Coincé entre qui je suis et qui on croit que je suis

Samuel Champagne, Antonin, roman, Boucherville, Éditons de Mortagne, coll. Kaléidoscope, 2019, 408 pages, 16,95 $.
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Samuel Champagne, 35 ans, est transsexuel et homosexuel. Il est préoccupé par l’absence de littérature où lui et ses pairs, particulièrement à l’adolescence, peuvent se reconnaître.

Ce vide le stimule dans son écriture et sa recherche; sa thèse de doctorat porte sur la thématique du placard en littérature.

Champagne a publié trois romans avec des thématiques LGBTQ en trame de fond; chacun met en scène un adolescent fréquentant le secondaire ou le cégep. Le plus récent de ces romans s’intitule Antonin (après Adam et James, tous aux Éditions de Mortagne).

Narrateur de 17 ans

À la veille de ses 6 ans, Antonin est abandonné par sa mère, puis battu par son père qui déguerpit aussi. Il est adopté par des parents affectueux qui ont déjà un fils plus jeune et sourd.

Antonin est le narrateur du roman et a 17 ans. Doué en dessin, il a un coup de foudre lorsque William vient poser dans un cours de portrait d’un nu.

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Les deux garçons se rencontrent. «Il me veut, moi. Je lui plais, moi. Mais je vais le décevoir, c’est sûr», se dit Antonin qui a peur de tout. William ne sait rien des familles de son nouvel ami, la biologique et l’adoptive. Antonin refuse d’en parler par peur qu’on cherche la tare.

Au sujet de sa mère biologique, l’adolescent se demande constamment ce qu’il a bien pu faire pour qu’elle ait arrêté de l’aimer. Il voudrait savoir pourquoi elle est partie.

Et maintenant, Antonin souhaite que William lui dise qu’il ne va pas le laisser. Il a aussi l’impression d’être en train de perdre ses amis d’école qui lui reprochent de s’enfermer, de s’isoler.

Stress d’ado

Samuel Champagne excelle dans l’art de montrer comme un ado peut être persuadé de ne pas pouvoir jouir et d’une famille et d’un amant différent de la norme.

Il décrit à merveille comme Antonin imagine que ses parents et son frère vont se sentir trahis s’il leur dit ne pas être heureux comme ils le croient, s’il avoue qu’il est vraiment différent.

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L’auteur montre comment William tente par tous les moyens de faire comprendre à son chum qu’il ne peut pas continuer à vivre comme ça.

Avec ce roman, Samuel Champagne aborde de plein fouet la question du trouble de stress post-traumatique. On assiste à des cauchemars, à des flashbacks de culpabilité, à des moments douloureux de dépression, d’anxiété, de faible estime de soi, à des sentiments de peur constante, de culpabilité, d’hypervigilance et d’isolement. Cela conduit à une tentative de suicide.

Antonin avale plein de pilules avec des rasades de vodka. Il s’effondre, une ambulance le conduit à l’hôpital. Lorsqu’il reprend connaissance, il constate à quel point il a tout gâché, blessé tout le monde. « Je suis encore dans le même bateau, coincé entre qui je suis et qui ils croient tous que je suis. Pire! Maintenant, ils savent qu’il y a quelque chose qui cloche… »

L’adolescent sera suivi par un psy et parviendra à faire ce qu’on lui demande: remplacer les mauvais souvenirs par des bons. «Le problème, c’est que les souvenirs difficiles sont gros et lourds, et les joyeux, petits et légers. Il m’en faudra plusieurs pour cacher un seul mauvais souvenir.»

Comme un polar

Samuel Champagne construit son intrigue un peu comme un polar. Son personnage met du temps à découvrir les indices, à reconnaître qu’il a le droit d’être aimé pour tout ce qu’il est. «Je suis le passé et je suis le présent et je suis le futur.»

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Comme Antonin est un artiste, l’auteur fait vibrer cette corde avec brio. «Je me suis sculpté en forme de tout ce que les autres voulaient. J’ai tenté de me forcer à adopter telle ou telle identité, pour leur plaire. Mais ma sculpture, elle a reçu trop de coups, elle est tombée. Et je me suis fracassé en mille morceaux. C’est à moi de choisir quels morceaux ramasser pour me reconstruire.»

Antonin choisit de révéler sa vraie identité, sa vraie orientation, d’abord à son frère, puis à son meilleur ami, enfin à ses parents. «– Ils savent tout. – Comment tu te sens? – Vivant…»

Il est encore tôt, mais il y a de bonnes chances que ce roman figure sur la liste de mes coups de cœur en 2020.

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