ACFÉO, ACFO, AFO: porte-parole officiel, puis marginalisé

Résistances, mobilisations et contestations

Sous la direction de Michel Bock et Yves Frenette, Résistances, mobilisations et contestations. L’Association canadienne-française de l’Ontario (1910-2006), essai, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2019, 356 pages, 39,95 $.
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Acfeo, acfo, afo. Selon votre âge, vous connaissez peut-être deux ou trois de ces organismes qui ont représenté les Franco-Ontariens au fil des ans. Il s’agit de l’Association canadienne-française d’éducation d’Ontario (ACFEO, 1910-1969), de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO, 1969-2006) et de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO, depuis 2006).

Leur cheminement, parfois houleux, est décrit avec minutie dans Résistances, mobilisations et contestations, un ouvrage sous la direction de Michel Bock et Yves Frenette.

Forte implication catholique

Fondée à Ottawa le 20 janvier 1910 par 1 200 Canadiens français de l’Ontario, l’ACFEO se veut un «regroupement compact, solide et permanent de tous nos compatriotes d’Ontario en un bloc national». La crise du Règlement 17 (1912-1927) a «permis à l’ACFEO de renforcer sa situation et de s’imposer comme la porte-parole reconnue de la collectivité franco-ontarienne».

Dès le départ, nationalisme et catholicisme font bon ménage dans l’esprit des dirigeants de l’ACFEO. Tant et si bien que l’Association demande à Rome de dénoncer le Règlement 17. Or, la hiérarchie romaine ne voit dans la crise scolaire «qu’un conflit politique ne comportant aucune dimension religieuse particulière. À ses yeux, la thèse de la langue, gardienne de la foi, était indéfendable.»

L’ACFEO n’en demeure pas moins «fille soumise à l’Église». Cardinaux, archevêques, évêques, vicaires généraux, chanoines, prêtres et membres de congrégations religieuses participent massivement à ses congrès et font souvent partie du comité exécutif. Un prêtre est même président de l’ACFEO en 1933-1934 et le chef de secrétariat fut longtemps un oblat.

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D’écoles bilingues à écoles françaises

Si, durant l’application du Règlement 17, l’ACFEO a été en réaction, après son retrait, elle demeure plus que jamais en mode action. «Elle entendait amener le ministère de l’Éducation à établir un système scolaire bilingue destiné aux élèves canadiens-français.» On ne parle pas encore d’écoles de langue française, ni d’élèves franco-ontariens. Il faudra attendre les années 1960 et 1970.

L’ACFEO élargit sa structure pour accueillir des «sociétés affiliées» comme l’Association des commissaires des écoles bilingues d’Ontario, l’Association de l’enseignement français en Ontario (ancêtre de l’AEFO), l’Union des cultivateurs franco-ontariens, la Fédération des sociétés Saint-Jean-Baptiste de l’Ontario et l’Association de la jeunesse franco-ontarienne.

En 1969, l’ACFEO laisse tomber le mot «éducation» et devient l’ACFO. L’Association continue de regrouper des individus «d’origine, de langue ou de culture française résidant en Ontario». On laisse tomber «de religion catholique».

Cadeau empoisonné?

Le financement qu’elle obtient du Secrétariat d’État (ancêtre de Patrimoine Canada) la plonge dans un vaste programme d’animation qui vise à amener les Franco-Ontariens «à se responsabiliser et à prendre en main leur propre devenir».

Ce dirigisme fédéral va chambouler le fonctionnement et les structures de l’ACFO, voire son financement puisque certaines ACFO régionales recevront leur subvention directement du Secrétariat d’État.

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Michel Bock se demande si le fédéral n’a pas «posé ce geste en guise de représailles contre l’Association, qui ne l’avait pas ménagé au moment de la campagne référendaire de 1980 et des négociations constitutionnelles qui s’étaient amorcées par la suite».

Légitimité contestée

La présence accrue d’immigrants de langue française dans les grands centres comme Toronto et Ottawa amène l’ACFO à se positionner face au pluralisme et au fractionnement identitaire qui guette désormais la francophonie ontarienne. Certains francophones de l’Ontario demeurent «incapables de partager a priori la conscience historique des Franco-Ontariens».

La légitimité de l’ACFO est mise à l’épreuve et ouvre la porte à une nouvelle restructuration qui équivaut à son enterrement et à la naissance de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario en 2006.

Je tiens à préciser que cet ouvrage souligne clairement comment l’ACFEO-ACFO est constamment passée d’une restructuration à l’autre, d’une crise de représentativité à l’autre, d’un point tournant à l’autre. Cela n’a pas empêché l’ACFO d’avoir plusieurs plumes à son chapeau: service en français, gestion scolaire, réseau de collèges, Chaîne française de TVOntario et Fondation franco-ontarienne, entre autres.

Ouvrage collectif

Résistances, mobilisations et contestations est un ouvrage collectif sous la direction de Michel Bock (Université d’Ottawa) et Yves Frenette (anciennement du Collège Glendon). Frenette signe l’Avant-propos et l’Introduction. Bock signe le premier chapitre (1910-1927) avec Serge Dupuis, le chapitre 4 (1969-1982), le chapitre 5 (1982-1992) et la Conclusion. Gratien Allaire couvre la période allant de 1927 à 1944, Marcel Martel de 1944 à 1969, Anne Gilbert et Mariève Forest de 1992 à 2006.

Je laisse le mot de la fin à Michel Bock qui note que, en 2006, l’ACFO «ressemblait bien peu à l’Association qui avait vu le jour près de cent ans plus tôt. Ses multiples réinventions et son éventuelle marginalisation permettent de prendre la mesure des transformations qu’a connues l’Ontario français en tant que collectivité politique au XXe siècle.»

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