Trump s’accroche, Biden attend

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Une carte électorale encore incomplète.
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Une fois tous les votes comptés et recomptés – et examinés par la Cour suprême à l’insistance de Donald Trump – il me semble plus probable que Joe Biden sera déclaré vainqueur de l’élection présidentielle américaine du 3 novembre 2020.

Le vote par la poste pourrait inverser la mince avance de Trump en Pennsylvanie et dans quatre ou cinq autres états. Pour ne pas prêter flanc aux accusations de fraude, il aurait fallu commencer par le dépouillement du vote par la poste, traiter ça comme le vote par anticipation, plutôt que de le garder pour la fin.

Mais j’ai confiance que même les juges que Trump a nommés examineront les requêtes des Républicains avec objectivité.

Journalistes, historiens, universitaires et autres experts auront fort à faire pour analyser les tenants et les aboutissants de la présidence rocambolesque de Donald Trump – que celle-ci prenne fin en 2021 ou en 2025.

Voici, en vrac, quelques considérations:

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Légitimité

Les Démocrates ont passé les quatre dernières années à contester la légitimité de l’élection de Trump (enquête sur l’ingérence russe, procédures en destitution, etc.). Ils sont mal placés aujourd’hui pour se scandaliser de ses avocasseries pour s’accrocher au pouvoir.

Oui, c’est disgracieux (l’essence de Trump s’il en est une), mais ce n’est pas antidémocratique.

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Les Républicains accusent les Démocrates d’essayer de «voler» l’élection.

Nuances

Rien n’est tout blanc ou tout noir. On n’a pas, dans un coin, Trump et ses électeurs monochromes, bêtes, méchants et corrompus; et dans l’autre coin les Démocrates représentant une belle diversité, l’intelligence, la sagesse et la vertu.

C’est une caricature: l’électorat de Trump n’est pas monolithique, et de toute façon les gens qui ont voté pour Trump ou pour d’autres Républicains n’appartiennent pas à des castes inférieures. Les Démocrates les méprisent à leurs périls.

Par exemple, Trump a remporté la Floride en partie grâce aux latinos, bien que les noirs, partout, continuent de voter très majoritairement Démocrate.

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Ça ne veut pas dire que les noirs sont plus nobles que les latinos. Ni que mériter le vote des femmes ou des cols blancs ou des jeunes a plus de valeur que mériter l’appui des hommes, des cols bleus ou des vieux. D’ailleurs, le plus jeune élu de la nouvelle Chambre des Représentants est un Républicain.

Donald Trump

Enfin, rares sont les électeurs qui croient tout et aiment tout d’un candidat.

C’est vrai que la fameuse «base» de Trump l’adore avec une ferveur quasi religieuse incompréhensible. Mais un plus grand nombre d’électeurs républicains sont plus pragmatiques, appuyant quelques aspects seulement du programme ou de la personnalité de Trump, ou doutant encore plus de son adversaire.

Idem chez les électeurs démocrates, quoique Biden n’a jamais cultivé une telle «base» (Bernie Sanders, oui), c’est même un peu suspect.

L’effet covid

Plusieurs commentateurs ont soutenu que, n’eût été de la covid et des mesures de confinement qui ont paralysé l’économie et bousculé les gens, Trump aurait été réélu facilement.

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Il a repris ou tenté de reprendre le contrôle de l’immigration. Son protectionnisme économique serait apprécié dans plusieurs secteurs. Il ne s’est pas laissé entraîné dans de nouvelles guerres et a favorisé un rapprochement de gouvernements arabes avec Israël. Joe Biden et les Démocrates oseront-ils revenir là-dessus?

La «majorité silencieuse» est également opposée aux débordements de violence face à des tensions sociales ou raciales aux causes multiples et aux solutions complexes. Joe Biden et les élus démocrates sont plus crédibles sur ces sujets, mais eux aussi ont besoin de la paix pour faire progresser la justice.

Je doute que ce narratif «Trump vaincu par la covid» tient la route. Sans la covid, la campagne aurait porté sur d’autres enjeux (l’assurance santé pour tous, par exemple, un irritant gênant pour un grand pays comme les États-Unis) et peut-être encore davantage sur la personnalité erratique et abrasive de Trump.

Joe Biden

Démocratie moderne

Il faut continuer de tester diverses méthodes de vote à distance, aux États-Unis comme dans toutes les démocraties. Un jour, on votera tous électroniquement. Le système actuel, où l’on marque une croix sur un bulletin qu’on dépose dans l’urne, est encore élégant mais archaïque.

Aux États-Unis, il faudra également réexaminer la pertinence du Collège électoral et de la longue période de transition entre deux administrations. C’était justifié au 18e siècle, mais peut-être pas au 21e.

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Et, svp, rendez obligatoire la diffusion des rapports d’impôts et des états financiers des candidats comme condition de participation à n’importe quel scrutin.

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Les Démocrates appellent à «protéger l’élection».

Le balancier

Rien n’est irréversible en politique. Quatre ans de plus de Donald Trump à la Maison-Blanche ne plongera pas le pays dans le totalitarisme ou la guerre civile. (Je crains d’ailleurs davantage la violence de la gauche si Trump gagne que celle de la droite s’il perd.)

Surtout: chez nos voisins du Sud, comme chez nous et ailleurs, la politique est un balancier. Un retour dans l’opposition fera beaucoup de bien aux Républicains et aux médias conservateurs.

Ils pourraient en profiter pour trouver des chefs plus éloquents, élaborer des politiques plus sensées, plus rassembleuses, même si j’ai bien peur que le génie du «populisme» soit sorti de la bouteille.

Car Trump n’a pas complètement discrédité le «populisme», défini ici comme le respect de la volonté populaire et le respect des promesses électorales. Mais on sait que la majorité peut se tromper ou être trompée, bafouer des libertés fondamentales, inspirer des actions aux effets secondaires imprévues.

C’est précisément pour cela que le bon fonctionnement du balancier démocratique reste suprêmement important. On est censé apprendre de nos erreurs et pouvoir les corriger.

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