Au Festival de journalisme de Carleton-sur-Mer: du terrain, de l’authenticité et des jeunes

«Revenir à la base»

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Une discussion sur le rapprochement des communautés linguistiques par le journalisme a présenté les perspectives de Maryne Dumaine de l’Aurore boréale (au micro), de la Belgique, et des anglophones du Québec. Photo: Julien Cayouette, Francopresse
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Publié 20/05/2026 par Julien Cayouette et Camille Langlade

Le journalisme et les médias sont encore bien vivants et dynamiques, malgré les vents de face, selon les discussions au Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer (FIJC). Avec des participations du Canada francophone, de la France et de la Belgique, les accents étaient multiples; les réflexions sur l’avenir aussi.

Comment allons-nous informer en 2050? Journalistes, peuple et gestionnaires se sont réunis à Carleton-sur-Mer, au Québec, du 14 au 17 mai, pour la quatrième édition du FIJC.

L’importance de revenir à la base du journalisme faisait consensus. Le terrain et le gens qui l’habitent: comment aller les chercher, les écouter et les faire contribuer dans un environnement numérique envahi par des plateformes qui modifient sans arrêt les règles du jeu et de l’attention.

L’avenir de toute profession se joue aussi avec sa relève. Même si les inscriptions diminuent dans les programmes postsecondaires, selon certains intervenants, ceux qui se lancent dans le journalisme le font avec une grande passion. C’est d’autant plus vrai pour ceux et celles qui couvrent la francophonie minoritaire.

«J’ai pu porter la voix de l’Acadie»

Cédric Thévenin résume le Festival avec trois mots: «Authenticité, terrain et jeunes.»

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Le journaliste basé à Moncton repart avec plein d’idées en tête à partager à ses collègues d’Acadie Nouvelle*, notamment sur le numérique et les nouveaux formats pour rejoindre les jeunes, comme la vidéo.

«Dans les nouvelles narrations visiblement qui intéressent les jeunes et qui ont du succès sur les réseaux sociaux, il y a la notion de personnification de l’information; le journaliste qui se met en scène de façon authentique, pas forcément en étant souriant, bubbly […], mais plutôt goofy», décrit celui qui participait au FIJC pour la deuxième fois.

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Cédric Thévenin, journaliste à Acadie Nouvelle, repart enthousiaste et inspiré. Photo: Camille Langlade, Francopresse

Un autre point l’a particulièrement intéressé: l’enquête en région. Il aimerait, pourquoi pas, se former davantage au journalisme de données et passer d’Excel au codage.

Même s’il note encore «une faible présence des médias francophones en milieu minoritaire» à l’évènement, certaines conférences ont abordé le sujet. Lui-même a participé à une table ronde sur les regards croisés des jeunes francophones sur l’information de demain. «J’ai pu porter la voix de l’Acadie.»

«Les défis qu’on a sont quand même très similaires à ceux des autres médias. J’ai trouvé ça a très utile.» Et inspirant. Il cite un média indépendant belge qui essaie de faire participer les citoyens à leurs enquêtes.

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Nouvelles perspectives

De son côté, Sarah-Jeanne Tremblay, journaliste à Ottawa-Gatineau pour Le Droit*, a été surprise d’entendre l’écho d’un de ce qu’elle a observé: la différence dans la perception de l’immigration entre le Québec et la francophonie canadienne.

«Les réactions qu’on a dans les commentaires de nos de nos articles sur l’immigration quand on couvre le milieu franco-ontarien versus quand qu’on couvre le milieu québécois sont drastiquement différents.» Pour la francophonie minoritaire, l’immigration est une question de survie pour les communautés.

Elle ramène dans ses bagages une motivation renouvelée et le désir de se replonger dans son travail. «J’ai le goût de faire plus de demandes d’accès à l’information. Je suis allé voir beaucoup de conférences sur le journalisme d’enquête et ça m’a donné le goût d’en faire, de faire de plus longs reportages.»

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Sarah-Jeanne Tremblay reprendra le travail au Droit à Ottawa-Gatineau avec une nouvelle inspiration. Photo: Camille Langlade, Francopresse

Pour Alicia Régnier, chargé de projets multimédias et communication à La Liberté*, au Manitoba, créer une proximité avec la communauté est ressorti comme un élément fort du Festival. «Se rapprocher des gens, surtout venant d’une petite communauté, je pense que c’est important d’être plus près d’eux», souligne-t-elle.

Comme Cédric Thévenin, elle ne voyait pas toujours un lien avec le travail en situation francophone minoritaire, mais il y en avait assez pour lui inspirer des idées. L’initiative vidéo de l’Aurore boréale, au Yukon, pour se rapprocher des jeunes, pourrait justement être reproduite pour «essayer d’élargir notre public», avance Alicia Régnier.

