Connaissez-vous la twittérature?

Chantale Gingras, La vie est brève, historiettes, Québec, Éditions L’instant même, coll. Twittérature, 2016, 96 pages, 14,95 $.
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Avec les réseaux sociaux, notamment Twitter, la communication est instantanée et brève. Dans le cas de Twitter, le message doit comporter un maximum de 140 caractères, espaces comprises. Ces courts textes, nouvelles et pensées peuvent donner lieu à ce qu’il est convenu d’appeler la twittérature. Chantale Gingras a publié 265 tweets ou historiettes dans La vie est brève.

Les petites perles que nous offre l’auteure sont en effet très courtes, mais surtout riches de vie et de sens. Les cinq sections qui constituent ce savoureux recueil (Amours, Portraits, Ricochets, La Vie, la vie et Fatalité) lui permettent de saisir l’essentiel en un tour de plume. Les thèmes touchent au quotidien: le désir, la trahison, la désillusion, la vieillesse, la maladie, la mort.

Rien comme donner quelques exemples pour illustrer cette nouvelle forme littéraire. Sous la rubrique Amours, on peut lire: «Chaque matin, après le départ de Louis, Sara humait longuement son oreiller pour y respirer un peu ses rêves. Ils étaient 100% coton.»

Ou encore  «C’est son meilleur ami, son confident. Son complice depuis quatre ans. Elle se voit déjà mariée. Il l’aime bien, mais préfère les hommes.»

La section Portraits offre un vaste éventail d’instantanés, dont voici un exemple bien tourné: «Il est bardé de diplômes. Il cite les grands auteurs dans le texte, connaît les vins, sait tout sur la Corée du Nord mais rien sur sa femme.»

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L’écriture d’une pensée percutante se fait souvent plus aisément en ayant recours à plusieurs phrases. L’espace réduit qui caractérise les gazouillis exige une rare concision dont Chantale Gingras sait faire preuve. Toujours dans la section Portraits, on peut lire  «Il n’était bon dans aucun sport. Sa virilité pâlissait sur le terrain. Il ne savait que lire, penser, réfléchir. Et aimer. Comme un homme.»

La vie nous réserve parfois (souvent) de mauvaises surprises. Nous avons beau nous préparer, prendre des précautions, faire un détour, le destin sait se moquer de nous. À preuve: «Il partit 30 minutes plus tôt pour éviter les embouteillages. Il arriva juste à temps sous le viaduc pour accueillir le bloc de béton.» Ce gazouillis figure sous la rubrique Ricochets.

Voici un exemple de ce qu’on peut lire au sujet de La vie, la vie: «Son humeur maussade le quitte soudain. Son travail, les factures à payer, sa femme hystérique n’existent plus. Le Canadien a gagné la coupe.»

Même les réseaux sociaux sont le sujet d’un tweet: «Mathieu quitte Facebook et monte souper avec sa mère. Ailleurs, une fille de quatorze ans fixe son écran et pleure sa réputation perdue.»

Le dernier thème du recueil porte sur la Fatalité. Ici, la twittérature se fait plus triste: «Berthe pleure. Sa perruche s’est enfuie. Couché sur les genoux de sa maîtresse inconsolable, le chat adoré se lèche lentement les babines.»

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Ou encore: «Elle cuisine. Sa fille de six ans joue sur le perron devant la maison. Quand le souper est prêt, la petite n’est plus là. Envolée. Enlevée.»

Les 265 historiettes ou gazouillis de Chantale Gingras peuvent se lire indépendamment les uns des autres, mais le recueil se loge nettement à l’enseigne de la cohérence, voire de l’harmonie.

Une nouvelle forme littéraire est née. Vive la twittérature!

 

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