Écrire avec patience et obstination: l’autobiographie d’une analphabète

autobiographie, Agota Kristof, L’Analphabète
Agota Kristof, L’Analphabète, récit autobiographique, Genève, Éditions Zoé, 2021, 80 pages, 22,95 $.
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Pour plusieurs, la mention d’Agota Kristof rappelle Le Grand Cahier, son premier roman paru en 1986 et traduit en 33 langues. Ce que les gens ignorent, c’est qu’il a été écrit par une analphabète.

Cela nous est révélé dans un récit autobiographique qui s’intitule justement L’Analphabète.

La maladie de la lecture

Née en Hongrie, Agota Kristof (1935-2011) attrape « la maladie inguérissable de la lecture » à l’âge de quatre ans. Placée en internat, elle se tourne vers l’écriture pour supporter la douleur de la séparation.

« Des phrases naissent dans la nuit. Elles tournent autour de moi, chuchotent, prennent un rythme, des rimes, elles chantent, elles deviennent poèmes. »

À 21 ans, Kristof doit fuir la Hongrie; elle aboutit en Suisse où elle affronte une langue totalement inconnue, le français. « C’est ici, écrit-elle, que commence ma lutte pour conquérir cette langue, une lutte longue et acharnée qui durera toute ma vie. » Le français va tuer sa langue maternelle.

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Ne pas perdre la foi en soi

Les premiers écrits de Kristof en français sont des pièces de théâtre; cinq seront réalisées par la Radio Suisse Romande entre 1978 et 1983. Elle commence ensuite à écrire de courts textes sur ses souvenirs d’enfance, ignorant qu’ils vont devenir un jour un livre: Le Grand Cahier.

Un ami lui dit d’envoyer son manuscrit aux « trois grands de Paris »: Gallimard, Grasset et Seuil.

Les deux premiers lui retournent une lettre de refus polie et impersonnelle. Seuil lui offre un contrat. Ainsi débute un étonnant parcours. Elle note qu’on devient auteur « en écrivant avec patience et obstination, sans jamais perdre la foi dans ce que l’on écrit ».

Analphabète en français

Agota Kristof n’a pas choisi le français. Cette langue lui a été imposée par le hasard, par le sort, par les circonstances. Elle a été obligée d’écrire en français, « du mieux que je le peux », c’était un défi. « Le défi d’une analphabète. »

Ce que l’auteure regrette le plus, c’est que sa lutte pour réussir à parler correctement français a détruit son souvenir du hongrois. Le français a donc été perçu comme « langue ennemi » puisqu’il l’a rendue analphabète.

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Il n’en demeure pas moins que les onze brefs chapitres de L’Analphabète nous offrent des phrases finement ciselées, des mots justes, de la lucidité, de l’humour et de l’amour. Il s’agit de l’unique texte autobiographique d’Agota Kristof.

Agota Kristof, Prix Kossuth

L’ouvrage est paru en 2004 aux Éditions Zoé, à Genève. La maison a publié une nouvelle édition en 2021. Sur la couverture, on voit Agota Kristof à l’âge de cinq ans, à Csikvand, Hongrie.

La plus grande récompense obtenue par Agota Kristof aura sans doute été le Prix Kossuth (du nom d’un homme politique et révolutionnaire hongrois). Il s’agit de la récompense culturelle la plus prestigieuse, décernée par le président de la République. Elle l’a reçu en 2011, année de sa mort.

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