De la magasinite à la cleptomanie

roman
Florence Noiville, Confession d’une cleptomane, roman, Paris, Éditions Stock, 2018, 198 pages, 29,95 $.
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L’épouse du ministre des Finances de la France reconnaît qu’une force s’empare d’elle lorsqu’elle s’empare d’un objet sans le payer. Valentine de Lestrange ne vole pas, le verbe est mal choisi. Elle détourne, soustrait, subtilise, «fait disparaître»…

Ce personnage est disséqué par la romancière Florence Noiville dans Confession d’une cleptomane.

Une pulsion

Les petits vols discrets et subtils de Valentine l’amusent, l’excitent. Elle en a réellement besoin. Il s’agit d’une pulsion qui vient de Dieu sait où, mais qui lance un défi. Dans sa famille, on souffre de cleptomanie depuis trois générations; sa mère et sa grand-mère jouissaient de cette «souffrance».

Très souvent, les cleptomanes s’emparent de choses inutiles, parfois dérisoires. Valentine a plus que les moyens de payer ce qu’elle fait disparaître.

Elle s’amuse à faire des jeux de mots: robes dérobées, jupe déjupée. Quand son mari lui offre un élégant parfum Shalimar, Valentine est presque contrariée: «un Shalimar volé, quel arôme!» Elle trouve formidable de faire des cadeaux qui ne coûtent rien.

Femme «distraite»

Quand Valentine se voit épiée par un commis, elle se dit qu’il n’y aura pas de prochaine fois, mais elle est bien consciente de ne pouvoir jurer de rien. Une caméra dans un dépôt d’essence montre qu’elle est partie sans régler la note de 30,03 euros. Des semaines plus tard, elle est sommée de se présenter à la police.

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Valentine doit avouer sa cleptomanie à un proche ami avocat qui l’accompagne pour fermer le dossier d’une «femme distraite». Dès lors, le roman se transforme presque en polar. Est trompé qui croyait tromper…

Pathologie

Florence Noiville note que, dans le Paris des années 1870, les vols à l’étalage devenaient une manie qu’appelait alors la magasinite. L’auteure nous livre aussi de longues descriptions sur la cleptomanie, tantôt maladie mentale, tantôt impulsion pathologique.

Les causes de ce mal qui touche un pour cent de la population (en France) vont d’une faible estime de soi à la lutte contre l’angoisse, en passant par l’hyperémotivité ou une intolérance à l’ennui.

Elle écrit que «l’avantage de considérer la cleptomanie comme un trouble addictif est que l’on peut concilier les deux dimensions (impulsivité et compulsivité) en apparence opposées, mais qui peuvent coexister chez un même individu à différents moments».

Héroïne hitchcockienne

Valentine est inventée, mais elle personnifie les femmes (plus nombreuses que les hommes) aux prises avec cette dépendance. Florence Noiville nous livre le portrait d’une héroïne hitchcockienne, poignante et quasi diabolique.

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