Un roman qui a la force d’un cyclone littéraire

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Nathacha Appanah a 35 ans. Elle est née à l’Île Maurice et vit maintenant à Paris. Son quatrième roman, Le Dernier Frère, a remporté le Prix des lecteurs de L’Express en 2008. Le magazine français a alors lancé un «avis de cyclone littéraire». Le mot n’est pas trop fort. Nous sommes en présence d’un texte d’un profond humanisme, d’une sensibilité à fleur de peau, d’une rare émotion.

Ce roman nous révèle que des Juifs ont été déportés à l’Île Maurice en 1940. Ils provenaient de l’Autriche, de la Pologne et de la Tchécoslovaquie. La romancière s’inspire de ce fait peu connu et tisse une histoire qui met en scène un jeune Mauricien de Beau-Bassin (Raj) et un garçon de Prague (David). Frêle et au sourire lumineux, ce dernier erre dans la cour de la prison de Beau-Bassin. Comme le père de Raj est gardien de prison, l’enfant en vient à croiser le petit David. L’attraction est immédiate et des plus intense.

Raj est le narrateur. Il a maintenant 70 ans. Il nous apprend que David est mort à l’âge de 10 ans. Le roman raconte les derniers mois de ce Juif errant et décrit surtout l’amitié qui a lié les deux garçons, l’espace d’une tragédie. Raj ne sait rien de la Seconde Guerre mondiale, de la déportation des Juifs, de l’étoile de David. L’enfant sait qu’il est seul, que David est seul, qu’ensemble ils peuvent survivre. Pour Raj, David est «un cadeau tombé du ciel» car il remplace les deux frères qu’il a perdus quelques mois plutôt lors d’un éboulement. C’est pourquoi le roman s’intitule Le Dernier Frère.

David réussit à s’échapper de la prison parce que Raj ouvre une brèche dans la grille de barbelés en enfonçant ses paumes pour libérer «une bouffée de sérénité et d’espoir». Soixante ans plus tard, Raj avoue qu’il n’a pas sorti David de prison parce que le jeune Juif était malheureux, mais plutôt parce que, «moi, j’étais malheureux». Générosité réduite à un courage de pacotille? se demande l’auteure. Pas vraiment. Nous sommes en présence du regard innocent d’un enfant de douze ans, revécu par un homme mûr et désespéré. Une belle leçon d’humanité.

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Tout au long du roman, Raj apparaît hypnotisé par David, presque séduit. Il écrit: «sa langue était une sorte de musique pour moi… mon corps entier se cabre, se lève et hurle David… j’aurais trouvé une cachette, creusé à mains nues une tranchée, David à mes côtés… j’aurais aimé dire qu’il m’a serré fort dans ses bras une dernière fois… je disais à David que nous n’allions pas nous séparer…» Amitié particulière? Je ne saurais le dire.

Chose certaine, Le Dernier Frère est un roman où chaque mot nous touche profondément. Nathacha Appanah cisèle ses phrases avec pudeur pour décrire remords et chagrin, espoir et recommencement. L’Express a eu raison de dire que ce livre est un cyclone littéraire.

Nathacha Appanah, Le Dernier Frère, roman, Paris, Éditions de l’Olivier, coll. Points, 2008, 224 pages.

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