Bilan mitigé pour le premier Marché du TIFF

le marché du TIFF The Market
Vue du Marché du TIFF, au Palais des congrès, avec les files d'attentes pour les badges. Photos: Patricia Chica et Jennifer Mesich
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Publié 19/10/2026 par Zefred

Trois semaines après la fin du Festival international du film de Toronto (TIFF), les réactions à froid commencent à sortir.

Si, dans l’ensemble, les opinions sont plutôt positives et la majorité estime que le festival donne l’impression de remonter la pente, certaines critiques tirent quand même le bilan vers le bas.

Surtout au niveau de ce qui fait le succès de festival depuis des années: la programmation des films, mais aussi de la première édition du Marché, que les officiels encensent bien entendu comme une grande réussite, mais sur lequel l’avis de la profession en général diverge.

Beaucoup de questions pertinentes sont maintenant posées.

Peur de la critique

Premièrement, il nous faut souligner qu’après avoir parlé avec plusieurs acteurs locaux, provinciaux, nationaux et internationaux, nous avons été un peu surpris du niveau de crainte générale quant à l’expression publique d’opinions négative sur l’événement.

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L’angoisse de ne pas voir leurs sésames renouvelés pour les prochaines éditions est si forte que presque tous nous ont expressément demandé de conserver leur anonymat. Certains des noms et prénoms ci-dessous ont donc été changés à cet effet.

Les faits: le 16 mai 2024, le TIFF, en difficulté financière, a reçu du gouvernement canadien une subvention publique d’investissement de 23 millions $ sur trois ans, par l’intermédiaire de Téléfilm Canada, pour organiser un marché officiel du film réservé aux professionnels, en parallèle du festival, sur le modèle des grands marchés connus comme ceux de Cannes, Busan, ou encore le Marché du film américain à Los Angeles.

La première édition de ce marché a eu lieu entre les 10 et 16 décembres au Palais des congrès du Toronto métropolitain (MTCC) sur la rue Front Ouest.

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Inauguration du Marché avec les principaux instigateurs et, au centre, le ministre fédéral de la Culture, Marc Miller.

Marchés officieux et officiel

Jusqu’alors, il existait déjà un marché officieux, qui se déroulait à l’abri des regards de la plupart des délégués, qui eux préféraient les sessions de formation, les événements de réseautage, ou tout simplement regarder des films.

Ce marché se déroulait dans plusieurs endroits disposés autour de la TIFF Bell Lightbox, rue King Ouest, le plus souvent dans des suites hôtelières louées pour la semaine au-dessus du «Centre de l’industrie» situé au deuxième étage du Hyatt Regency, mais aussi dans d’autres hôtels autour, ou dans des bureaux et résidences privées.

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Les rendez-vous, négociations et transactions se passaient loin des regards de la plèbe, et tout le monde était plutôt content.

Le problème: TIFF était bien incapable d’obtenir une part de gâteau de cette manne intouchable et qui leur aurait été bien utile, excepté bien entendu pour la vente de badges «Acheteur» et les revenus des projections spécialisées pour ceux-ci.

En créant un marché officiel, l’organisation tapait donc du pied et rappelait à l’ordre ceux qui avaient profité des retombées financières accessoires à la vague du TIFF durant de longues années.

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Le pavillon canadien était un de ceux qui ont eu le plus de succès.

7000 professionnels

Une fois le festival clôt, d’après les organisateurs cités par Barry Hertz du Globe and Mail, l’édition 2026 a été visitée par plus de 7000 professionnels à tous les niveaux de l’industrie: production, distribution (achat et vente), institutions, médias…

C’est un chiffre qui serait en progression de plus de 40% par rapport au chiffre de 2025 de 5000 visiteurs.

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Pourtant, toujours d’après Barry, le TIFF avait fait état l’an dernier de plus de 6000 visiteurs badgés. Quel chiffre est le bon? Y a-t-il une erreur ou une exagération volontaire, d’un côté ou de l’autre?

Le même journaliste rapporte que le TIFF s’est vanté d’avoir vendu 196 projections au nouveau marché du film. Très bien, mais on est assez loin des 650 projetées par l’organisation en décembre 2025.

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Le pavillon africain.
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Le pavillon indien.

Faible achalandage

Reste aussi la question soulevée par pure observation: le succès d’achalandage du premier marché. En effet, toutes les personnes dotées d’un badge d’accès au plancher officiel du nouveau marché, votre serviteur y compris, n’ont pu que constater une fréquentation très basse, à tout moment.

Pas de quoi impressionner ceux qui avaient acheté un badge Industry Market (entre 590 $ et 800 $ selon la période d’achat), Market+ et Market+Buyer (entre 760 $ et 1030 $).

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Promotions pour des films présents au Marché 2026.

Encore moins impressionnant d’après la plupart des inscrits: les problèmes énormes dans les semaines précédant le lancement du marché.

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• Application de réseautage et de contact entre délégués publiée très très en retard et avec pas mal de bogues.

