Les collectionneurs: des enfants dans l’âme?

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Beaucoup d'enfants ont commencé (et abandonné) une collection de timbres. Photo: DepositPhotos.com
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Publié 01/11/2026 par Michèle Villegas-Kerlinger

Lorsqu’on pense aux collectionneurs, l’image qui nous vient souvent à l’esprit est celle d’un(e) enfant qui ramasse de petits objets dans la nature ou, parfois, le visage d’un homme d’un certain âge penché sur sa collection de timbres-poste.

Mais des collectionneurs, il y en a de tous les âges et l’activité n’est pas réservée uniquement aux hommes. Quant aux collections, il y en a pour tous les goûts, allant des petites voitures du genre Matchbox aux cônes orange de la circulation!

Alors, pourquoi les collectionneurs accumulent-ils avec tant d’énergie des objets, précieux à leurs yeux, mais qui ne sont pas toujours d’une grande valeur monétaire?

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Collection de pièces de monnaie. Photo: DepositPhotos.com

«Objet transitionnel»

Plusieurs psychologues voient dans le fait de collectionner un comportement multifactoriel.

Pour commencer, ils décrivent l’activité comme une sorte de prolongement du collectionneur qui naît dans la petite enfance. Dès que l’état fusionnel initial entre le bébé et sa mère est perturbé, c’est-à-dire au moment où le nourrisson se rend compte que sa mère peut s’absenter, le jeune enfant vit un premier traumatisme. Il ne voit plus sa mère et ne comprend pas pourquoi elle n’est plus là.

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Pour parer à ces premières séparations, le bébé s’attache à un objet qu’il s’approprie. Le Dr. Donald W. Winnicott, pédiatre et psychanalyste britannique, l’appelle «l’objet transitionnel».

Bien que l’objet ne fasse pas partie du nourrisson au même titre que sa main ou son pied, le jeune enfant ne l’associe pas non plus avec le monde extérieur à lui-même. Selon le Dr. Winnicott, l’objet transitionnel permettrait au bébé de surmonter la peur et la solitude dues à la séparation périodique avec la mère.

Enfin, pour le Dr. Werner Muensterberger, psychanalyste et ethnopsychiatre, les objets de collection pourraient jouer le rôle d’objets transitionnels chez les collectionneurs.

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Certaines collections de disques occupent des pièces entières de maisons privées. Photo: DepositPhotos.com

Qu’est-ce qui caractérise le collectionneur?

Cet attachement à l’objet transitionnel pourrait expliquer en partie la passion presque insatiable chez certains collectionneurs. L’objet de leur affection peut changer, mais ils continuent à enrichir leur collection avec la même intensité de toujours.

Toutefois, il faut préciser que le psychiatre Robert Neuburger refuse d’y voir un trouble obsessionnel compulsif, ce qui raie le collectionnisme de la liste des comportements pathologiques.

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Dans les faits, très peu d’études psychologiques ont été réalisées sur les collectionneurs. Cependant, le psychologue Hubert Van Gijseghem a écrit un livre sur le thème qui s’intitule La psychologie du collectionneur.

Le Dr. Henri Codet, un autre psychologue de renom, a rédigé un essai sur le collectionnisme. Ce dernier y énumère quatre caractéristiques psychologiques communes aux collectionneurs:

• Le désir de possession: C’est ce qui motive le collectionneur. Acquérir, s’approprier et conserver les objets de sa collection en font de lui l’unique gardien.

• Le besoin d’activité spontanée: La chasse aux trésors est toujours ouverte, ce qui pique la curiosité naturelle du « chasseur-collectionneur» qui est toujours aux aguets.

• L’entraînement à se surpasser: La quête de la perle rare qui compléterait la collection cultive la patience du collectionneur qui affûte ses connaissances comme un chasseur son couteau.

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• La tendance à classer: Il ne suffit pas d’accumuler des objets de collection. Il faut que le collectionneur les classe de façon logique et harmonieuse.

Selon le Dr. Codet, ce sont ces mêmes traits que l’on retrouve chez l’enfant, particulièrement entre 3 et 12 ans, d’après la théorie avancée par les psychologues Jean Piaget et Henri Wallon, ce qui semblerait corroborer la théorie du Dr. Winnicott.

La première phase du désir de possession se manifesterait entre 2 et 6 ans. Comme l’enfant distingue mal ce qui lui appartient de ce qui ne lui appartient pas, il croit que tout ce qui l’entoure est à lui. Cette étape normale est remplacée vers 7 ans par l’intérêt de collectionner des objets, ce qui permet à l’enfant de mieux maîtriser son petit univers.

Le besoin d’activité spontanée, ou le jeu libre, permet à l’enfant, qui est très actif, de découvrir le monde en le manipulant. Cette activité est nécessaire pour le développement du cerveau, de la motricité et de la créativité de l’enfant tout en favorisant sa dépense énergétique.

Vers l’âge de 5 ou 6 ans, l’enfant entre à l’école et commence à se comparer aux autres. Le dépassement motive l’enfant à tester sa valeur, à devenir autonome et à chercher l’approbation des adultes.

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C’est vers l’âge de 6 ou 7 ans que la tendance à classer naît chez l’enfant, résultat de son besoin de gérer toutes sortes de nouvelles informations. Le cerveau de l’enfant a besoin d’ordre pour mieux comprendre l’univers. Cette classification constitue la base du raisonnement logique et des mathématiques.

