Expressions afro-francophones: quand la jeunesse crée sans compétition

PAJ, Expressions afro-francophones
Participants, mentors et équipe de PAJ lors du spectacle final d’Expressions afro-francophones. Photos: Hamza Ziad, l-express.ca
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Publié 24/03/2026 par Hamza Ziad

Entre arts visuels, musique, danse, peinture, slam et mode, 20 jeunes francophones ont souligné l’aboutissement d’un parcours artistique intensif de quatre mois, amorcé en décembre, dans le cadre d’un programme organisé par Point d’ancrage jeunesse (PAJ), sous la supervision de mentors engagés.

Parmi eux figuraient Abel Maxwell, directeur artistique du projet, Gabriel Osson pour la peinture et l’écriture, Loanna Thomaseau en arts graphiques, Rosine Ngansop en danse, Oriane Diebou en mode, ainsi que Marie Siaho en peinture.

Le spectacle final, présenté le 21 mars dans le quartier Parkdale de Toronto, a rassemblé plus de 200 personnes, dont des représentants d’organismes francophones tels que l’Oasis Centre des femmes, l’Université de l’Ontario français, le Collège Boréal, le Collège La Cité et le Conseil scolaire catholique MonAvenir.

«Ce parcours illustre le rôle de la création artistique dans l’expression et le développement des jeunes», souligne Edwige Ngom, présidente-directrice générale de PAJ.

Défilé de tenues africaines, Expressions afro-francophones
Défilé de tenues africaines.

Changement de format

Contrairement à la première édition d’Expressions afro-francophones, qui portait le nom de Journées artistiques de la jeunesse afro-descendante (JAJA) et prenait la forme d’un concours assorti d’un classement final, l’édition de cette année a privilégié une approche non compétitive axée sur la création et l’expression.

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PAJ, Point ancrage jeunesse
Edwige Ngom.

«Quand j’ai conçu le projet, je ne m’attendais pas à une telle évolution», confie Edwige Ngom. «Aujourd’hui, nous avons vu des jeunes porter leurs œuvres, individuellement et collectivement, et raconter une histoire selon leurs modes d’expression.»

L’objectif du spectacle final était de traduire cette orientation, en mettant en valeur la complémentarité des talents plutôt que la comparaison.

«Je trouve que c’est une excellente idée d’enlever cette portion de compétition», affirme Gabriel Osson. «Cela donne plus de place aux jeunes de créer et de s’exprimer sans avoir à se mesurer aux autres.»

Siaho Marie, Expressions afro-francophones
Siaho Marie présente une œuvre dessinée.

De mentorée à mentore

Le parcours de Siaho Marie illustre la dynamique de transmission recherchée par PAJ. Lauréate du premier prix en peinture lors de la première édition, elle est revenue cette année en qualité de mentor dans la même discipline.

«L’une des plus belles réussites de cette année est de voir Marie passer de mentorée à mentore», souligne Edwige Ngom, y voyant l’expression concrète d’un objectif central: permettre aux jeunes de prendre la parole, d’affirmer leur leadership et de devenir à leur tour des modèles.

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Gabriel Osson
Gabriel Osson.

Pour Marie Siaho, cette transition s’est révélée marquante. «Je pensais être encore participante cette année, mais me voilà de l’autre côté, avec les mentors», confie-t-elle. «Cette expérience m’a véritablement permis de renforcer ma confiance en moi.»

Gabriel Osson évoque également l’impact du projet sur les familles. «Aujourd’hui, le père de Marie est venu me remercier pour ce que sa fille est devenue. Mais en réalité, c’est elle qui a fait tous les efforts pour atteindre cette place», précise-t-il.

Il souligne par ailleurs l’évolution notable des jeunes, passés d’un trac important à une plus grande aisance sur scène, notamment chez les danseuses.

Emma Dayo, Expressions afro-francophones
Emma Dayo présente une œuvre inspirée du Cameroun.

Ne pas oublier d’où l’on vient

Dans la catégorie des arts graphiques, Emma a présenté une création inspirée de ses origines et de son parcours personnel. Déjà familière avec la conception visuelle, elle a souhaité utiliser ce médium pour «s’exprimer d’une autre manière» et dépasser le cadre des productions utilitaires.

Son œuvre intégrait plusieurs symboles du Cameroun, notamment les feuilles et cabosses de cacao, le plantain et le poivre, afin d’évoquer son identité culturelle. «Je voulais montrer d’où je viens et ce qui me reste de ma culture», indique-t-elle, soulignant que l’expérience migratoire peut parfois distendre les liens avec les traditions d’origine.

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À travers ce travail, elle souhaitait également adresser un message aux jeunes: «Peu importe où l’on vit, il est important de conserver son identité culturelle.» Une démarche à la fois personnelle et représentative, explique-t-elle à l-express.ca.

PAJ, Expressions afro-francophones
Abel Maxwell lors d’Expressions afro-francophones.

Relève francophone à l’horizon

Abel Maxwell affirme voir dans cette initiative un vivier prometteur pour l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes francophones. Selon lui, l’engagement des jeunes dépasse le cadre du spectacle et s’inscrit dans une volonté de poursuivre un parcours artistique à long terme.

Plusieurs ont d’ailleurs exprimé le souhait de continuer à collaborer avec lui. «Plusieurs jeunes ont manifesté leur intérêt à m’accompagner sur scène», confie-t-il à l-express.ca, y voyant un signal encourageant pour l’avenir de la relève.

L’artiste insiste toutefois sur l’importance de concilier ambition artistique et stabilité. Il encourage les jeunes à poursuivre leurs études, à conserver un emploi et à développer leur art en parallèle.

«J’ai une maîtrise en finance, et cela m’a beaucoup aidé à gérer mes finances et à financer mes projets», souligne-t-il. « C’est aussi ce qui m’a permis d’obtenir une signature chez Universal, ainsi que des trophées et des prix.»

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Une démarche qu’il considère essentielle pour bâtir une carrière durable tout en préservant son autonomie.

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