La laïcité dans la vie publique: vers un code de conduite?

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Publié 04/12/2017 par Annik Chalifour

Les implications d’une vie publique multiculturelle, et par conséquent multiconfessionnelle, sans balises sont énormes sur notre droit à la participation citoyenne et notre évolution socio-économique.

Ne serait-ce que l’impact du port du niqab et de la burqa sur notre marché du travail, nos systèmes de santé, de l’éducation, et notre sécurité publique. Sans parler du port du kirpan dans nos avions, un autre sujet actuel de controverse tout aussi épineux.

À la lumière de notre sempiternelle mosaïque canadienne, aujourd’hui dépassée par notre nouvelle démographie, ne devrait-on pas ajuster notre conduite sociale en conséquence? Un défi gigantesque de société qui consiste à assurer l’inclusion citoyenne équitable de tout un chacun au sein d’un contexte culturellement diversifié sans précédent.

Mais aussi l’opportunité de vivre une démocratie d’avant-garde en priorisant la justice sociale au sein d’une vie publique équitable, sans connotations religieuses ni autres.

Neutralité = équité

On peut déceler une certaine corrélation entre une loi sur la neutralité religieuse de l’État et le code de conduite (ou d’éthique) d’une entreprise ou d’une organisation non-gouvernementale (ONG) dans notre secteur privé.

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Prenons le code d’éthique d’une ONG, qui dérive de ses principes servant à guider le comportement de ses membres. Ce code peut inclure, entre autres, le port d’un emblème. Citons pour exemple l’emblème de la Croix-Rouge canadienne (CRC) porté par ses membres lors de leurs opérations sur le terrain, véhiculant les principes de l’impartialité et de la neutralité.

Le port de l’emblème de la CRC incite ses membres à déployer une attitude neutre et impartiale dans leur vie professionnelle, mis à part leurs valeurs dans la vie privée. Ceci afin d’assurer le maintien de l’équité dans l’exécution de leurs actions en faveur de la population canadienne que la CRC dessert.

De la même façon, ne pourrait-on pas illustrer la neutralité dans notre vie publique, indépendamment de nos affiliations religieuses ou autres, justement en vue de préserver l’équité sociale?

Inclusion citoyenne

Pour certains, la Loi 62 au Québec (favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État) parait discriminatoire, invoquant le fait qu’elle exclut et stigmatise une minorité déjà marginalisée et vulnérable de femmes appartenant à la communauté musulmane.

Pour d’autres, nos lois méritent d’être revisitées ou même réinventées en fonction des nouvelles réalités politiques du 21e siècle, invoquant l’importance de séparer l’État de la religion dans le but de prioriser nos valeurs démocratiques (égalité, équité) et la sécurité pour tous dans la vie publique.

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On anticipe une longue bataille juridique, la Loi 62 étant déjà défiée devant les tribunaux. Sans compter le projet de loi «sur le visage découvert» que le Parti québécois entend déposer d’ici la fin de 2017 et l’intention de Coalition Avenir Québec de faire adopter «une véritable Charte de la laïcité».

Justin Trudeau a déclaré à plusieurs reprises qu’Ottawa étudierait la Loi 62, mais ne se prononce pas pour le moment. Entre-temps, il lui faudrait penser à trouver les moyens d’assurer l’inclusion citoyenne de toutes les Canadiennes portant le voile intégral, puisqu’il prétend vouloir protéger les droits de toutes nos minorités jusqu’à la plus petite, l’individu.

Auteur

  • Annik Chalifour

    Chroniqueuse et journaliste à l-express.ca depuis 2008. Plusieurs reportages réalisés en Haïti sur le tourisme solidaire en appui à l’économie locale durable. Plus de 20 ans d'œuvre humanitaire. Formation de juriste.

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