Des gouttes de bonheur littéraire

Didier Leclair, Le bonheur est un parfum sans nom, roman, Ottawa, Éditions David, coll. Indociles, 2017, 254 pages, 21,95 $.


11 septembre 2017 à 14h57

Le bonheur a-t-il un goût, une couleur, une odeur? Voilà la question à laquelle Didier Leclair tente de répondre dans le roman Le bonheur est un parfum sans nom. Le personnage principal, et narrateur, est un romancier qui fait partie d’un quintette de jazz. L’histoire que raconte Leclair est parfumée de cette musique.

Le nom du narrateur n’est jamais mentionné. On sait qu’il a 50 ans, vit à Toronto, est séparé de sa femme et a deux enfants, un garçon et une fille. C’est un homme noir élégant portant un chapeau en feutre (comme Didier Leclair).

Les noms de plusieurs jazzmen, eux, sont mentionnés. Je ne m’y connais pas en musique, en jazz surtout, mais j’ai déjà entendu parler de Miles Davis, Duke Ellington ou Dave Brubek, vaguement. Les noms suivants me sont cependant complètement inconnus: Ben Webster, John Coltrane, Ornette Coleman, Eric Dolphy et Kenny Clarke qui étaient le récit.

Didier Leclair
Didier Leclair

L’auteur m’a rappelé que le jazz est né d’un peuple réduit à l’esclavage et que, «même dans l’adversité, il peut naître une rose».

Pour Leclair, le musicien de jazz ressemble à un écrivain «puisqu’il est l’ami du temps, l’ami du rythme qui transporte vers un ailleurs».

Le narrateur-protagoniste est un écrivain qui n’a pas écrit une ligne depuis quatre ans. Son éditeur lui propose un ouvrage sur les Grands Lacs d’Afrique, puis un Guinéen lui demande d’écrire sa biographie. Le narrateur préfère écrire un roman, celui que nous lisons.

Le texte est parsemé de réflexions sur l’écriture. Leclair souligne, par exemple, que l’écrivain «renaît à chaque fois qu’il trouve un lecteur». Il note que Jorge Luis Borges croyait à la réincarnation des écrivains en livre, il se compare à un personnage du romancier Julian Barnes, il souligne que, pour Romain Gary, «la réalité n’est pas une inspiration pour la littérature», c’est le contraire.

L’auteur ajoute que, «pour un écrivain, un livre est à la fois un cri à l’aide et un bras d’honneur envers tous ceux qui prétendent comprendre son angoisse». Plus loin, il précise: «Je veux disparaître entre les pages de mon manuscrit. Devenir un point d’interrogation, quelque chose qui a la gueule ouverte et réclame une réponse, n’importe quelle réponse à la raison d’être.»

Je ne suis pas un adepte de Facebook ou Twitter, comme les enfants du personnage principal du roman. Le père ne peut pas avoir une conversation avec son fils sans être interrompu à distance par un «POKE-YOU!»

Le style de Didier Leclair est toujours finement ciselé. Son personnage tombe amoureux d’une dame mystérieuse à laquelle il donne le nom de Miss Perfumado. L’auteur écrit alors: «Tu as tatoué ton image sur la rétine de mes yeux et je rentre chez moi pour revoir le film de ton passage, au ralenti.» On imagine les accents de jazz qui ponctuent ce film.

Le poète, essayiste et philosophe américain Ralph Waldo Emerson a écrit que «le bonheur est un parfum que l’on ne peut répandre sur autrui sans en faire rejaillir quelques gouttes sur soi-même». Ce sont des gouttes de bonheur littéraire que Leclair fait rejaillir sur son lectorat, tout en lui rappelant que «l’amour est un apprentissage et chaque erreur nous renvoie à la case départ».


Vous pouvez rencontrer Didier Leclair le lundi 18 septembre, à 18 heures, à la Bibliothèque de référence (Beeton Hall, 789, rue Yonge) pour un entretien sur les défis qui se posent à quiconque écrit en français en Ontario.

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