Monologue touchant sur «le mot en t»

monologue, Olivier Sylvestre, Retour à Laval
Olivier Sylvestre, Retour à Laval, théâtre, Québec, Éditions Hamac, 2026, 88 pages, 17,95 $.
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Publié 20/05/2026 par Paul-François Sylvestre

École secondaire, expérimentation, homosexualité, intimidation, homophobie, masculinité toxique, amitié… Autant de mots clés dans Retour à Laval, pièce de théâtre sous forme de monologue que signe Olivier Sylvestre (aucun lien de parenté).

Au tout début de ce texte d’environ 60 pages, Olivier Sylvestre nous dit que son texte est le résultat d’une plongée dans ses souvenirs de l’école secondaire. «Il s’agit d’une autofiction, donc un mélange de vrai et d’invention. J’ai souhaité y laisser de l’espace pour que de jeunes et de moins jeunes personnes queers d’aujourd’hui puissent s’y retrouver…»

Le personnage est Lukas, début trentaine, qui porte en lui l’adolescent qu’il a été.

Douloureuses retrouvailles

Lukas est invité à faire un discours à l’occasion des retrouvailles de son ancienne école secondaire, un établissement de Laval où il a jadis passé à travers ses études comme on survit à des bombardements.

Lorsque Lucas aperçoit une bande de garçons au fond de la salle, il délaisse son discours bien préparé et refait courageusement le chemin mémoriel des invectives – «le mot en t» – que ces garçons lui lançaient à tout moment dans les corridors.

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De douloureux souvenirs refont alors surface: «si j’avais le malheur de croiser votre champ de vision, le mot, juste murmuré ou prononcé avec les lèvres [il articule silencieusement le mot “tapette”] en me regardant droit dans les yeux, comme pour vous assurer que j’oublie pas le sort que vous m’aviez jeté».

Lucas est aujourd’hui un diplômé qui entame assez bien une carrière de comédien. Il note comment un gars avait peur d’avoir l’air gai – ou de l’être, la pire chose qui pouvait lui arriver. «Nos pères en ont eu peur toute leur vie, c’est pour ça qu’ils ont pas été affectueux avec nous…»

Sissy

Quand j’ai commencé mon cours secondaire en 1961, dans le Sud-Ouest ontarien, il y avait un dénommé Barry dans ma classe. Ce gars macho me traitait de sissy, équivalent du mot tapette ou pédé.

Il ajoutait parfois l’expression anglaise cock sucker, que je ne comprenais pas. Lorsque j’ai demandé à mon père de me l’expliquer, il m’a tout simplement dit de ne jamais prononcer ces mots.

Papa n’était pas un homme affectueux. Il ne m’a jamais donné une accolade, tout au plus une poignée de main. J’ai appris beaucoup plus tard que maman lui avait dit qu’elle parlerait de puberté avec ses filles et que lui devait en faire autant avec moi. Aucune discussion, bien entendu.

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De l’insulte à l’émancipation

Revenons au Lucas campé par Olivier Sylvestre. Le dramaturge s’est inspiré de la démarche des écrivains français Didier Eribon et Édouard Louis sur la sublimation de l’insulte homophobe en force émancipatrice.

Par-delà les quolibets, Lucas partage ses premières amitiés sincères et salvatrices avec des garçons bienveillants. Il démolit le modèle de masculinité toxique qui lui a été imposé au secondaire pour nous révéler une histoire d’émancipation.

Son discours des retrouvailles prend dès lors la forme d’un hommage à toutes celles et à tous ceux qui ont survécu à leur cours secondaire.

Auteurs

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

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