Dans plusieurs milieux, l’ouverture aux Noirs reste un défi

Février, mois de l’histoire des Noirs

Mois de l'Histoire des Noirs
Des Noirs anadiens célèbres : Oscar Peterson, Michaëlle Jean, Ferguson Jenkins, Anderson Ruffin Abbott, Josiah Henson, Donovan Bailey, Deborah Cox, Mathieu da Costa, William Hall, Jarome Iginla, Marlene Jennings, Clement Virgo, Kardinal Offishall, Elijah McCoy, Austin Clarke, Jamaal Magloire.
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Alors que le mois de février célèbre comme chaque année l’histoire des Noirs, le constat est toujours le même au Canada: la population noire est sous-représentée. Que ce soit dans les milieux économiques, politiques ou médiatiques, l’ouverture reste un défi.

D’après le recensement de 2016, 3,5% de la population canadienne s’identifie comme noire. Pourtant, cette même proportion ne se retrouve pas dans l’espace public. «On est moins de 1%!», observe Léonie Tchatat, fondatrice et présidente-directrice générale de la Passerelle IDÉ (intégration et développement économique).

Pour la Franco-Ontarienne, le combat se poursuit en 2019: «Le constat est clair. Il y a encore beaucoup de choses à faire en matière d’ouverture et de développement. Il faut que les minorités visibles comprennent qu’elles ont toutes les compétences pour contribuer au système social, politique et économique.»

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Léonie Tchatat

Montrer l’exemple

Avec la Passerelle, créée il y a plus de 20 ans, Léonie Tchatat veut favoriser l’intégration des immigrants francophones, dont la plupart sont issus de la minorité visible.

«Il faut éduquer et sensibiliser», insiste-t-elle. C’est dans cette optique que le Conseil de développement des talents bilingues francophones a été lancé en 2015 et se réunit à nouveau ce 13 février. «On sensibilise les employeurs et les cadres dirigeants à la valeur ajoutée que les immigrants apportent», souligne la fondatrice.

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Car celle qui a été nommée à la Commission ontarienne des droits de la personne en 2017 remarque qu’un certain nombre de jeunes qualifiés se retrouvent à des postes de bas niveau.

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Winy Bernard

Histoires de succès

Exemple de réussite, l’entrepreneure Winy Bernard veut inspirer les autres. En témoigne son podcast ICE (Innovateurs, Créateurs, Entrepreneurs) prévu pour avril prochain. «On veut mettre de l’avant les communautés sous-représentées, comme les femmes, les minorités visibles, les LGBTQ. Il y a de belles histoires de succès, mais on n’en parle pas», regrette-t-elle.

À travers ses interventions, la Torontoise sait l’importance de la représentation auprès des jeunes. «Voir qu’il existe des gens comme eux qui ont leur propre entreprise, ou qui travaillent à haut niveau dans des entreprises, leur montre qu’ils peuvent aller plus loin.»

Avec l’agence de relations publiques Deux Creative, qu’elle a fondée en 2016, elle offre même de former les jeunes francophones au numérique avec le programme Créateurs Z.

Toronto et ailleurs

La seule ville de Toronto rassemble 42% de la population noire du pays d’après Statistique Canada. «Toronto est la ville la plus multiculturelle avec Montréal et Vancouver», note Léonie Tchatat.

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Si dans la métropole l’enjeu est surtout économique, d’autres problèmes se posent ailleurs: «On trouve le défi du vivre ensemble dans d’autres régions. Certaines communautés se sentent parfois envahies», évoque-t-elle.

Née à Toronto à une époque où elle pouvait compter sur les doigts de la main les personnes noires ou issues d’autres minorités visibles, Winy Bernard a vu le changement s’opérer: «J’ai vu la francophonie s’ajuster jusqu’à un certain point. Les discours doivent aussi s’ajuster, car la francophonie est multiple. Aujourd’hui, l’interculturalité est omniprésente dans le monde où je vis.»

Une culture n’exclut pas l’autre

Elle-même se considère comme Franco-Canadienne avant tout, mais n’occulte pas ses origines haïtiennes: «Je suis plus d’une chose. J’ai toujours navigué dans cette biculturalité.»

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Paulin Mulatris

Dans les provinces de l’Ouest, la représentativité est encore plus faible. «Combien comptez-vous de députés provinciaux noirs dans les Prairies?», interroge Paulin Mulatris, professeur en sociologie au Campus Saint-Jean à Edmonton.

Au niveau fédéral, le Conseil des ministres n’en compte qu’un seul, Ahmed Hussen, ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté.

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Dans les milieux décisionnels

Même constat dans les médias: «Je vois une certaine représentativité à Radio-Canada, mais pas dans les positions d’autorité. C’est la même chose dans tous les mondes: économie, politique et médias», perçoit Paulin Mulatris.

Y compris en éducation, où la vaste majorité des postes de direction est occupée par des personnes blanches selon lui. «Il y a des enjeux de pouvoir immenses. C’est difficile de parler d’une inclusion sociale et économique sans être dans les milieux décisionnels.»

Le sociologue estime que l’on pourrait faire plus pour intégrer ces populations: «On retrouve peu d’entrepreneurs noirs en milieu francophone, ces initiatives ne sont pas encouragées. Ça prend une volonté politique pour bâtir un entrepreneuriat dans ces milieux-là. On a tendance à les présenter comme des demandeurs d’emploi, mais ils ont plein d’idées.»

Une société équilibrée

Paulin Mulatris voudrait plus d’initiatives de soutien aux jeunes Canadiens noirs comme celle lancée en juin 2018 par Patrimoine canadien.

Car l’enjeu de la représentativité concerne tout le monde: «On ne peut pas bâtir une société équilibrée en excluant une partie de la population. On ne peut pas penser que ces gens-là peuvent être dans le décor social comme des passagers clandestins. Ils doivent être inclus à tous les niveaux», avance le professeur.

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D’après Statistique Canada, les Noirs constituent le groupe minoritaire le plus jeune au pays avec 27% d’entre eux ayant moins de 14 ans.

En outre, le recensement de 2016 a montré que les Noirs avaient un taux de chômage de 12,5%, contre 7,3% pour la moyenne nationale. Pas de doute, donc, que «la bataille se poursuit» pour Paulin Mulatris, qui constate une évolution très lente et «la persistance des préjugés historiques».

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