Des jeunes pas dans leur assiette

Hausse des troubles du comportement alimentaire

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Après la pandémie de covid, les troubles du comportement alimentaire chez les jeunes sont montés en flèche: anorexie, boulimie, hyperphagie... Photo: iStock.com/Motortion
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Publié 02/04/2024 par Michèle Villegas-Kerlinger

Après la pandémie de covid, les troubles du comportement alimentaire chez les jeunes sont montés en flèche. La liste des TCA est longue et comprend l’anorexie, la boulimie, l’hyperphagie, l’orthorexie, la bigorexie et les troubles alimentaires non-spécifiques dont les caractéristiques diffèrent un peu des TCA les plus connus.

Entre les années 2010/2011 et 2022/2023, les hôpitaux au Canada ont accueilli 18 740 jeunes souffrant d’un TCA. L’âge moyen des patients était de 14,7 ans.

L’anorexie, un TCA des plus redoutables et parmi les plus connus sans être toutefois bien compris, est un trouble mental qui touche entre 0,3% et 1% des filles et des femmes.

En effet, 90% des victimes de la maladie sont du sexe féminin, bien qu’il y ait de plus en plus de garçons et de jeunes hommes qui en sont affectés. La maladie serait plus difficile à diagnostiquer chez les garçons, et certains experts croient qu’ils représentent en réalité plus de 10% des cas.

Qui est le plus à risque?

Bien que l’anorexie ne fasse acception de personne, les individus les plus à risque sont:

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  • Les jeunes filles, en particulier les sujets surdoués ou à haut potentiel selon certaines études.
  • Les personnes dont l’indice de masse corporel est trop bas ou trop élevé.
  • Les individus qui pratiquent la danse, le mannequinat, un sport de haut niveau, etc.

Le diagnostic

Selon le DSM-IV, le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, les critères suivants servent à diagnostiquer un cas clinique d’anorexie mentale:

  • Refus de la part de l’individu de maintenir un poids corporel minimum normal ou son incapacité à prendre du poids pendant la période de croissance.
  • Peur démesurée de prendre du poids ou de devenir gros.
  • Présence de dysmorphophobie, c’est-à-dire l’altération de la perception du poids ou de la forme de son corps.
  • Influence exagérée du poids ou de la silhouette sur l’estime de soi ou déni de la gravité de sa maigreur.
  • Absence d’un minimum de trois cycles menstruels de suite chez les filles et les femmes.

Quelques causes possibles

On pourrait penser que l’anorexie mentale est un problème d’absorption d’aliments. Mais, bien qu’il s’agisse bel et bien d’un trouble alimentaire, l’anorexie est plutôt une maladie multifactorielle dont les causes sont parfois difficiles à déterminer.

Selon La clinique e-santé, un service en ligne établi en France et disponible 24 heures sur 24, il y a sept causes principales responsables de l’anorexie.

1. Des causes psychologiques

Plusieurs conditions ou situations préexistantes pourraient rendre une personne plus vulnérable à l’anorexie dont:

  • Des troubles obsessionnels compulsifs (TOC).
  • Une ou des phobies sociales.
  • Un ou des traumatismes.
  • Le rejet du corps qui change à la puberté.
  • Des troubles dépressifs et l’anxiété.
  • Une personnalité obsessionnelle, évitante ou borderline.
  • Le perfectionnisme.
  • Une piètre estime de soi.
  • Une possible incapacité de la mère à satisfaire les besoins physiques et émotionnels de sa fille ou de son fils dans son enfance.

La présence d’une ou de plusieurs de ces conditions ou situations pourrait augmenter le risque de tomber victime d’un trouble du comportement alimentaire.

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2. Les facteurs socioculturels

L’insatisfaction corporelle peut dégénérer en anorexie. La société a toujours véhiculé des corps soi-disant «parfaits» de l’homme et de la femme, selon les normes imposées de l’époque, associant ces images à la réussite et à une sorte de bonheur sans nuages.

De nos jours, la pression est encore plus forte de se conformer à des standards irréalistes et irréalisables, véhiculés par les médias en général et par les médias sociaux en particulier.

Mais un corps qui correspond aux normes acceptées par notre société ne nous rend pas forcément plus réussis ni plus heureux et ceux qui essaient de se conformer, coûte que coûte, à ce soi-disant «idéal», sont plus à risque de développer un trouble du comportement alimentaire.

3. Les facteurs familiaux

Quelques facteurs familiaux peuvent prédisposer un individu à l’anorexie comme:

  • Des restrictions alimentaires auto-imposées par un des parents.
  • La présence d’un membre de la famille qui souffre déjà d’anorexie ce qui augmente par quatre la possibilité qu’un autre membre de la famille souffre d’un trouble alimentaire.
  • La dépression.
  • Une communication lacunaire ou l’évitement des conflits.
  • Un parent peu accessible ou très exigeant.
  • Des remarques déplaisantes ou des moqueries qui visent l’apparence physique de l’individu.

4. Les facteurs génétiques

Les scientifiques ont trouvé un aspect génétique à l’anorexie mentale. Ce qu’ils ont découvert, c’est la tendance à un comportement addictif. Dans le cas des anorexiques, certains gènes sont associés à la façon dont leur corps stocke et gère l’énergie.

