La Coupe du monde, un flop économique pour Toronto

Canada-Bosnie, Foot, FIFA, Coupe du monde, soccer
Présentation des deux formations partantes au Stade de Toronto. Photo: Chris Young, l-express.ca
Partagez
Tweetez
Envoyez

Publié 29/07/2026 par Soufiane Chakkouche

La montagne a accouché d’une souris! C’est ce qui ressort des résultats préliminaires de l’impact économique de la coupe du monde de soccer ainsi que des impressions recueillies pour les besoins de cet article.

Coupe du monde FIFA 2026
Sharon Bollenbach. Photo: courtoisie

«La Coupe du monde de la FIFA Toronto 2026 a attiré des visiteurs de partout du Canada et du monde entier, dynamisant ainsi les hôtels, restaurants, boutiques, attractions et autres commerces locaux», annonce à l-express.ca Sharon Bollenbach, directrice générale du Secrétariat de la Coupe du monde de la FIFA à Toronto.

Désillusion 

Et pourtant, sur le terrain, c’est le sentiment de déception qui domine chez les personnes interrogées. C’est le cas de Gaurav Minhas, un Torontois propriétaire d’un appartement au cœur de la ville, qu’il met en location sur la plateforme Airbnb.

«Au départ, nous pensions que ce serait une période extrêmement achalandée avec un très fort taux d’occupation et un tarif moyen par unité élevé. Mais, au final, le taux d’occupation est resté faible, tout comme le tarif moyen.»

FIFA 2026
Pascal Verhnes. Photo: courtoisie

Pascal Vernhes, propriétaire du restaurant Le Baratin sur Dundas, est du même avis. «En termes de chiffre d’affaires, la Coupe du monde n’a eu aucune incidence sur le restaurant. Elle nous a même plutôt ralentis, puisque les soirs des matchs, nos week-ends-brunch ont été très calmes. Pour nous, l’été représente la basse saison, et cette Coupe du monde n’y a rien changé.»

Publicité

Le jeu n’en valait pas la chandelle  

De son côté, le conseiller municipal Josh Matlow va plus loin et confie à l-express.ca que l’investissement ne valait carrément pas le retour:

«Ce fut un privilège pour Toronto d’accueillir la Coupe du monde et de recevoir des visiteurs venus du monde entier. Cependant, les coûts furent considérables, justifiés à l’époque par les promesses de retombées économiques.»

FIFA 2026
Josh Matlow. Photo: courtoisie

«Malheureusement, nous n’avons pas constaté les mêmes retombées économiques que pour d’autres événements, comme les concerts de Taylor Swift ou les Séries mondiales de l’année dernière.»

Pour rappel, les coûts estimés pour accueillir cette Coupe du monde s’élèvent à 380 millions $, dont 178,6 millions $ supportés par la Ville, autrement dit par le contribuable.

Ces dépenses couvrent, entre autres, la mise à niveau des infrastructures afin de répondre aux exigences de la FIFA, ainsi que les moyens sécuritaires déployés. À ce titre, d’après un document de la Ville, avec six semaines d’opérations continues, la police de Toronto a enregistré le plus long déploiement de son histoire.

Publicité

Toujours selon le même document, les services médicaux de Toronto ont répondu à 550 demandes de soins liées à l’évènement, alors que les services d’incendie sont intervenus à 1 835 reprises.

Une timide augmentation de 3% des nuitées

À sa décharge, la Ville avance les données de Moneris relatives à la période du 12 au 26 juin et qui font état d’une augmentation de 34% des dépenses des visiteurs internationaux dans les restaurants et les bars de Toronto par rapport à la même période en 2025.

Des chiffres que Josh Matlow relativise face aux coûts engagés. «En Ontario, il n’existe pas de taxe de vente municipale, ce qui signifie que, même si la Ville a assumé 47% des dépenses de la Coupe du monde, elle n’a tiré aucun profit direct de l’augmentation des dépenses pendant les matchs.»

«En réalité, le budget de la Ville pour la Coupe du monde était conçu pour atteindre l’équilibre budgétaire, et nous attendons toujours la confirmation que cet objectif minimal a été atteint.»

