Biden devrait choisir la réconciliation

Joe Biden Capitole
L'inauguration de Joe Biden, comme 46e président des États-Unis, aura lieu le 20 janvier au Capitole, qui abrite les deux chambres du Congrès. Photo: Ian Hutchinson, Unsplash
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Publié 18/01/2021 par François Bergeron

C’est le mantra de presque tous les nouveaux élus: «je serai le président ou le premier ministre de tous les citoyens, pas seulement de ceux qui ont voté pour moi ou pour mon parti»…

Cet appel à l’unité, à la réconciliation ou simplement à l’ouverture, Joe Biden l’a lancé dès le lendemain de son élection le 3 novembre, et c’est certain qu’il va le répéter lors de son inauguration ce 20 janvier.

Mais le fera-t-il par conviction et avec quelques actions en tête, ou simplement par automatisme?

Tensions

Car, au-delà de la maîtrise de la crise de la covid et de la relance de l’économie américaine, la réduction des tensions sociales et politiques aux États-Unis devrait être au sommet de son agenda.

Le succès de son administration en dépend. Les Démocrates ne disposent que d’une mince majorité au Congrès, alors que le bon fonctionnement du système exige des élus qu’ils travaillent ensemble.

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Et sur le terrain – pour inverser un slogan populaire dans certaines manifestations – il n’y aura pas de réel progrès sans une bonne mesure de paix sociale. Certes, l’heure est au grand ménage, mais pas à la vengeance et aux règlements de comptes.

Joe Biden et Kamala Harris

Hyperpartisanerie

Au fil des années, notamment depuis l’avènement des médias sociaux qui ont supplanté les médias professionnels et les parlements comme principaux forums de discussions et d’action politique, la société américaine s’est polarisée.

C’est le cas d’autres sociétés dans le monde occidental, mais pas autant, semble-t-il, que chez les Américains.

Le Congrès et le gouvernement sont régulièrement paralysés par l’hyperpartisanerie des élus démocrates et républicains, souvent otages de leurs militants les plus radicaux.

Cela se voit partout. Des amis ou voisins aux affiliations politiques différentes ne se parlent plus. Les mariages interpolitiques sont rendus plus rares que les mariages interraciaux ou interreligieux. Sur les campus universitaires, on en vient aux coups. La colère, souvent justifiée, déborde rapidement dans la rue. La démocratie est tournée en dérision, souvent avec raison…

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Quelques commentateurs revisitent même l’idée de créer une demi-douzaine ou une dizaine de nations souveraines en Amérique du Nord, au lieu des deux (trop?) grands pays actuels.

Blâmes

Ces tensions ne s’atténueront pas comme par magie sous Biden. Il faudra y réfléchir et y travailler sérieusement, de bonne foi des deux côtés.

Pour ceux qui sont tentés de blâmer uniquement le parti ou les amis de Trump pour ces dérives – ce qui est déjà un symptôme de ce qui ne va pas – rappelons que les Démocrates ont passé les quatre dernières années à contester sa légitimité en alléguant qu’il avait été élu par la Russie.

Par deux fois maintenant, Nancy Pelosi a institué contre Trump des procédures en destitution pour des écarts de conduite mineurs (la demande à l’Ukraine d’enquêter sur le fils de Biden) ou fallacieux (le discours demandant à ses partisans d’aller devant le Capitole – pas dans le Capitole – «encourager» les élus républicains et le vice-président Mike Pence à rejeter le résultat du vote du Collège électoral).

Immoral, mais pas illégal

Nier la victoire de Biden et la contester jusqu’au bout devant les tribunaux était indigne et immoral – et attendu – de la part de Trump, mais pas illégal ni inconstitutionnel.

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Nombre de perdants d’élections ou de référendums, chez nous, en Europe et ailleurs, ont blâmé «l’argent» ou «les votes ethniques» ou «l’ingérence étrangère» ou «les médias» ou carrément «la fraude», sans pour autant appeler à la révolution. Chez nous on dit: «grands parleurs, petits faiseurs»…

Entraves

Justement, Biden a pris ses distances de la dernière procédure en destitution, se bornant à dire que c’est l’affaire du Congrès.

Il comprend peut-être que cette initiative disgracieuse – comme la censure de Trump par Twitter, Facebook et Amazon – l’enferme davantage dans cette hyperpartisanerie qui ne peut qu’aggraver les tensions et entraver son action.

Ce bannissement de Trump de l’espace public – et plus tard le harcèlement de «désinformateurs» ou «complotistes» ou dissidents sur d’autres enjeux? – peut être satisfaisant après tout le stress qu’il nous a fait subir. Mais il est risqué, tant pour les géants actuels du web que pour la nouvelle administration américaine.

À long terme, ça va stimuler la concurrence venant de médias plus respectueux de la diversité des idées. Mais à court terme, ça va polariser encore plus la société.

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Trump s’en va de toute façon. Laissez-le partir, jouer au golf et s’arranger avec ses créanciers ou le fisc. La liberté d’expression n’a pas besoin d’un tel martyr.

Deux partis… ou trois, quatre?

D’ici aux prochaines échéances électorales, le Parti républicain devra s’affranchir de Trump et du trumpisme en ajoutant la décence, l’intégrité, la cohérence et la maturité aux critères de sélection de ses candidats et de ses alliés.

Sinon, il pourrait exploser et voir une de ses deux principales composantes – les populistes nihilistes ou les conservateurs traditionnels – former un nouveau parti.

Les Démocrates au pouvoir ne subiront pas cette pression, mais ils abritent eux aussi des réformateurs plus impatients que d’autres.

Si, dans deux ou trois ans, l’administration Biden-Harris ne livre pas la marchandise à leurs yeux – sur l’emploi, l’assurance-santé, les inégalités, le racisme, les armes à feu, l’environnement, etc. – ça pourrait brasser chez eux aussi.

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Civilité

Dans l’immédiat, en vue de l’inauguration du président Joe Biden, de la vice-présidente Kamala Harris et des nouveaux élus au Congrès, on surveille les groupuscules hallucinés dont des membres ont participé à l’invasion du Capitole le 6 janvier – invasion favorisée par une sécurité inadéquate suspecte.

Mais tout le pays ne peut pas être sur le pied de guerre indéfiniment.

Les Américains devront réapprendre à discuter de valeurs et d’objectifs opposés avec civilité, se redécouvrir des valeurs et des objectifs communs, pour continuer de vivre et travailler ensemble. En cela, Biden devra prêcher par l’exemple.

Auteur

  • François Bergeron

    Rédacteur en chef de l-express.ca. Plus de 40 ans d'expérience en journalisme et en édition de médias papier et web, en français et en anglais. Formation en sciences-politiques. Intéressé à toute l'actualité et aux grands enjeux modernes.

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