Autofiction et réflexion sur la vie et la mort

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Journaliste reconnu pour ses pénétrantes analyses de la politique internationale, romancier doué pour son regard franc sur les grandes douleurs du monde, Gil Courtemanche a récemment signé une autofiction intitulée Je ne veux pas mourir seul. Dans ce nouveau livre, le plus personnel qu’il nous ait donné jusqu’à ce jour, ce n’est plus le journaliste ou le romancier qui s’adresse à nous, mais un homme seul devant la mort, seul devant la vie, qui lance un bouleversant cri de douleur, un pressant appel à ne pas laisser échapper cette vie.

Il s’agit d’une autofiction, d’un récit écrit à la première personne. Gil Courtemanche nous apprend que sa douce moitié vient de le quitter et qu’il est atteint du cancer.

Après huit ans de vie avec Violaine, il reçoit son congédiement par courriel: «Je te quitte». Or, vivre sans Violaine n’est pas vivre, «c’est une forme insidieuse de mort, une sorte de cancer émotif».

Comme je ne connais pas personnellement Gil Courtemanche, je ne saurais distinguer entre la part autobiographique et la part fictive de Je ne veux pas mourir seul.

Chose certaine, cette autofiction est une réflexion sur les deux côtés d’une même médaille: la vie et la mort. Le narrateur n’a pas envie de vivre, mais il a peur de mourir.

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Il écrit que «le malade veut guérir pour vivre. J’ai tenté d’expliquer à mon médecin que je souhaite guérir pour ne pas mourir. Ce n’est pas la même chose».

Il y a peu de personnages dans cette autofiction: le cancéreux Gil, l’oncologue, la technicienne, la serveuse dans un bar fréquenté par Gil et Violaine qu’on imagine à travers les émotions de Gil.

L’oncologue ignore la principale maladie de son patient, ce mal qui détruit non pas son larynx, mais son cœur. Gil appelle cela «la peine de vie, une maladie terrible pire que tous les cancers et tous les diabètes».

Au début du récit, Gil est assis dans son bar préféré, en train d’écrire son testament sous le regard incrédule de la serveuse. Ce n’est pas un testament comptable (je lègue ma maison à…, X $ à…), mais plutôt un testament littéraire. «Peut-on léguer une douce caresse, un regard admiratif, l’ennui d’un parfum? Non. Injustice».

Le livre regorge de réflexions profondes énoncées avec une grande simplicité. Courtemanche dit, par exemple, qu’on meurt souvent au cours d’une vie.

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«Ce sont de petites morts que le vin, la musique ou le cul transforment en vies passagères supportables. Peines d’amour, faillites d’ambition, congédiements, déficits.

Cela tue autant à trente qu’à quarante ans, quand on apprend la vie et l’amour sans savoir qu’on fréquente encore l’école.»

L’auteur excelle aussi dans l’art de ciseler de superbes comparaisons. Pour souligner à quel point sa rencontre avec Violaine a été une nouvelle naissance, il écrit: «Appelons cela la Renaissance, avec, comme l’époque que le mot désigne, cette richesse luxuriante, ce débridement de beauté plastique, ce regard renouvelé sur le monde».

Pour décrire comment sa mère de plus de 90 ans sait trouver la force de vivre, même dans la solitude, il note: «Comme une plante menacée de sécheresse, elle plonge ses racines au plus profond du sol et y trouve l’eau des souvenirs qui la réjouissent».

Gil Courtemanche écrit pour démontrer à quel point il est facile de rater sa vie. Il est un journaliste compétent, bien entendu; il est un écrivain à succès, il sait faire la cuisine, il a des élans de générosité.

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Mais «cela ne fait ni une vie ni un homme réussi. Si on perd ce qu’on a de plus cher, on rate sa vie».

«J’ai compris quand le médecin m’a annoncé que je vivrais encore que Violaine était morte et moi aussi.» Et qu’a-t-il appris de la fréquentation de ces deux morts?

«Que la gentillesse épuise moins que la méchanceté et l’acrimonie, (…) Qu’une caresse retenue est une forme d’avarice médiocre.»

Réalité et/ou fiction, Je ne veux pas mourir seul demeure une fabuleuse déclaration d’amour.

Gil Courtemanche, Je ne veux pas mourir seul, autofiction, Montréal, Éditions du Boréal, 2010, 166 pages, 19,95 $.

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