Coupe du monde FIFA 2026
Vendeur ambulant de drapeaux et de gilets, rue Queen Ouest. Photo: l-express.ca

Quant au nombre des nuitées, Destination Toronto indique que la demande d’hôtels et de locations à court terme a atteint 795 864 nuitées en juin, soit une hausse de seulement 3% par rapport à juin 2025. Plus en détail, la demande hôtelière a diminué de 4,7%, alors que celle de locations à court terme a augmenté de 35,9%.

Publicité

À en croire Josh Matlow, ce recul enregistré par les hôtels s’explique par un désintérêt de leurs clients habituels.

«L’événement a engendré des coûts d’opportunité. Par exemple, il semblerait que de nombreux hôtels se soient retrouvés avec des chambres vacantes et aient manqué leur clientèle habituelle de congrès, les organisateurs ayant boudé Toronto cet été en raison de la concomitance avec la Coupe du monde.»

Faute de grandes affiches

Certains attribuent ce flop à la quantité et à la qualité des matchs que Toronto a accueillis.

FIFA 2026
Gaurav Minhas. Photo: courtoisie

«Lorsqu’on regarde les matchs qui ont été attribués à Toronto, nous n’avons accueilli ni huitième de finale, ni quart de finale, ni demi-finale et encore moins la finale. Il n’y avait donc pas de grandes affiches. Pour plusieurs équipes, les supporters n’étaient soit pas disposés à se déplacer, soit ils n’ont pas obtenu leur visa», estime Gaurav Minhas.

En effet, la ville n’a accueilli que six matchs, dont cinq de phase de groupes et un seul à élimination directe en la qualité d’un seizième de finale.

Publicité

De plus, les équipes engagées dans ces matchs occupent pour beaucoup les dernières places dans le classement mondial des équipes nationales, comme le Ghana (65e), l’Iraq (63e) ou la Bosnie-Herzégovine (61e) pour ne citer que celles-là.

Des miettes sur la vente des billets

Par ailleurs, gourmandise de la FIFA oblige, la Fédération a conservé le monopole sur la vente des billets et sur les produits publicitaires. Autrement dit, la Ville n’a reçu aucun revenu fiscal provenant de la billetterie ni des produits publicitaires, un véritable manque à gagner se chiffrant probablement à plusieurs millions de dollars.

À titre informatif, c’est ce même appétit vorace de la FIFA qui a poussé les villes de Montréal et de Chicago à refuser les matchs de la Coupe du monde 2026 sur leur sol.

Interrogée à ce sujet, la directrice générale du Secrétariat de la Coupe du monde à Toronto a botté en touche: «La vente de tous les billets pour les matchs de la Coupe du monde 2026 a été gérée par la FIFA. Pour toute question relative aux recettes de billetterie, veuillez vous adresser à la FIFA.»

Et le conseiller municipal d’éclairer: «Si Toronto a pu acheter et revendre certains billets et forfaits d’hospitalité pour générer quelques revenus, la Ville n’a perçu aucun autre revenu provenant de la billetterie.»

Publicité
Foot, FIFA, Coupe du monde, soccer
Derrière le Collège Boréal dans le quartier de la Distillerie. Photo: l-express.ca

L’argent ne fait pas le bonheur

Néanmoins, l’essentiel n’est pas là, du moins selon l’avis de Sharon Bollenbach. «Le succès et l’impact à long terme du tournoi ne peuvent se mesurer uniquement par des résultats financiers.»

Comprendre par là qu’il faut considérer que l’organisation de l’événement sportif le plus important de la planète sert avant tout à mettre en évidence l’image de Toronto comme destination touristique internationale.

D’ailleurs, et c’est bien là que réside la petite consolation, l’étude commandée par la Ville à Destination Toronto montre que neuf visiteurs sur dix ont déclaré qu’ils sont susceptibles de revenir pour revisiter la ville, et ce au cours des deux prochaines années.

Du reste, les données définitives concernant la fréquentation, l’impact financier et économique sont encore en cours de compilation et seront rendus publics en 2027. Affaire à suivre…

Auteurs

Partagez
Tweetez
Envoyez
Publicité

Pour la meilleur expérience sur ce site, veuillez activer Javascript dans votre navigateur