• Délais énormes pour obtenir les badges lors des premiers jours: certains ont dû patienter jusqu’à cinq heures en file d’attente, et se sont même vus demander de revenir le lendemain pour raison d’impossibilité technique d’imprimer les passes tant convoités.

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Charles Tremblay, directeur du Marché du TIFF.

Inutile de mentionner que ces cahots ont pas mal ruiné l’expérience d’un bon nombre de participants, en tout cas pour les premiers jours. Charles Tremblay, directeur du Marché, a mentionné certains de ces problèmes dans un entretien post-mortem avec nos collègues du Globe and Mail.

Mais il les minimise au profit des choses s’étant bien déroulées. Ou il les indexe sur sa référence personnelle de satisfaction, en déclarant que des chiffres objectifs ne sont pas encore possibles… et ne le seront peut-être jamais en raison de la réticence des compagnies à les partager.

Ratés

Selon nos propres entretiens avec des participants, le consensus est que les promesses ont été loin d’être tenues.

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Vinnie T., par exemple, était assez déçu que l’accès aux grandes entreprises de distribution n’ai pas eu lieu. «Ils avaient poussé un accès facilité aux grandes compagnies de vente, mais les ont finalement cachées au Ritz Carlton ou à l’Intercontinental.»

«Sur le plancher, nous avions, comme pour les années précédentes, les grandes agences internationales de promotions des pays et régions, et quelques petites compagnies, mais c’est à peu près tout.».

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Le salon de repos.

Michelle B. a été très surprise de l’absence totale d’options de nourriture abordables sur le plancher du Marché. «Il fallait sortir et marcher loin pour pouvoir trouver un choix décent de sustentation. Tout ne monde ne peut pas s’offrir chaque repas à 60 $ pendant 10 jours, ou même un croissant à 8 $».

Marie S. a été déçue par le faible achalandage du plancher, mais aussi des conférences industrie, dans lesquelles elle  «avait du mal à faire des rencontres, car si peu de gens étaient présents».

Un autre problème récurrent qui a révolté un bon nombre de délégués était la difficulté d’obtenir des billets pour aller voir des films publics, avec une organisation qui assurait que les projections étaient complètes, mais des salles qui affichaient encore beaucoup de sièges disponibles à l’heure de l’événement, même après avoir laissé entrer les lignes de dernière minute.

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Le niveau de désintéressement des bénévoles, ainsi que leur incapacité à répondre à des questions de base, a aussi été mentionné plusieurs fois.

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Le pavillon québécois.

Peu d’histoires universelles

Côté programmation, il est difficile d’obtenir un consensus objectif pour des raisons évidentes de disparité des goûts, mais nous avons beaucoup entendu qu’il était plus difficile de trouver des histoires résonnant universellement cette année, et que les directives gouvernementales pour obtenir des financements devenaient bien trop visibles par leur introduction forcée dans les scénarii.

Jean N. et d’autres nous déclaraient sensiblement la même chose: «Toutes les histoires n’ont pas besoin de personnages clamant haut et fort leur appartenance aux communautés minoritaires (il parlait plus précisément de la communauté LGBTQ). Ça ne se passe pas comme ça dans la vraie vie, sauf chez les activistes et extrémistes.»

«On sent trop que c’est là pour cocher des cases dans les demandes de financement. Ça agace, ça distrait du propos. Bien sûr, ils peuvent être présents et participer à l’histoire de manière normale, comme des êtres humains, mais pas des étendards constants. Ça rendrait l’expérience plus réelle et digeste pour beaucoup.»

Bien entendu, les francophones ont été déçus du net recul de films dans leur langue, mais les italophones et germanophones également, au profit notamment des cinémas d’Asie, d’Afrique et du Moyen-Orient. Cependant, même les ressortissants de ces pays contestaient les choix des programmeurs quant aux projets issus de leurs communautés!

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Le pavillon queer.

Trop gros pour disparaître

Pour résumer, le TIFF est un monstre que beaucoup pensent trop gros et important pour mourir.

Ceux-ci comptent sur l’importance des retombées économiques de l’événement pour assurer sa pérennité, même au prix de lourdes subventions.

Un mastodonte de ce genre ne peut évidemment pas satisfaire tout le monde, mais les problèmes majeurs rencontrés pour cette première édition du Marché devront être résolus rapidement. Sinon, le pari de l’organisation pour garantir sa survie pourrait bien devenir un désastre aux conséquences politiques graves.

Certains le comparent déjà à la CBC ou aux médias «libéraux» en termes de fardeau sur les finances publiques. Un équilibre satisfaisant chacun sera difficile à atteindre, mais celui-ci pourrait bien être la clef des prochaines années du Festival et de son Marché.

Auteurs

  • Zefred

    Cinéaste, musicien et journaliste à mes heures, je suis franco canadien torontois, épicurien notoire et toujours prêt pour de nouvelles aventures.

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  • l-express.ca

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