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5. Les facteurs physiologiques qui font perdurer la maladie

Il existe des dérèglements physiologiques qui font durer l’anorexie chez un individu. C’est le cas des émotions ou des hormones qui influent sur le sentiment de satiété ou l’humeur.

En fait, ces dérèglements peuvent être une cause ou une conséquence de l’anorexie. À titre d’exemple, la ghréline, une hormone qui stimule l’appétit, peut se dérégler. Il y a aussi la sérotonine, la soi-disant «hormone du bonheur», qui semble être déficiente chez les anorexiques.

Par ailleurs, des chercheurs ont découvert un lien entre l’anorexie et l’altération de certaines zones cérébrales, tout particulièrement celles de la prise de décision et de la motivation.

La rigidité cognitive dont fait preuve l’anorexique l’empêche de rompre avec le cercle vicieux où la maladie tient la personne captive. Un exemple serait la conscience intéroceptive, une communication essentielle entre le cerveau et le corps.

Les signaux envoyés par le corps, comme la fatigue ou la faim, seraient moins bien reçus par le cerveau d’un individu souffrant d’anorexie.

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Certains dérèglements intestinaux sont aussi pointés du doigt pour expliquer la maladie.

6. Le contrôle et la surpuissance

Le besoin de contrôle est un des facteurs souvent présents chez l’anorexique. La personne atteinte peut associer le contrôle de son alimentation au contrôle de sa vie. Cette impression impartit au malade un certain sentiment de puissance.

Malheureusement, son refus de manger comme les autres ne fait qu’exacerber la maladie. Que ce soit par l’anorexie restrictive ou la purgative, qui s’apparente à la boulimie, par la pesée ou par un autre moyen, l’anorexique se fixe des objectifs dangereux et souvent irréalistes.

Alors que l’individu essaie de prendre le contrôle de sa vie en se privant de nourriture, c’est trop souvent la maladie qui prend le contrôle de la vie de la personne malade.

7. Le refus de la dépendance

Refuser de manger peut être une façon de s’affranchir de la dépendance des parents. Un refus ouvert de manger peut se traduire par une volonté d’affirmer son indépendance en tant qu’individu autonome.

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En revanche, certains anorexiques, au lieu d’une confrontation directe avec les parents, se rebellent secrètement en jouant avec leur nourriture tout en feignant de la manger, par exemple.

Les tristes conséquences

Les conséquences de l’anorexie peuvent être tragiques. La maladie peut entraîner une fonte musculaire, de l’ostéoporose, une déshydratation, des troubles digestifs, une aménorrhée (absence de règles) chez les filles et les femmes, de la frilosité et du lanugo (un fin duvet qui couvre tout le corps), de l’alopécie (perte des cheveux), des arythmies cardiaques, comme la bradycardie, un dysfonctionnement ou une défaillance des organes vitaux, comme le cœur, les reins ou les yeux.

La léthargie et la fatigue sont très fréquentes et l’estime de soi est faible. Le sujet peut éprouver de la dépression, de l’anxiété et de l’irritabilité. Des distorsions cognitives et des problèmes de concentration peuvent se manifester. La personne peut finir par s’isoler et éprouver des dysfonctions somatiques et/ou sexuelles, dont une possible difficulté à avoir des enfants ultérieurement.

Comme dans le cas d’autres dépendances, de nombreux anorexiques, et parfois des membres de leur famille, sont en état de déni et l’aide d’un professionnel ou d’une professionnelle de la santé est souvent la seule façon pour le ou la malade et sa famille de s’en sortir. Sans cette intervention, le sujet a moins de chances de rompre le cercle vicieux dans lequel il est pris.

Y a-t-il des solutions?

Aujourd’hui, le traitement de l’anorexie consiste en une approche globale qui comprend une thérapie cognitive individuelle, une thérapie familiale, une modification du comportement et une réhabilitation nutritionnelle.

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Les objectifs principaux de ces thérapies sont la reconstruction de l’identité de la personne et le gain de poids. En cas de dépression, des antidépresseurs peuvent être prescrits.

Les parents sont des joueurs à part entière dans la guérison de la personne malade. Dans les cas les plus graves, l’hospitalisation pourra être nécessaire. Malgré une prise en charge précoce et agressive de l’individu par des professionnels de la santé, le taux de rechute est d’environ 35%.

Pourtant, plus l’anorexique a un sens précis de sa propre identité et de ses objectifs dans la vie, meilleur sera le résultat de l’intervention thérapeutique.

Si vous connaissez quelqu’un qui souffre d’anorexie ou d’un autre trouble du comportement alimentaire, ou si vous en êtes atteint(e) vous-même, les services suivants pourraient vous être utiles:

Auteurs

  • Michèle Villegas-Kerlinger

    Chroniqueuse sur la langue française et l'éducation à l-express.ca, Michèle Villegas-Kerlinger est professeure et traductrice. D'origine franco-américaine, elle est titulaire d'un BA en français avec une spécialisation en anthropologie et linguistique. Elle s'intéresse depuis longtemps à la Nouvelle-France et tient à préserver et à promouvoir la Francophonie en Amérique du Nord.

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