prix de l’énergie soulage les consommateurs, mais l’inflation alimentaire atteint 6,2%, tandis que les loyers progressent de 4,9%. «Cela complexifie la situation, d’autant que la croissance attendue demeure faible», conclut Jimmy Jean.

Publicité
diversifier, économique
L’économie canadienne n’est pas en récession. Photo: iStock.com/R.M. Nunes

Où investir en 2026 ?

Selon Anne Perreault, directrice, Actions mondiales et gestionnaire de portefeuille principal au Mouvement Desjardins, plusieurs secteurs présentent des occasions d’investissement intéressantes en 2026.

Desjardins
Anne Perreault.

Le secteur de la consommation discrétionnaire se distingue, soutenu par d’importants remboursements d’impôts, tandis que le secteur financier, notamment les banques, profite d’un environnement économique relativement stable et d’une croissance jugée solide.

Les résidences pour personnes âgées figurent également parmi les segments porteurs, portées par une dynamique démographique favorable et une offre limitée à l’échelle nationale. Du côté des métaux de base, le cuivre retient l’attention, la demande étant stimulée par la transition énergétique.

«Les véhicules électriques nécessitent davantage de cuivre que les véhicules conventionnels», souligne Anne Perreault, alors que l’offre demeure contrainte par l’épuisement des principaux gisements.

Enfin, le secteur de la technologie et de l’intelligence artificielle s’inscrit dans un cycle de croissance soutenu et devrait transformer durablement l’économie. Des enjeux à court terme subsistent toutefois, notamment les besoins énergétiques élevés des centres de données, qui appellent à la vigilance des investisseurs.

Publicité
diversifier, IA, intelligence artificielle
On ne prévoit pas de pause dans le développement de l’intelligence artificielle en 2026. Photo: iStock.com/Sakorn Sukkasemsakorn

Proscrire ses émotions pour mieux investir

«Les marchés financiers nous ont encore montré en 2025 que la diversification des portefeuilles est une stratégie qui fonctionne», souligne Michel Doucet, vice-président, stratège d’investissement et gestionnaire de portefeuille.

Desjardins
Michel Doucet.

Par diversification, il évoque une répartition équilibrée entre les classes d’actifs, actions, obligations et placements alternatifs, mais aussi entre les pays, les secteurs, les tailles d’entreprises et les styles de gestion.

Selon lui, la discipline émotionnelle demeure un facteur clé de succès. Il illustre son propos par l’exemple d’un investisseur ayant placé 10 000 $ en 2005 dans le secteur technologique: grâce à un investissement maintenu dans le temps, ce montant atteindrait aujourd’hui près de 80 000 $. À l’inverse, un désinvestissement hâtif après une première correction n’aurait généré qu’environ 35 000 $.

«Les émotions ont un coût; il faut les proscrire, ou à tout le moins les baliser», insiste Michel Doucet.

Le président Donald Trump et quelques-uns de ses ministres. Photo: whitehouse.gov

Respirer par le nez

«Un des enseignements de 2025, à mes yeux, est que malgré ses postures et ses déclarations, Donald Trump demeure très attentif aux réactions des marchés financiers», observe Jimmy Jean.

Publicité

Selon lui, chaque initiative susceptible de déstabiliser les marchés finit par être ajustée. «Lorsqu’une mesure trouble la stabilité financière, il recule. Et c’est plutôt rassurant», souligne-t-il.

Jimmy Jean rappelle par ailleurs que le président américain se montre particulièrement préoccupé par une décision imminente de la Cour suprême des États-Unis concernant les tarifs liés au fentanyl. Une invalidation de ces mesures obligerait Washington à rembourser les droits perçus, avec un coût potentiellement élevé pour les finances publiques.

Dans ce contexte, l’économiste appelle au sang-froid. «Il faut respirer par le nez et éviter toute panique. L’économie n’est pas en récession», insiste-t-il, rappelant que les marchés ont bien performé en 2025 et que, en 2026, la résilience de l’économie canadienne demeure bien présente.

Auteurs

Partagez
Tweetez
Envoyez
Publicité

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur