Égalité des femmes au Canada: encore des ratés

Le 8 mars d'Oasis Centre des femmes

Oasis Centre des femmes
Des invitées à l'événement d'Oasis Centre des femmes le 8 mars: Anne-Marie Gagné, Loanna Thomaseau, la DG Ines Benzaghou, Boluwa Massina et Isabelle Dostaler.
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Publié 15/03/2026 par Hamza Ziad

«Le droit des femmes de vivre en sécurité, de travailler et de vivre avec dignité, sans discrimination, doit s’incarner à tous les niveaux de la société», souligne Inès Benzaghou, directrice générale d’Oasis Centre des femmes à Toronto.

Ces principes sont présentés comme des fondements essentiels à préserver aujourd’hui et à transmettre aux générations futures, «nos filles et nos petites-filles».

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, ce 8 mars, Oasis Centre des femmes a organisé, dans un hôtel du centre-ville, un événement réunissant des partenaires communautaires et des femmes francophones engagées.

hommes alliés d'Oasis Centre des femmes
Inès Benzaghou. Photo: archives, l-express.ca

Parmi les participantes figuraient notamment Isabelle Dostaler, vice-rectrice aux études et à la recherche à l’Université de l’Ontario français (UOF), Boluwa Massina, directrice générale du Conseil des organismes francophones de la région de Durham (COFRD), Anne-Marie Gagné, doctorante en philosophie (spécialité féminine), ainsi que d’autres intervenantes issues de divers milieux professionnels et communautaires.

Selon Inès Benzaghou, la solidarité entre femmes constitue un fil conducteur essentiel. Elle est faite de gestes souvent discrets, comme une main tendue, un regard compréhensif ou une parole qui aide à se relever.

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Ces gestes sont profondément déterminants dans les parcours individuels. «Chaque fois que j’étais au creux de la vague, c’est une main d’une femme qui m’a relevée», confie-t-elle. Elle évoque «un conseil, un regard, une présence pour essuyer les larmes… et certaines de ces femmes dans cette salle».

Une réalité, pas un mythe

Anne-Marie Gagné estime que le féminisme contemporain peut parfois sembler éloigné des réalités concrètes lorsqu’il est réduit à des concepts théoriques.

Elle insiste sur le fait que ces enjeux se vivent d’abord au quotidien. Notamment dans le rapport au corps, à l’apparence et à la manière dont les femmes sont perçues. «On peut rapidement intellectualiser le féminisme, mais il faut se rappeler que ce sont des choses très concrètes», explique-t-elle à l-express.ca.

Elle souligne également l’importance de la représentation et de la diversité des modèles féminins. Certaines figures dominantes ne reflètent pas toutes les expériences vécues. D’autres réalités demeurent moins visibles.

Pour Anne-Marie Gagné, la présence de modèles variés permet aux femmes de se reconnaître. Elle leur permet aussi d’envisager leur place dans la société malgré les obstacles.

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Anne-Marie Gagné. Photo: Hamza Ziad

L’égalité formelle ne suffit pas

D’après Anne-Marie Gagné, le Canada, bien qu’il se présente comme un pays égalitaire, demeure marqué par des écarts entre l’égalité juridique et la réalité vécue par les femmes.

Si les droits et libertés sont officiellement les mêmes pour tous, les privilèges et les opportunités ne se manifestent pas de façon équivalente au quotidien. «Oui, techniquement, au niveau de la loi, on a une égalité formelle entre les hommes et les femmes», souligne-t-elle. «Cependant, dans la réalité, on n’a pas les mêmes privilèges ni les mêmes opportunités.»

Elle rappelle que certaines avancées demeurent fragiles, notamment en matière de droits reproductifs. «On a un parti politique, qu’on ne nommera pas, qui remet constamment en question le droit des femmes de choisir ce qu’elles font avec leur corps», croit-elle.

Selon elle, certaines initiatives visant à reconnaître un statut juridique au fœtus pourraient limiter la capacité des femmes à décider librement. Elles restreindraient de facto l’accès à l’avortement. Ces débats témoignent, d’après Anne-Marie Gagné, des ratés persistants d’un système pourtant réputé progressiste.

