Bientôt une stratégie pour la santé des hommes

santé des hommes et des garçons
«Empêchez les hommes de mourir trop jeunes», lit-on sur un panneau de l'organisme Movember, partenaire du ministère de la Santé. La PDG de Movember, Michelle Terry, la ministre fédérale de la Santé, Marjorie Michel, et Catherine Corriveau, directrice des politiques chez Movember. Photo: movember.com
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Publié 06/04/2026 par Charles-Antoine Rouyer

Le gouvernement canadien va élaborer sa toute première stratégie nationale sur la santé des hommes et des garçons.

Santé Canada vient de lancer une consultation publique sur le sujet, ouverte jusqu’au 1er juin 2026. Plus de 1 600 personnes avaient déjà rempli un questionnaire en ligne à compter du 24 mars. À Toronto, l’organisme Movember tiendra une table ronde le 21 avril.

«Aidez-nous à élaborer une stratégie qui améliore la santé, prévient les préjudices et renforce nos communautés – pour les hommes, les garçons et tout le monde au Canada», a déclaré la ministre fédérale de la Santé, Marjorie Michel, lors de l’annonce de ce dialogue national sur la santé des hommes et des garçons, le 23 février dernier.

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Marjorie Michel.

La ministre des Femmes et de l’Égalité des genres, Rechie Valdez, a ajouté que «la santé des hommes est liée au bien-être de nos familles et de nos communautés».

La ministre de l’Emploi et des Familles, Patty Hajdu, a rappelé que «trop d’hommes souffrent en silence, lorsque le stress et les blessures sont banalisés et que la vulnérabilité est stigmatisée».

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Santé Canada souligne qu’«alors que de nombreux hommes et garçons sont confrontés à d’importants problèmes de santé physique et mentale, ces questions ont trop souvent été négligées, mal comprises ou ignorées.»

Un taux de suicide trois plus élevé

Les hommes canadiens affichent un taux de suicide trois plus élevé que les femmes, avec 2 688 suicides d’hommes en 2022, contre 905 suicides de femmes, selon Statistique Canada.

Près de trois quarts des overdoses mortelles sont des hommes, selon Santé Canada. «Entre juillet 2024 et juin 2025, 72% de tous les décès apparents liés à une intoxication aux opiacés concernaient des hommes.»

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Beaucoup d’hommes ont des habitudes qui limitent leur espérance de vie. Photo: iStock.com/Jacob Wackerhausen

Les hommes sont plus susceptibles de fumer, de boire de l’alcool et de manger moins de fruits et de légumes que les femmes, précise le Bilan statistique de la santé des hommes canadiens en 2024.

Les hommes sont aussi deux fois plus susceptibles que les femmes de mourir de «causes pouvant être prévenues», car ils vont notamment aller moins consulter un docteur.

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En fin de compte, l’espérance de vie des hommes (80 ans) était inférieure de plus de quatre ans à celle des femmes (84,3 ans) en 2024.

Côté socio-économique et culturel, «les hommes sont plus susceptibles d’avoir un niveau de scolarité moins élevé et présentent des taux d’incarcération et d’itinérance plus élevés que les femmes», toujours selon Statistique Canada.

Espérance de vie des hommes
L’espérance de vie des hommes est plus courte que celle des femmes. Image: Santé Canada

Remonter aux causes du suicide des hommes

Le taux de suicide élevé chez les hommes n’est que la partie émergée de l’iceberg. Il faudrait remonter en amont à la source et cibler les causes qui déclenchent ces suicides, insiste le Torontois Justin Trottier, directeur et fondateur du Centre canadien pour les hommes et les familles (CCMF).

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Justin Trottier.

«Les hommes sont six à huit fois plus susceptibles de se suicider après avoir perdu le droit de voir leurs enfants lors d’une séparation familiale», explique Justin Trottier, dont l’organisme CCMF gère deux refuges pour hommes victimes de violence domestique et leurs enfants, un à Toronto et un à Calgary.

«Il ne faut pas détourner le regard face à ces questions épineuses», poursuit Justin Trottier, qui cite notamment «le manque de services destinés aux hommes et leur famille en crise, la pénurie de centres d’accueil pour hommes, la partialité des tribunaux en cas de séparations familiales et le droit de visite des pères à leurs enfants».

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John Oliffe, professeur à l’Université de Colombie-Britannique (UBC) en Sciences infirmières et chercheur principal fondateur du programme de recherche sur la santé des hommes, se réjouit de l’annonce de cette stratégie fédérale. «Je pense que c’est une chose très positive pour le pays», a-t-il déclaré.

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La stratégie fédérale devrait s’intéresser à toutes les générations d’hommes. Photo: iStock.com/fizkes

Promotion de la santé des hommes

John Oliffe confirme que toute stratégie devra cibler en amont la cause des problèmes dans une démarche de promotion de la santé. «Je ne pense pas qu’il faudrait parler en termes de trouver de l’aide, mais plutôt en termes de trouver un bon état de santé.»

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John Oliffe.

L’Australie, l’Irlande et le Royaume-Uni disposent d’une stratégie pour la santé masculine. Le Québec a une politique en la matière depuis 2009.

La Fondation pour la santé des hommes au Canada et la Fondation Movember sont des partenaires de ce nouveau dialogue national sur la santé des hommes et des garçons de Santé Canada.

La stratégie fédérale devrait être déposée plus tard en 2026. Aucune enveloppe budgétaire pour sa mise en œuvre n’a encore été prévue.

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Une stratégie pour la santé des femmes existe depuis 1999, et la stratégie ciblant celle des hommes sera complémentaire, précise Guillaume Bertrand, de Santé Canada.

«L’attention portée à la santé des hommes ne remplace pas le travail déjà en cours pour soutenir la santé des femmes. Notre attention à l’égard de la santé masculine vient compléter cette approche.»

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