Le procès des parents d’Aurore l’enfant martyre: sinistre parodie judiciaire

Aurore, l'enfant martyre, Daniel Proulx, Le mensonge du siècle
Daniel Proulx, Le mensonge du siècle: anatomie d’une bavure médiatique et judiciaire, essai, Montréal, Éditions La Presse, 2021, 280 pages, 29,95 $.
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Aurore Gagnon, l’enfant martyre, et la marâtre Anne-Marie Gagnon continuent de faire couler beaucoup d’encre cent ans après un procès qui a tenu tout le Québec en haleine. Daniel Proulx publie un essai fort éclairant sur ce sujet. Il s’intitule Le mensonge du siècle: anatomie d’une bavure médiatique et judiciaire.

La marâtre a été lynchée

À Québec, en 1920, Marie-Anne Houde et son époux Télesphore Gagnon subissaient un procès au cours duquel ont été étalés les détails scandaleux des supplices qui auraient été infligés à la petite Aurore, 10 ans.

L’histoire connue de ce procès demeure loin de la vérité.

«La presse du temps a purement et simplement lynché la “marâtre” avant même que le procès s’instruise.»

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Cette presse sensationnaliste, qui suit le procès avec un zèle intempestif, désigne sans merci Marie-Anne Houde à la vindicte publique. Les journaux publient des articles de nature à préjuger l’opinion publique de la culpabilité de l’accusée.

La mère d’Aurore coupable d’avance

Les journalistes font fi de la présomption d’innocence de l’accusée dont le procès n’est pas encore terminé. «À leurs yeux, comme à ceux du Québec entier, Marie-Anne Houde est coupable. Point à la ligne.»

S’agit-il d’une bavure médiatique? Le terme est trop faible. Selon le juriste Jacques Dupuis, «la parodie de justice qu’a été ce procès a baigné dans une ambiance survoltée créée par la presse, le seul média du temps. Son parti pris contre Marie-Anne Houde est criant!»

L’auteur souligne que, selon la fille aînée des Gagnon, la tortionnaire aurait brûlé Aurore à répartition, partout sur le corps, Or, le pathologiste en voit aucune trace.

Daniel Proulx note aussi que les seuls témoins sont des enfants. Or, ceux-ci donnent souvent des réponses que l’adulte attend d’eux. Ils inventent des détails et exagèrent les faits.

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Le juge manque à son devoir

Quant au juge Louis-Philippe Pelletier, il «va mener une charge en règle contre l’accusée plutôt que proposer un examen sans parti pris de la cause». Il a manqué à son premier devoir, celui d’assurer un procès équitable. À la fin du procès, l’auteur écrit que le rideau tombe sur une pantalonnade.

Selon Daniel Proulx, il est évident que, tout au long du procès, nous assistons au choc de deux cultures, «celle de la bourgeoisie urbaine contre celle du milieu rural».

Marie-Anne Houde écope d’un emprisonnement à vie à Kingston en 1920. On décèle une tumeur cancéreuse en 1933 et elle sort de prison en 1935. Télesphore Gagnon écope de 25 années au pénitencier. Il est libéré cinq ans plus tard… Pour bonne conduite ou parce qu’atteint d’une grave tumeur à la gorge (l’histoire ne le dit pas).

Une «chronologie raisonnée»

L’auteur illustre avec brio comment Marie-Anne Houde et Télesphore Gagnon ont été, à contrecœur, les protagonistes d’une sinistre parodie judiciaire.

Je note, en terminant que l’auteur dresse une «chronologie raisonnée» de l’affaire Aurore Gagnon. C’est un excellent résumé impartial d’une sombre page de la justice québécoise.

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