Chaque chapitre est l’alvéole d’une ruche

L’Isle aux abeilles noires
Andrée Christensen, L’Isle aux abeilles noires, roman, Ottawa, Éditions David, 2018, 358 pages, 27,95 $.
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Notez bien le titre: L’Île aux abeilles noires. Notez bien son auteure: Andrée Christensen. Vous entendrez parler de ce roman lorsque viendra le moment d’annoncer les finalistes à un prix littéraire en 2019.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, trois familles — française, danoise et grecque — se réfugient sur une petite île perdue dans l’archipel des Hébrides. Y naîtront des enfants porteurs d’une vision du monde hors du commun et dont les vies deviendront intimement liées.

Leurs prénoms ne sont pas choisis au hasard. Exemples: Melyssia signifie abeille en grec, et Lohengrin est le personnage de la légende arthurienne et héros de l’opéra du même nom de Wagner. Le village s’appelle Sainte-Gobnait, en l’honneur de la patronne des apiculteurs.

Allégorique, métaphorique, dramatique…

Allégorique, métaphorique et poétique, ce roman est aussi dramatique, parfois catastrophique. Meurtre, suicide et fléau côtoient intrigues amoureuses et adultères. Le dénouement regorge de rebondissements savamment décrits, comme une mort d’un trop-plein de mémoire, par exemple.

L’Île aux abeilles noires est située au large de l’Écosse. Y résident des MacDonald, MacInnis et Macleod, mais nous n’en croisons jamais et voyons rarement des kilts. Mais un Vincent McDonald, compagnon de vie de l’auteure depuis presque 50 ans, est remercié, car son «amour indéfectible a augmenté mon pouvoir de vivre, celui de penser et de créer».

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La romancière aime décrire une peine sans consolation, une colère sans apaisement, «un amour si puissant que l’on n’ose le regarder en face tant sa lumière est éblouissante». Elle nous fait découvrir que la mort n’est peut-être pas le contraire de la vie ou l’absence, mais «simplement une autre forme de présence».

Style envoûtant

Les abeilles, le miel, la cire et l’apiculture ne recèlent pas de secrets pour Andrée Christensen. Ses connaissances sont minutieuses et approfondies; ses descriptions frôlent parfois une frénésie poétique. «Comme des générations d’amoureux avant eux, [un couple va] annoncer ses épousailles aux abeilles, pratique sacrée du milieu apicole. Selon les légendes, garder secrète leur union pourrait entraîner la disparition des abeilles du rucher et le malheur éternel des époux.»

Le style n’est rien de moins qu’envoûtant. Nous sommes à peine dans le second chapitre que déjà un personnage «interprète Bach comme s’il façonnait des alvéoles de sons, ses notes chaudes et dorées créant la musique immense et profonde d’une cathédrale de cire».

L’odeur, le son et le sourire déclenchent tous une couleur. Les grains de sable sur une place produisent des notes de musique. La mission d’un personnage secondaire «est de rêver pour ceux qui en ont perdu le pouvoir, nous émerveiller et nous faire découvrir la beauté du monde».

Il ne faut pas tout prendre à la lettre

Il ne faut pas tout prendre à la lettre. Lorsque nous lisons que Melyssia, Anaïs et Yselle «se sont juré un amour et une fidélité éternels», nous ne sommes pas en présence de personnages lesbiens. Les filles sont plutôt des nymphes ou des sylphes. L’une d’elles s’éprendra d’un être qui est «presque une femme dans un corps d’homme».

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Je vous parle de cette nouveauté de la rentrée littéraire, mais il y a plus que le livre aux 60 chapitres courts et denses, construits comme les alvéoles d’une ruche.

Le site de l’auteure comprendra bientôt un journal où seront retracées les étapes du processus de création du roman et les sources de ses inspirations, notamment une série picturale d’une quarantaine d’œuvres visuelles réalisées par l’auteure.

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