BonMoment: une solution locale au défi numérique des OBNL francophones

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José Kouadio anime régulièrement des ateliers et des formations sur les technologies et le numérique auprès de la communauté francophone du Grand Toronto. Photo : courtoisie.
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Publié 10/08/2026 par Hamza Ziad

«Pourquoi ne pas développer ici une solution numérique simple, accessible et adaptée aux besoins des organismes francophones?» C’est la question que s’est posée José Kouadio, fondateur de Markel Technology, lorsqu’un organisme francophone de l’Ontario lui a fait part de ses difficultés à coordonner les disponibilités de ses membres pour organiser ses rencontres.

«Je leur ai naturellement proposé Doodle, mais ils m’ont expliqué que les fonctionnalités dont ils avaient besoin étaient payantes», explique l’entrepreneur, qui œuvre dans le secteur des technologies depuis 2011.

BonMoment: une solution locale pour les OBNL francophones
José Kouadio.

De ce besoin concret est née BonMoment, une plateforme francophone développée localement à Toronto et lancée cet été. Offerte gratuitement aux OBNL francophones, elle permet de croiser les disponibilités des participants afin de dégager plus facilement un créneau commun.

Une efficacité que souligne Edith Léa Taki, utilisatrice de la plateforme. «BonMoment m’a permis de gagner en efficacité et en temps.»

Selon elle, l’outil apporte également une réponse à certaines difficultés rencontrées avec Doodle, notamment les frais et la gestion des fuseaux horaires. Elle dit par ailleurs accorder davantage de confiance à une solution développée au sein de la communauté lorsqu’il est question de la confidentialité des données personnelles.

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Conseils d’administration, assemblées générales, conférences ou rencontres d’équipe: BonMoment entend ainsi simplifier la coordination des activités tout en proposant une solution numérique locale et accessible. Selon son fondateur, la plateforme constitue par ailleurs l’une des briques d’une future boîte à outils technologique destinée aux OBNL francophones.

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BonMoment est accessible gratuitement aux organismes francophones à but non lucratif. Son modèle d’affaires repose sur des versions payantes destinées aux entreprises.

S’adapter et se réinventer à l’ère numérique

«J’ai une devise: ceux qui donnent le plus doivent recevoir le plus», souligne José Kouadio à l-express.ca. Selon lui, les OBNL francophones déploient des efforts considérables au service de leur communauté, tout en évoluant dans un environnement particulièrement contraint, notamment en matière de financement et d’accès aux ressources.

Certains ont vu leur budget «coupé en deux ou en trois». Parmi quatre organismes en lice pour une même subvention, par exemple, trois peuvent être anglophones, illustre-t-il. Une configuration qui favoriserait, selon lui, l’accès des organismes anglophones à «une plus grande part du gâteau».

À cette pression financière s’ajoute le coût du virage numérique. José Kouadio évoque des organismes qui cumulent les abonnements à différentes plateformes et logiciels, pour une facture pouvant osciller entre 5 000 et 10 000 dollars par année.

Face à ces contraintes financières et technologiques, il invite les OBNL francophones à s’adapter à ces réalités et à réinventer leurs façons de travailler.

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Entrepreneurs, jeunes, professionnels et passionnés de technologie réunis lors d’un atelier animé par José Kouadio, consacré à la création d’applications à l’aide d’outils d’intelligence artificielle, sans connaissances préalables en programmation. Photo: courtoisie.

2026 n’est plus 2012

«Le moteur des OBNL, ce sont les bénévoles, et la denrée rare, c’est le temps», résume José Kouadio. Selon lui, la transformation numérique doit précisément permettre d’optimiser ces deux ressources afin que les organismes puissent mieux se consacrer à leur mission.

Récemment, une organisation francophone lui a demandé une formation sur Excel: formules, tableaux croisés dynamiques et graphiques. «J’ai refusé de donner cette formation sous ce format, parce que nous sommes en 2026, pas en 2012», explique-t-il.

Plutôt que de reproduire des manipulations manuelles, il a invité la responsable à connecter un assistant d’intelligence artificielle, notamment Claude ou Copilot, à son environnement de travail, puis à «parler à son tableau». L’IA pouvait ainsi interpréter les données et exécuter rapidement certaines opérations.

Pour José Kouadio, ce changement de paradigme appelle le milieu communautaire francophone à actualiser ses pratiques:  automatiser les tâches à faible valeur ajoutée pour rendre aux bénévoles leur ressource la plus précieuse: le temps.

IA, intelligence artificielle
Il faut être de son temps… Photo: iStock.com/wildpixel

Quelle IA choisir pour ses besoins?

Face à la multiplication des outils d’intelligence artificielle, lequel privilégier? Interrogé sur la plateforme la plus pertinente pour les organismes francophones, José Kouadio estime qu’il n’existe pas de réponse universelle. Le choix dépend, selon lui, des objectifs, des besoins et des réalités propres à chaque organisation.

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Dans un univers technologique où les lignes bougent presque quotidiennement, il affiche néanmoins une préférence. «À l’heure où je te parle aujourd’hui, parce que ça évolue très vite, j’ai une préférence pour Claude Code. Ils ont fait un travail énorme. Dès qu’on commence à travailler avec, on ne peut plus s’en passer.»

Lors des ateliers gratuits qu’il offre à la communauté francophone, il sélectionne deux ou trois participants pour expérimenter concrètement l’outil. Selon lui, deux heures peuvent suffire pour concevoir un projet solide et sécuritaire.

Il l’expérimente également dans le domaine musical. Dernier essai en date: réaliser en deux jours, avec Claude Code, un clip qui lui aurait auparavant demandé au moins deux mois de travail, souligne-t-il.

Miser sur les champions locaux

«Je salue le lancement d’une stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle du Canada, qui mise beaucoup sur l’éducation à l’IA, et c’est une très bonne chose. Mais si l’objectif est uniquement de former des consommateurs de l’IA, je pense qu’on a raté le coup», estime José Kouadio.

Selon lui, l’ambition doit dépasser la simple appropriation des outils pour favoriser l’émergence de «champions locaux», capables de transformer les réalités de leur communauté en solutions technologiques concrètes. Une innovation pensée à Toronto pourrait ainsi essaimer et, moyennant certaines adaptations, répondre à des besoins similaires à Winnipeg, Halifax, Abidjan ou ailleurs dans le monde.

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José Kouadio invite notamment à s’inspirer des États-Unis, de la France, de la Chine et de plusieurs pays asiatiques, qui misent, selon lui, sur l’accompagnement et l’essor des talents technologiques locaux.

Dans cette course mondiale à l’IA, il défend ainsi un changement de posture: ne plus seulement apprendre à utiliser les outils de demain, mais contribuer à les construire.

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