Affronter la vie sans renier ses racines

Les morts ne sont pas morts

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Publié 18/07/2006 par Paul-François Sylvestre

Le tout dernier roman de Melchior Mbonimpa est un habile métissage entre l’africanité et la canadianité, un reflet du choc des cultures, le tout raconté à travers le destin d’un Africain à califourchon sur deux mondes que tout sépare. Intitulé Les morts ne sont pas morts, ce roman cherche ni plus ni moins à défendre la thèse suivante : il faut savoir affronter la vie sans renier ses racines.

Le romancier met en scène Terama, un immigrant africain bien intégré au Canada. Il est un avocat talentueux à Sudbury et il trime dure pour faire sa marque dans son pays d’accueil.

Une nuit, Terama entend la voix de son père, Tongo, qui l’interpelle d’outre-tombe. Est-ce une hallucination ou est-ce plutôt un appel à cultiver le culte des ancêtres?

Terama a été le fils qui a défié le père pour se mesurer à lui. Il a dû le renier et couper les ponts, mais le moment n’est-il pas venu d’entrer dans une relation qui reconnaît l’expérience du paternel et ses droits d’aînesse?

Une large part du roman est constituée de «palabres nocturnes». Ces monologues ont lieu dans une pièce de la résidence de Terama, dans une sorte de hutte votive dédiée aux ancêtres. C’est là que Terama, son père Tongo (décédé), son épouse Shaza (vivante), sa grand-mère Makwaya (décédée) et son oncle Gatassi (décédé) prennent la parole à tour de rôle.

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Cette technique d’envolées oratoires braque les feux du projecteur sur les membres du clan et a pour effet d’intensifier la notion de palabres si caractéristiques des ancêtres dans la tradition africaine. Ce procédé littéraire créé par Melchior Mbonimpa demeure à la fois original et réussi.

Terama affirme que, dans son clan, «deux personnes suffisent pour faire un enfant, mais qu’il faut un village pour l’éduquer». Éloignés du clan africain, Terama et son épouse peuvent-ils être à la fois parents et village? L’épouse ne le croit pas.

Un retour en Afrique s’impose, et ce même si la vie de Terama sera mise en danger. Le roman rappelle, à cet égard, que «la vie d’un individu n’est pas une valeur à défendre à tout prix. C’est l’avenir du clan qui compte.»

Le roman illustre une autre réalité, à savoir que «les hommes règlent tout à leur manière, c’est-à-dire mal»; les femmes sont «les vigiles subalternes dont le rôle effacé est d’avertir les hommes». Inutile de dire que l’épouse Shaza joue un rôle de premier plan dans cette aventure canado-africaine.

Écrit en grande partie dans un style oral, celui des palabres, ce roman se lit plus aisément que les deux ouvrages précédents. Le style est direct, voire interpellant. Le ton est aussi varié que le caractère des personnages qui prennent la parole. On ne s’ennuie jamais. Il y a même des métaphores très colorées, dont en voici un bel exemple: «son dard incandescent traça des signes dans la savane de mon pubis».

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Mon seul regret en lisant Les morts ne sont pas morts a été de constater à quel point la mise en page s’est avérée peu soignée, pour ne pas dire bâclée. Je sais que, règle générale, les lecteurs accordent peu d’importance à cet aspect du livre, voire qu’ils n’y remarquent sans doute pas les défauts. Ce n’est pas mon cas et cela a gâché ma lecture.

Melchior Mbonimpa, Les morts ne sont pas morts, roman, Éditions Prise de parole, 2006, 248 pages, 20 $.

Auteur

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

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