Cinq questions à Kareen Rispal, ambassadrice de France au Canada

Ambassadrice, Kareen Rispal,
Kareen Rispal et Doug Ford. Photo: consulat de France à Toronto.
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Les Français de Toronto n’avaient pas reçu la visite de l’ambassadrice de France au Canada depuis deux ans. Kareen Rispal était de retour dans la Ville-Reine du 8 au 10 novembre.

En poste depuis 4 ans, l’ambassadrice a présidé une cérémonie de remise de décorations à l’Alliance française de Toronto, lundi après-midi. Un événement qui s’est poursuivi avec l’inauguration de la Fête de la Science et de son exposition la preuve par l’image.

L’ambassadrice s’est entretenue avec l-express.ca à l’issue de la cérémonie.

Quelle est l’importance de votre visite à Toronto?

«Toronto est vraiment un endroit que j’aime», confie Kareen Rispal. À son grand regret, cela faisait deux ans qu’elle ne s’y était pas rendue en raison de la pandémie.

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«Je venais très souvent à Toronto parce qu’il y a une communauté francophone, une communauté d’affaires, de nombreuses activités culturelles», explique-t-elle.

Une visite aux airs de retrouvailles donc pour l’ambassadrice, qui en a profité pour ressouder les liens avec les équipes du consulat, très éprouvées par la crise sanitaire.

De plus, elle a rencontré pendant trois jours d’éminents acteurs de la francophonie ontarienne : PDG d’entreprises françaises, représentants de la haute technologie, des secteurs économiques, culturels, associatifs et académiques de Toronto.

Vous vous êtes entretenue avec Doug Ford. Que ressort-il de cette rencontre?

À peine sortie de l’avion, l’ambassadrice a rencontré le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, lundi en début d’après-midi. Prévu depuis longtemps, mais reporté à cause de la pandémie, cet entretien a finalement eu lieu.

«C’était important pour moi de le rencontrer, parce que depuis que je suis au Canada la présence économique française a énormément augmenté. Les entreprises françaises sont dans tous les secteurs qui comptent. Les transports, la santé, l’alimentaire, la transition écologique.»

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C’est pourquoi l’ambassadrice et le premier ministre se sont accordés sur une rencontre annuelle entre les communautés économiques françaises et ontariennes. L’objectif? Rendre l’Ontario davantage visible auprès des investisseurs français. Car la province anglophone reste parfois dans l’ombre de son voisin québécois.

Quel est votre message pour les entreprises et les investisseurs français à Toronto?

L’ambassadrice va droit au but. «Qu’ils viennent! Parce que ceux qui sont présents réussissent.»

Son message se veut clair et concis. L’Ontario est une province où «il y a tout ce qu’il faut» pour les investisseurs français. C’est de surcroît un territoire idéal pour accéder au marché nord-américain.

«Un investissement français au Canada, c’est une création d’emploi, de valeur, des exportations et des importations dans les deux sens. Il faut qu’on développe ce savoir-faire français», souligne-t-elle.

Des échanges économiques qui, selon elle, ont le potentiel pour rapprocher encore davantage le Canada et la France. Les exportations françaises vers l’Ontario représentent d’ores et déjà 2.8 milliards d’euros chaque année. Et on ne dénombre pas moins de 270 entreprises françaises dans la province.

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Le ministre de l’Éducation français et son homologue québécois ont signé une tribune commune contre la culture de l’annulation. Craignez-vous que cette tribune abîme les relations entre Paris et Ottawa?

«L’école pour la liberté, contre l’obscurantisme». Publiée dans Le Devoir le 22 octobre, ce manifeste contre la cancel culture et le «wokisme» a suscité le débat de part et d’autre de l’Atlantique.

Ce texte commun est une initiative du ministre français, choqué par une «cérémonie de purification par la flamme» ayant eu lieu en 2019 au Conseil scolaire catholique Providence (London et Windsor). Des livres jeunesse, comme Tintin et Lucky Luke, avaient été brûlés, car accusés d’être irrespectueux à l’égard des autochtones.

Cette prise de position commune est venue rappeler les différences de points de vue entre Paris et Ottawa sur les questions de liberté d’expression et de laïcité.

Suite à l’assassinat du professeur d’histoire Samuel Paty en octobre 2020, Justin Trudeau avait pris ses distances avec la position française, en affirmant lors d’une conférence de presse que «la liberté d’expression n’est pas sans limites» lorsqu’il s’agit d’offenser des minorités.

Kareen Rispal est catégorique: cette tribune n’a aucune raison d’abîmer les liens entre les deux pays. Leurs relations sont «excellentes, historiques, fondées sur des valeurs communes promues à l’international», insiste-t-elle.

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«Je crois que la France et le Canada sont des partenaires suffisamment solides pour, de temps en temps, dire ce qu’ils ont a dire sur tel ou tel sujet de société. C’est justement par l’échange et le partage que nos liens se développent et que nous sommes des partenaires entre lesquels il est possible d’avoir un dialogue de la vérité, et d’exprimer nos idées», affirme-t-elle.

Ambassade de France
Kareen Rispal

Comment la diplomatie française gère-t-elle l’équilibre de ses relations entre le Québec et le gouvernement fédéral?

Si cet épisode de la tribune commune rappelle quelque chose, c’est que la France entretient une relation très particulière avec le Québec… Et qu’il lui est difficile de ne pas froisser le fédéral lorsqu’elle s’adresse au provincial. D’où cette impression de devoir par moments jongler entre Québec et Ottawa.

Là encore, l’ambassadrice se veut rassurante. «Je ne pense pas du tout que la France joue l’un contre l’autre, ou que le Québec et Ottawa essayent d’instrumentaliser la France», explique-t-elle.

«Je ne vois pas d’antinomisme. C’est vrai que nous avons une relation directe et privilégiée avec le Québec en raison de l’histoire. Mais moi, je vois le Canada comme un tout. Je pense que les relations que nous avons avec le Québec sont différentes de celles que nous avons avec l’Ontario, avec la Colombie-Britannique, avec les provinces atlantiques.»

Rappelant encore une fois la solidité des liens qui unissent Paris et Ottawa, Kareen Rispal insiste sur l’importance de maintenir ces relations au beau fixe. «Il y a beaucoup de crises dans le monde, donc nous avons besoin de cette grande solidarité entre nos deux pays», conclut-elle.

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