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Elle rapporte quelques idées et techniques pour les reportages vidéos, entre autres provenant de RAD. «On ne peut pas faire nécessairement à leur niveau ce genre de projet», mais ils lui ont donné le goût d’en faire davantage.

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Alicia Régnier retourne à La Liberté, au Manitoba, avec l’envie de rejoindre les jeunes. Photo: Camille Langlade, Francopresse

Rapprocher les communautés, et les publics

Le journalisme de solution a été mis de l’avant à plusieurs reprises, à la fois à l’intérieur et en dehors des salles de nouvelles.

Rapprocher les communautés linguistiques est une piste, que ce soit en Belgique – entre Wallons et Flamands – ou au Canada, entrent francophones, anglophones et Autochtones. Le sujet a fait l’objet d’une rencontre, le 16 mai.

En Belgique, le site d’information DaarDaar, cofondé par Joyce Azar, traduit en français des nouvelles de la partie flamande du pays. La demande est bien là, confirme-t-elle.

Traduire des articles d’autres médias «ne coûte rien» et permet d’avoir un autre regard sur l’actualité vue par l’autre communauté, rappelle Michel Cormier, ancien directeur de l’information de Radio-Canada.

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La directrice et rédactrice en chef de l’Aurore boréale, au Yukon, Maryne Dumaine, a rappelé l’importance pour les médias d’être ancrés dans leur communauté.

Son journal s’adresse aux francophones, mais aussi aux personnes ayant le français comme langue seconde, dit-elle. Il s’attarde à rapprocher les francophones des enjeux autochtones, en proposant notamment un lexique qui traduit quelques mots dans les huit langues autochtones du territoire. «On essaie aussi de changer le narratif et de parler des enjeux autochtones de façon positive», témoigne Maryne Dumaine, qui est également la présidente de Réseau.Presse.**

Les intervenants et intervenantes ont souligné l’importance de rapprocher les médias des grands centres urbains et ceux en région. Il ne faut pas seulement parler des communautés éloignées quand il y a des problèmes ou lors de «l’ouverture de la pêche».

Réseau.Presse
Les 23 journaux membres de Réseau.Presse.

Médias de proximité, histoire d’un renouveau

L’avenir des médias n’apparaît pas toujours sombre. Plusieurs médias dits de proximité tirent leur épingle du jeu. Pour des panélistes à une discussion sur les médias ancrés dans une plus petite communauté le 17 mai, l’information locale peut être une façon de sortir de la morosité des mauvaises nouvelles nationales ou mondiales.

«Le citoyen sent qu’il peut avoir un impact en s’impliquant dans son quartier en lisant les nouvelles locales», avance Arnaud Bertrand, fondateur de Monlimoilou.com.

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Cette proximité avec son sujet principal est un avantage pour un petit média. Ils connaissent leur communauté, les résidents ont davantage tendance à leur faire confiance, les grands médias peuvent difficilement venir jouer sur leur terrain.

Cet avantage existe aussi pour les médias francophones en situation minoritaire. Maryne Dumaine, qui participait à une deuxième discussion, souligne que plusieurs de ces médias reçoivent encore de l’information, des sujets et des photos du public. «C’est aussi un outil de rassemblement, les gens y apprennent à se connaître. C’est aussi un outil d’engagement démocratique.»

Cette proximité et le statut de journal communautaire ne les empêchent pas de non plus de faire du journalisme professionnel et de qualité, malgré les enjeux financiers, auquel la communauté peut prendre part.

L’éditeur du journal Le Charlevoisien et des Publications Gaspésiennes, Sylvain Desmeules, rappelle que les annonceurs locaux n’ont majoritairement pas abandonné ces médias. Ce sont les grandes compagnies qui se sont tournées vers les GAFAM et qui envoient leur argent à ces entreprises des États-Unis.

Sylvain Desmeules est également heureux de voir que la collaboration entre médias grandit : «Il y a un plus grand respect entre journalistes. Il y a moins de compétition.»

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IA, Gaza et démocratie

L’intelligence artificielle (IA) a aussi fait partie de plusieurs discussions. L’heure était également à l’émotion, quand la journaliste gazaouie de l’Agence France-Presse, Mai Yaghi, a témoigné de son quotidien en zone de guerre et des décisions difficiles qu’elle a dû prendre, en tant que journaliste, mais aussi en tant que mère.

À travers les échanges, de salle en salle, le journalisme est plus que jamais ressorti comme un des remparts et des piliers de la démocratie, alors que celle-ci – et la liberté de la presse – vacille dans de nombreux pays à travers le monde.

* Le voyage des trois jeunes journalistes des médias membres de Réseau.Presse a été financé par Les Offices jeunesse internationaux du Québec (LOJIQ).

** Réseau.Presse est l’éditeur de Francopresse.

Une contribution financière du ministère de la Langue française du Québec a permis à Francopresse de se déplacer au Festival international du journalisme de Carleton-sur-Mer.

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