Santé des réfugiés: des coupes jugées coûteuses et néfastes

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Des médecins, des réfugiés et des avocats en immigration ont manifesté sur la Colline parlementaire contre le démantèlement du Programme fédéral de santé intérimaire, qui assurait jusqu’ici aux réfugiés que leurs frais de santé et médicaments soient couverts. Photos: Inès Lombardo, Francopresse
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Publié 15/04/2026 par Inès Lombardo

Des médecins et des réfugiés ont protesté sur la Colline du Parlement, le 14 avril, contre les coupes du Programme fédéral de santé intérimaire, qui forcent les réfugiés à payer une part de certains soins et médicaments. Une mesure qui, selon les médecins, place des familles devant des choix difficiles et qui coûtera plus cher aux Canadiens.

«Nous ne voulons pas d’un système de santé à l’américaine!», lance d’emblée Parisa Rezaiefar, médecin généraliste. Cette ancienne demandeuse d’asile a crié sa colère et celle de près d’une centaine de personnes rassemblées autour de la Flamme du Centenaire, sur la Colline du Parlement, à Ottawa, le 14 avril.

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Parisa Rezaiefar, médecin généraliste et ancienne demandeuse d’asile, a expliqué à Francopresse que «plusieurs députés d’arrière-ban sont mal à l’aise avec cette coupe».

Fin janvier, le gouvernement libéral a réduit de 15% le budget du Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI), contraignant ainsi les demandeurs d’asile et les réfugiés à payer leur part des frais pour des services de santé tels que les médicaments, le soutien en santé mentale et les soins de la vue.

Une dépense supplémentaire pour des familles précaires qui n’en ont pas les moyens, soutiennent les médecins présents sur la Colline pour manifester contre cette mesure, qui entrera en vigueur le 1er mai 2026.

Soigner ou nourrir sa famille

Les médecins et organisations qui luttent pour les droits des réfugiés demandent au gouvernement de rétropédaler, car les effets seront «irréversibles» sur les réfugiés et leurs familles.

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«Je veux rappeler que les réfugiés viennent avec leurs habits sur leurs dos, ou à peine plus que cela. Ils n’ont pas de compte bancaire. Ils n’ont pas de travail – pas encore. Ils seront forcés de faire un choix horrible; de choisir entre payer pour l’insuline pour leur enfant de 10 ans, ou un médicament pour l’asthme pour leur enfant asthmatique ou acheter à manger», a dénoncé le Dr Douglas Gruner, médecin depuis 20 ans auprès des réfugiés et des immigrants.

Douglas Gruner
Le Dr Douglas Gruner.

Les docteures Parisa Rezaiefar et Anna Banerji ont listé des exemples similaires récents, qu’elles observent «au quotidien».

«Mettons que vous êtes un réfugié nouvellement arrivé au Canada, que vous devez payer 30% du prix d’une prothèse pour votre enfant. [Maintenir cette mesure], c’est refuser le droit de cet enfant à une prothèse», a fustigé Anna Banerji, spécialisée dans les maladies infectieuses à Toronto.

Elle a expliqué que la plupart des familles qu’elle reçoit «souffrent de malnutrition et ne peuvent pas acheter de couches pour leurs enfants». «Ce n’est pas ça, le Canada», défend la fondatrice de la Conférence nord-américaine sur la santé des réfugiés.

«On sait comment ce scénario va se dérouler. On a vu le mal qui a été fait aux réfugiés, ainsi que le transfert massif des coûts sur les provinces», a affirmé le Dr Gruner, en référence au gouvernement de Stephen Harper, qui avait déjà modifié ce programme entre 2012 et 2015, pour la même raison affichée par les Libéraux: réaliser des économies.

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«Avec un minimum de soutien, on donne une chance à ces enfants nouvellement arrivés de devenir les meilleurs scientifiques, médecins, avocats, etc.», a affirmé la Dre Anna Banerji.

«Pas d’économies»

«Je suis triste, frustré, et franchement surpris que ce soit un gouvernement libéral qui démantèle de nouveau ce programme», a encore déploré le Dr Douglas Gruner.

En 2014, la juge de la Cour fédérale, Anne Mactavish, avait affirmé que les modifications opérées par le gouvernement Harper «pourraient compromettre la santé, la sécurité, voire la vie de ces enfants innocents et vulnérables d’une manière qui choque la conscience et qui porte atteinte à la dignité humaine».

La Cour avait conclu que ces modifications violaient l’article 12 de la Charte canadienne des droits et libertés. Le premier ministre Harper avait fait appel, en vain.

Jusqu’à présent, les réfugiés pouvaient accéder sans frais à des cliniques de médecins généralistes. Désormais, ils seront forcés d’aller aux urgences, rappelle le Dr Gruner, ce qui transférera la pression et les coûts vers les provinces et territoires.

À l’époque, Stephen Harper avançait que ces compressions budgétaires permettraient d’économiser 20 millions de dollars par an, soit 100 millions sur cinq ans.

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pancartes
Manifestation sur la Colline parlementaire contre le démantèlement du Programme fédéral de santé intérimaire, le 14 avril.

Le Dr Gruner espère un rétropédalage de la part du gouvernement Carney : «Ce n’est pas le bon secteur pour faire des économies. Ce sont vraiment des économies minuscules, 4 $ par copaiement. […] Quand les coûts sont transférés aux provinces, ces dernières les font payer aux contribuables canadiens. Si cette mesure se maintient, nous n’allons pas assister à des économies, mais à une hausse des impôts sur les Canadiens.»

Devant les manifestants, le médecin affirme avoir voté pour Mark Carney. «Je pense toujours qu’il est l’homme de la situation. On peut mieux faire».

«Il y a de nombreux députés libéraux très mal à l’aise avec cette mesure, notamment parce qu’ils étaient présents lorsque ce programme a été réinstauré pour les réfugiés», a critiqué le médecin.

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Manifestation sur la Colline parlementaire contre le démantèlement du Programme fédéral de santé intérimaire, le 14 avril.

Flexibilité envers les réfugiés rejetée par le Parlement

Le 26 mars dernier, la Loi visant à renforcer le système d’immigration et la frontière du Canada, décriée par plusieurs ONG humanitaires, dont Amnistie internationale, pour avoir réduit les droits des réfugiés au Canada.

Parmi plusieurs amendements du Sénat visant à insuffler davantage de flexibilité dans cette loi, la sénatrice néo-écossaise Mary Coyle avait notamment proposé de donner deux ans – et non un an – aux réfugiés pour leur permettre de faire leur demande d’immigration.

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Mary Coyle
Mary Coyle. Photo: Sénat du Canada

«[L’amendement] reconnaît la nécessité de traiter l’arriéré des demandes d’asile tout en établissant un délai plus raisonnable, en particulier pour certains demandeurs vulnérables, c’est-à-dire ceux qui auront besoin de plus de temps pour se manifester et qui ne devraient pas se voir refuser leur droit à un examen approfondi de leur situation», avait-elle plaidé devant ses collègues.

La sénatrice proposait aussi de voter pour que le gouvernement fédéral transfère plus de ressources à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada, pour qu’elle continue de tenir des audiences et d’accorder des droits d’appel aux demandeurs, ce que la loi désormais adoptée peut refuser de faire.

«Je veux rappeler aux Canadiens et aux parlementaires que quand les réfugiés sont dans des camps, ils ne paient pas pour leurs médicaments, a souligné le Dr Douglas Gruner, sur la Colline. C’est couvert par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Mais quand ils viennent au Canada, M. Carney et son gouvernement insisteront pour qu’ils paient pour leurs médicaments.»

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