Elle évoque également l’actualité québécoise, marquée par le renforcement de la laïcité dans les milieux éducatifs. Si cette législation s’applique en théorie à tous, elle toucherait concrètement davantage les femmes musulmanes portant le voile. «Sur papier, c’est égal pour tous, mais dans la réalité, ce sont des centaines de femmes qui perdent leur emploi», déplore-t-elle. Elle estime qu’il s’agit encore d’un contrôle exercé sur le corps et l’apparence des femmes.

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Des membres de l’équipe d’Oasis Centre des femmes. Photo: courtoisie

1 dollar contre 87 cents

Selon Statistique Canada, l’égalité entre les femmes et les hommes demeure loin d’être acquise. En matière de violences, les femmes restent très majoritairement victimes d’agressions sexuelles et de traite de personnes. «Près de neuf victimes sur dix sont des femmes», souligne Anne-Marie Gagné. Elle rappelle que les auteurs sont, dans la grande majorité des cas, des hommes.

Les inégalités persistent également dans la sphère économique et décisionnelle. Les femmes occupent encore moins de postes de haute direction et demeurent sous-représentées dans les lieux de pouvoir.

Elles continuent aussi de faire face à un écart salarial important. Elles gagnent en moyenne environ 87 cents pour chaque dollar gagné par un homme. «L’égalité sur papier ne signifie pas que les femmes ont réellement les mêmes possibilités d’influence et d’accès aux décisions», ajoute Anne-Marie Gagné.

Pas folles, simplement tannées

«Les féministes ne sont pas folles, elles sont simplement fatiguées de devoir constamment revendiquer leur place dans la société », affirme Anne-Marie Gagné.

Le féminisme demeure, à ses yeux, entouré de nombreux mythes tenaces, souvent relayés dans l’espace public. Contrairement à certaines perceptions, ce mouvement ne viserait ni à dominer les hommes ni à inverser les rapports de pouvoir. Il chercherait plutôt à remettre en question des structures inégalitaires afin de construire des relations plus équilibrées.

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Anne-Marie Gagné réfute également l’idée selon laquelle les féministes détesteraient les hommes. Elle précise qu’il s’agit d’une critique des rapports sociaux plutôt que des individus.

Le mythe d’un féminisme destructeur de la famille est lui aussi remis en question. L’augmentation des séparations s’expliquerait davantage par l’autonomie économique et juridique acquise par les femmes. Cette autonomie leur permet aujourd’hui de quitter des situations de dépendance ou de violence.

À ses yeux, le féminisme ne relève ni de l’extrémisme ni de la confrontation. Il s’agit d’une démarche visant l’égalité réelle, l’autonomie et la dignité pour toutes.

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Des participantes à l’événement organisé à Toronto par Oasis Centre des femmes à l’occasion de la Journée internationale des femmes, le 8 mars. Photo: Hamza Ziad

Une synergie essentielle

En entrevue avec l-express.ca, Inès Benzaghou souligne que le soutien aux victimes de violences dans notre communauté repose sur un travail concerté. Il implique les organismes communautaires, les institutions et les gouvernements.

Elle rappelle que les groupes de terrain, comme Oasis Centre des femmes, jouent un rôle essentiel en première ligne pour accompagner les personnes touchées. Ils collaborent étroitement avec les différents paliers décisionnels.

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Selon elle, cette collaboration est indispensable pour assurer une réponse cohérente et efficace. «Nous sommes sur plusieurs tables, notamment au niveau judiciaire, pour faire remonter la réalité du terrain», explique-t-elle.

Inès Benzaghou insiste également sur l’importance d’un échange constant d’information afin que les ministères disposent de données fiables sur les chiffres et les tendances.

Cette circulation d’information permettrait d’orienter les politiques publiques et d’adapter les interventions aux besoins réels de la communauté. Elle souligne enfin que cette approche partenariale demeure essentielle pour offrir un accompagnement durable et pertinent aux femmes concernées.

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