Découvrir comment la vérité ment

Jean‐Jacques Pelletier, Bain de sang, roman, Montréal, Éditions Hurtubise, 2017, 490 pages, 24,95 $.
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Dès les premières pages du roman Bain de sang, de Jean-Jacques Pelletier, le lecteur voit une baignoire dans une vitrine, pleine de sang dans lequel baigne un cadavre, d’où le titre.

L’enquête est confiée au sergent-détective Henri Dufaux, du Service de Police de la Ville de Montréal, qui peut aisément débusquer le mensonge, mais son vrai défi consiste à «découvrir comment la vérité ment».

Le sang dans la baignoire provient de plusieurs hommes: un agent du Service canadien des renseignements secrets, un mafieux, un motard, un militaire, un designer, un financier… Et il y a plein de disparus, dont un ministre québécois friand de galipettes en Thaïlande.

L’équipe de Dufaux entreprend une sorte de chasse au trésor qui consiste à trouver des corps, des têtes et des organes manquants. Les articles dans la presse écrite sont coiffés de titres où abondent les mots «boucherie… tueur sanguinaire… bain de sang… corps massacrés… baignoire sanguinaire…trafic monstrueux…»

L’auteur multiplie les pistes et les journalistes s’en donnent à cœur joie. Ils parlent d’un règlement de compte au sein du crime organisé, d’un tueur fou, d’une guerre de gangs ou d’un tueur de machos. Il est même question de «féministes extrémistes qui sous-traitent des contrats d’homicide et de torture à un groupe mafieux des pays de l’Est».

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Pelletier écrit que les journalistes ont un sixième sens. «C’est des sortes de mutants! Ils sentent l’odeur du sang à distance.» L’auteur fait quelques jeux de mots sur le nom du sergent-détective: «Dufaux distingue le faux du vrai… il y a du faux partout… Dufaux dit vrai…»

Le Service canadien des renseignements secrets (SCRS) s’infiltre dans l’enquête de Dufaux. Une femme du SCRS fait équipe avec Dufaux, flirte avec lui, l’invite même dans son lit. Elle s’amuse à lancer des répliques équivoques comme «notre affaire est loin d’être terminée».

Il y a aussi un sergent-détective d’une autre unité, qui écraserait tous ses adversaires s’il y avait un concours pour trouver l’ordure ultime. Son obsession consiste à attaquer Dufaux et ses jeunes recrues aux surnoms colorés: Paddle, Parano, Kodak, Sundance, Sarah la rousse, Sarah la blonde et Sarah la noire.

D’un chapitre à l’autre, le lecteur découvre des têtes, des corps complets et des organes isolés, mais il manque «la personne qui a conçu et organisé ces attentats». Il y a tellement d’indices que Dufaux n’arrive pas à percevoir le portrait global.

Chaque jour, le sergent-détective ou un membre de son équipe trouve une nouvelle donnée. Dufaux ne voit «toujours pas la logique de tout ça. Ni ce qui relie les victimes entre elles.» Un animateur à la radio dit que l’enquête reste au point mort. «Au point mort… Est bonne!»

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Le récit revêt quelques accents personnels. Après le décès de sa femme et le suicide de son meilleur ami, Dufaux suit une thérapie qui est censée l’aider à vivre ou «apprendre à moins mourir». Il vit entouré de morts, autant dans sa vie privée que dans son métier. Son enquête et sa vie semblent toutes deux devenir un chaos.

Pour camper les personnages de son roman, Jean-Jacques Pelletier puise allègrement dans toute une palette sexuelle: hétéro, homo, bi, trans, «à voile, à vapeur et tout ce que vous pouvez imaginer!».

Bain de sang est une enquête où les ingrédients vont des mensonges aux demi-vérités en passant par les ruses, les manipulations et les secrets. En plus d’être bien architecturé, ce polar a le mérite d’offrir de savoureuses analyses psychologiques et sociologiques.

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