Carlos Garaicoa au Musée royal de l’Ontario

Une première en Amérique du Nord

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Né à La Havane en 1967, donc après la Révolution de 1959, Carlos Garaicoa vit toujours dans sa ville natale qui lui inspire une bonne partie de sa production artistique.

Nouvelles architectures (2003)

Quand le spectateur entre dans la première salle, il voit devant lui des lanternes en papier de riz, suspendues par des fils presque invisibles. Comme ces lanternes renvoient à des formes plus ou moins architecturales, on pourrait imaginer une ville entre ciel et terre dont chaque édifice est éclairé de l’intérieur: une ville, la nuit. Vision poétique d’un monde de rêve, atemporel.

La chambre de ma négativité (2004)

Dans la salle voisine se trouvent, sur le plancher, de petites locomotives de bois qui traînent derrière elles des wagons qui sont des lettres, chaque train épelant un mot écrit soit en anglais soit en espagnol.

Sur le mur du fond, on projette une vidéo qui met ces trains en mouvement. C’est plus que gentil et amusant. Ces images qui se déroulent sous nos yeux n’ont rien d’anodin.

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Je lis, par exemple, misery. Puis le train perd sa dernière lettre. Ne reste plus que miser (avare, en français). Le spectateur n’a qu’à faire le rapprochement qui s’impose entre la misère des peuples défavorisés et l’avarice des nations riches.

Sans titre (2001-2005)

Ailleurs, l’artiste a groupé par deux des photographies en noir et blanc. Ce sont des vues de La Havane prises à quelques années d’intervalle.

Ce qu’on voit, ce sont des paysages urbains qui se dégradent avec le temps, par négligence, par manque d’intérêt ou encore parce qu’on n’a pas les fonds nécessaires pour redonner à la capitale sa beauté d’autrefois.

À qui la faute? Au régime politique et économique actuel? À la politique américaine qui a imposé l’embargo au pays? Personne ne peut vraiment lancer la première pierre.

Pour rappeler le passé détruit, Carlos Garaicoa a piqué des épingles sur la photo plus récente et les a reliées par des fils qui nous font voir les contours fantomatiques de ce qui n’est plus. On se détache difficilement de ces images troublantes.

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La véritable passion de Capablanca (2004)

Mais il y en a d’autres à voir. Je pense au jeu d’échec qui porte le nom d’un joueur cubain, champion du monde, vainqueur d’un joueur américain. La véritable passion de Capablanca (2004) se prête à plusieurs lectures.

La première est purement architecturale, puisque les pièces sur l’échiquier, qui prend la forme d’une pyramide mexicaine, évoquent d’un côté l’époque coloniale et, de l’autre, un univers futuriste.

On peut y voir aussi la victoire de David contre Goliath, des Cubains contre les Américains.

Mais aussi, comme il s’agit d’un jeu, on peut déplacer les pièces. Chaque nouvelle configuration représente une ville différente, avec son mélange de genres, de style. Ceci fait de ce jeu, une œuvre des plus fascinante, car impossible pour chacun de nous de ne pas y reconnaître son propre espace urbain.

Campus ou la Babel du savoir (2002-2004)

Une autre œuvre, et c’est la dernière dont je parlerai, est la maquette d’un campus utopique, Campus ou la Babel du savoir (2002-2004). Tout a été pensé pour que chaque étudiant soit constamment surveillé et vive isolé des autres pendant cinq ans.

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Un artiste qu’on ne doit pas ignorer

Je ne sais pas comment on accepte Carlos Garaicoa, dans son pays. Chose certaine, on lui permet d’en sortir, puisqu’il était au vernissage de l’exposition à Toronto. Ceci fait que, pour lui, Cuba n’est pas la plus grande prison du monde, comme quelqu’un l’a prétendu dernièrement dans ce journal.

Par contre, le gouvernement américain lui a interdit l’entrée aux États-Unis. Or, cette exposition, qu’il faut absolument voir, a été organisée par le Museum of Contemporary Art de Los Angeles. C’est dire que c’est la première fois que l’artiste voit ses œuvres en Amérique du Nord.

Pourtant, il est fort bien connu en dehors de Cuba, puisqu’on retrouve ses œuvres dans des collections aussi prestigieuses que celles du Museum of Modern Art (MOMA) et le Tate Modern de Londres, qu’il a participé à la Biennale de Venise de 2005 et qu’il a remporté le Prix international d’art contemporain de Monaco, en 2005.

Carlos Garaicoa, au Musée royal de l’Ontario, au 100 Queen’s Park, jusqu’au 31 décembre 2006.

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