De bien belles heures

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Les heures dont il est question ici ne sont pas celle que les montres, horloges, pendules et autres chronomètres les plus perfectionnés ou richement décorés peuvent afficher. Il s’agit, dans la religion catholique, des moments de la journée consacrés a la prière et appelés officiellement heures canoniales.

Ces heures découpent la journée en huit parties et au Moyen Âge rythmaient la vie des villages au gré des cloches qui sonnaient. Comme le temps n’était pas mesuré de manière très précise, il s’agissait d’approximations.

Ce sont d’abord les monastères qui suivent les heures religieuses par des moments de prière réglementés par saint Benoît de Nursie vers 534. Il y avait alors ces moments quotidiens: Matines ou vigiles à minuit, Laudes à l’aurore, Prime, première heure du jour, Tierce, troisième heure du jour, Sexte, sixième heure du jour, None, neuvième heure du jour, Vêpres, le soir, Complies, avant le coucher.

Progressivement, l’habitude s’est prise, dans les milieux catholiques, de s’associer à des moments particuliers de la journée par des prières, marqués peut-être par les sonneries de cloches, symbolisés plus tard par l’Angélus, célèbre tableau de Jean-François Millet. Et pour ce faire sont apparus des livres d’Heures.

Livre d’Heures

Un livre d’Heures est un livre religieux destiné aux catholiques laïcs, permettant de suivre la pratique quotidienne des moments de prière. Le livre d’Heures comprend généralement un calendrier pour suivre l’évolution de la liturgie au long de l’année, mais aussi, parfois, des psaumes, des textes évangéliques, des vies de saints. Il représente le modèle le plus courant d’ouvrage médiéval.

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Les premiers livres d’Heures destinés aux laïcs apparaissent pour la première fois dans le courant du XIIIe siècle en France et au sud des Pays-Bas d’où de nombreux artistes sont originaires, qui contribuent à la décoration de ces livres de prière. Ces livres deviennent très populaires au cours du XVe siècle un peu partout en Europe, se répandant dans de larges couches de la société.

Les Belles Heures

Lorsque des utilisateurs fortunés de ces livres de dévotion s’intéressent à ces manuscrits, ils n’hésitent pas à s’offrir les services d’artistes enlumineurs pour les illustrer selon les modes de l’époque: écriture gothique, initiales champies (lettres, souvent dorées, placées sur un fond peint, rehaussées de motifs stéréotypés), lettres filigranées (lettres décorées d’un motif d’inspiration végétal dessiné à la plume fine), cartouches, scènes historiées, bordures soulignant l’art de l’enluminure (L’Express, 13 avril 2010, Splendeur de l’enluminure)

Jean de Berry eut du goût pour ce type de manuscrit. Son nom est associé à une prestigieuse série de livres d’Heures qu’il a fait exécuter pour son usage entre 1375 et 1416, année de sa mort. (L’imprimerie n’apparaît qu’après 1450 avec Gutenberg.)

Le duc de Berry, Jean de France dit Jean le Magnifique, fils du roi Jean II le Bon, mécène et bibliophile, fait venir entre 1405 et 1409, pour la décoration d’un manuscrit dit des «Belles Heures» les frères Pol, Jean et Hermann de Limbourg, originaires de Nimègue aux Pays Bas, qui travaillaient jusqu’alors pour son frère Philippe le Hardi, duc de Bourgogne.

Ils vont illustrer ce livre d’Heures qui «reste l’un des plus remarquables du duc de Berry, en raison non seulement de la beauté exceptionnelle de ses enluminures, mais aussi des innovations que les frères de Limbourg ont apportées notamment dans les compositions, la conception de l’espace et la narration». (Éditeur)

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Livre d’art

Il en résulte un magnifique et rare ouvrage d’art, comme on a rarement l’occasion d’en voir au Canada. Même s’il ne se présente pas selon cette division, l’ouvrage se compose de trois parties et compte plus de 300 illustrations d’un raffinement artistique éblouissant.

L’éditeur s’en explique ainsi: «Intégralement reproduites dans son format original, les Belles Heures du duc de Berry sont accompagnées, pour mieux comprendre le contexte de leur création et l’influence de ses enluminures, par 25 œuvres majeures des collections françaises et étrangères (Parement de Narbonne, Grande Piétà ronde de Jean Malouel, Prophète en bronze doré…), orfèvrerie, sculptures et ivoires, révélant une fertilité artistique éblouissante.»

La première partie, après une introduction, présente «Les frères de Limbourg» (p.21-28) pour initier le lecteur à leur art de l’enluminure, avec de nombreux exemples en couleur. Suivent deux autre chapitres, «Les sources et influences», abondamment illustré et très intéressant comme historique de l’art de l’enluminure (p. 21-79) et «La structure du manuscrit».

Ainsi préparé, le lecteur peut aborder la deuxième parte, la raison d’être de l’ouvrage, le manuscrit lui-même (p. 88-345). Il ne lui reste qu’à s’extasier sur les enluminures qui fleurissent à chaque page en prenant connaissance du texte en regard.

La troisième et dernière partie offre des études annexes, Observations techniques sur le manuscrit, la Bible historique et les Très Riches Heures (un autre manuscrit), L’art en France autour de 1400, Les emprunts aux Belles Heures, Bibliographie, Index.

Un livre rare, un livre d’art, un cadeau à faire ou à se faire, sans aucun doute.

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