Point n’est besoin d’ajouter que pour le collectionneur, chaque objet de sa collection a un sens particulier qu’il y rattache. Si cette valeur est de nature sentimentale, l’objet peut devenir une projection de son psychisme. Le collectionneur de voitures miniatures, par exemple, peut exprimer un attachement à l’enfance. La personne qui collectionne des roches pourrait vouloir partager son amour pour la nature et l’importance qu’elle y attache.

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Des cartes de baseball. Photo: DepositPhotos.com

La formation des mots

Les mots des collections et des collectionneurs se forment généralement de deux parties, une racine et un suffixe. D’habitude, la base de mot choisie est d’origine grecque ou latine. On n’a qu’à penser à un mot comme «œnophile», où «oeno», du grec ancien «oînos» (οἶnos) signifie «vin», et «phile» du grec ancien «philos» (φίλος) veut dire «ami de» ou «amateur de».

De nos jours, comme on trouve toujours de nouveaux objets à collectionner, bien des mots de collections sont de formation populaire. Pour les créer, on utilise comme base le nom de l’objet collectionné à laquelle on joint un suffixe, comme dans les exemples suivants: caricatophilie (collection de caricatures) et kindermanie (collection des œufs-surprises Kinder).

Dans certains cas, on comprend facilement de quoi il s’agit puisque la base de mot retenue est très proche de l’objet collectionné, comme dans: bédéphilie, autographilie, discophilie. Mais dans de nombreux cas, le lien est moins évident. Par exemple, qui saurait ce que signifient vitolphilie, atramantophilie ou odolaphilie?

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Pour ce qui est des suffixes, différentes possibilités existent: -isme, -logie, -manie, ‑philie, etc. pour les collections et -iste, ‑logue, -mane, -phile, etc. pour les collectionneurs, mais les plus courants sont ‑philie et ‑phile.

Chose curieuse, tous les noms de collections et de collectionneurs ne se trouvent pas dans les dictionnaires. Étant donné l’invention spontanée de certains termes pour répondre à la variété croissante des objets collectionnés, les mordus doivent faire preuve de beaucoup d’imagination pour maintenir la nomenclature à jour.

Quelques statistiques

Parmi tous les collectionneurs, 73% sont des hommes et 27%, des femmes.

La moitié des collectionneurs ont commencé leur collection entre 4 et 15 ans et l’autre moitié entre 20 et 30 ans.

L’âge auquel les collectionneurs atteignent leur apogée est de 10 ans.

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La majorité des collectionneurs consacrent à leur activité de 5% à 20% de leur budget.

Pour 9% des collectionneurs, il s’agit d’une façon de placer de l’argent.

Environ 90% des collectionneurs s’occupent régulièrement de leur collection, mais le temps qu’ils y consacrent varie entre 10 à 100% du temps de loisir total.

60% des collectionneurs acceptent de montrer leur collection à leurs amis, 20% de temps en temps, 20% jamais.

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Collection de petits modèles de véhicules de pompiers. Photo: DepositPhotos.com

Les collections les plus populaires du monde

Non seulement le collectionnisme ne connaît ni âge ni sexe, mais l’activité ne connaît pas de frontières non plus. Voici en ordre décroissant les dix objets de collection les plus populaires du monde:

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La collection de timbres-poste (la philatélie: 48 millions d’adeptes).

La collection de pièces de monnaie (la numismatique: 45 millions).

La collection de cartes (la cartophilie: 40 millions).

La collection de bandes dessinées (la bédéphilie: 32 millions).

La collection de figurines et de soldats (la pixiphilie: 28 millions).

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La collection de montres de luxe (horlogiophilie: 22 millions).

La collection de militaria (militariophilie: 18 millions).

La collection de disques vinyle (la discophilie: 16 millions).

La collection de livres anciens et précieux (bibliophilie: 12 millions).

Les avantages de collectionner

L’art de collectionner comporte plusieurs avantages non négligeables. Grâce à leur collection, les amateurs peuvent faire partie d’une communauté plus ou moins grande de personnes qui partagent leur passion, ce qui leur donne un sens d’appartenance à un groupe ou de faire partie d’un tout.

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Un autre plus pour certains est la possible valeur monétaire de la collection. Pour de nombreux collectionneurs, il s’agit d’un investissement bien calculé. À titre d’exemple, une des collections privées les plus chères du monde est celle d’Ezra et David Nahmad, des marchands d’art dont la collection vaut quelque trois milliards de dollars.

Il existe aussi des collections publiques pour satisfaire ce petit côté collectionneur qui sommeille peut-être en chacun et chacune de nous. Qui n’a jamais visité un musée ou une galerie d’art? Ceux qui remportent la palme pour la valeur de leurs collections sont le Metropolitan Museum of Art à New York et le Musée du Louvre à Paris dont la valeur pour chaque musée est estimée à plusieurs centaines de milliards de dollars.

Auteurs

  • Michèle Villegas-Kerlinger

    Chroniqueuse sur la langue française et l'éducation à l-express.ca, Michèle Villegas-Kerlinger est professeure et traductrice. D'origine franco-américaine, elle est titulaire d'un BA en français avec une spécialisation en anthropologie et linguistique. Elle s'intéresse depuis longtemps à la Nouvelle-France et tient à préserver et à promouvoir la Francophonie en Amérique du Nord.

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