Le hockey féminin se taille une place dans les communautés francophones

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Le hockey féminin gagne en popularité et en visibilité au Canada et dans les communautés francophones. Photo: Stephen Anderson Lindsay
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Publié 04/03/2026 par Camille Langlade

Du Yukon à la Nouvelle-Écosse, le hockey se patine aussi au féminin dans les communautés francophones. Porté par la nouvelle ligne professionnelle et les derniers Jeux olympiques d’hiver, l’engouement grandit, mais les joueuses rappellent que la parité est encore loin d’être atteinte.

«Quand j’ai commencé à jouer au hockey, à 8 ans, il n’y avait qu’une autre fille dans mon équipe. Maintenant, ils ont réussi à faire des programmes de filles seulement. Ça a comme grandi avec moi», raconte Orlina A. Ménard, désormais âgée de 21 ans. La Franco-Yukonaise évolue maintenant dans la ligue de hockey féminin à Whitehorse.

«C’est beau à voir. C’est excitant de voir tellement de jeunes qui s’y mettent et de voir tellement de personnes qui font en sorte qu’il y ait plus de filles qui commencent à jouer et qu’elles se sentent confortables dans le sport.»

«Ça vient vraiment les chercher»

«Aujourd’hui, il y a beaucoup plus d’opportunités. Si on regarde dans toute la région, on parle d’à peu près présentement 23 équipes de femmes qui jouent au hockey. On voit que ça gagne de la popularité quand même assez vite», constate de son côté Catherine Paulin à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick.

Elle a commencé à jouer à la ringuette en 8e année avant de se mettre au hockey, au secondaire. «Il n’y avait pas beaucoup d’équipes féminines à l’époque», rapporte la quarantenaire, qui entraîne actuellement une équipe à l’école secondaire de sa fille.

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Catherine Paulin. Photo: courtoisie

Au Manitoba, Chantal Young, 39 ans, originaire de Saint-Claude, «un petit village très hockey», fait le même constat.

«Il y avait quelques filles qui jouaient, l’ouverture était là, mais ce n’était pas très commun que les filles se joignent. Il y en avait dans les premiers niveaux, mais ensuite on voyait rarement des filles dans les équipes des garçons», se souvient Chantal Young, maintenant directrice générale de Sports en français. Elle s’est pour sa part tournée vers le patinage artistique.

Mère de deux filles, la responsable rappelle l’importance pour les jeunes d’avoir des modèles féminins. «Avec les Olympiques ces derniers jours, ça criait, ça criait, dit-elle en riant. J’entendais : “Maman, c’est Marie-Philippe [Poulin, la capitaine de l’équipe canadienne de hockey féminin, NDRL]!” Ça vient vraiment les chercher.»

La LPHF a changé la donne

Selon elle, la création de Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF), en 2023, a vraiment changé la donne: «Il y avait quand même des équipes féminines très fortes, mais on les voyait à chaque quatre ans. Là, avec toute la gang de la Ligue, la visibilité est là.»

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Chantal Young. Photo: courtoisie

Ses filles sont d’ailleurs très enthousiastes à l’idée d’assister au match de la LPHF, qui opposera la Victoire de Montréal et la Charge d’Ottawa, à Winnipeg le 22 mars.

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«On a hâte. Ce n’est pas juste aller voir les femmes jouer, mais aussi l’atmosphère; vivre l’expérience d’un aréna pleine de spectatrices qui encouragent d’autres femmes.»

L’engouement se fait aussi ressentir au sein de la communauté franco-manitobaine. Le Collège Louis-Riel a, depuis la rentrée 2025, une équipe de hockey féminin composée de jeunes de la 9e à la 12e année. «L’intérêt est là», assure Chantal Young.

Même les détails comptent, rappelle Catherine Paulin. Elle cite les paquets de cartes vendus chez Tim Hortons. «Avant, il y avait une ou deux cartes de joueuses de hockey, tandis que là, il y en a beaucoup plus. Juste avec des choses comme ça, on voit qu’il y a quand même un pas d’en avant.»

«Les gens commencent à connaître les noms des athlètes olympiennes, ce n’était pas le cas. Puis beaucoup d’hommes ont regardé le hockey féminin aussi, pas seulement les femmes.»

Changement de mentalité

«Quand j’ai commencé à jouer avec les gars en compétition en France, c’était compliqué», témoigne Aurélie Donnini. «Il ne me faisait pas confiance parce que j’étais la fille. Je pense que maintenant, les mentalités changent». Cela fait deux ans et demi que cette francophone de 36 ans a posé ses patins à Whitehorse, au Yukon.

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La gardienne de but cite l’une de ses coéquipières, en France, qui disait se faire passer pour un garçon à ses débuts, «parce que le hockey sur glace, c’était que des hommes».

«Ici, je n’ai eu aucun problème à m’intégrer chez les hommes, alors qu’ils ne connaissaient pas du tout mon niveau et ne savaient pas qui j’étais, poursuit-elle. Il y a moins ce sexisme. Les gens sont plus ouverts parce qu’ils reconnaissent que les femmes sont tout à fait capables d’avoir un niveau pour challenger les hommes.»

La ligue féminine de Whitehorse compte aujourd’hui 10 équipes. «Il y a des joueuses sur liste d’attente, ça se remplit très, très vite», observe-t-elle.

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Avant de s’établir au Yukon, Aurélie Donnini a joué en France, en Espagne et en Islande. Photo: courtoisie

Prêt d’équipement et service de garde

À Clare, en Nouvelle-Écosse, un nouveau programme communautaire propose des séances d’initiation au hockey pour les femmes.

«On avait vu qu’il y avait de la demande. On a été approché par certaines personnes parce qu’on fait des séances pour les plus jeunes. Quelques mamans nous avaient dit que ce serait le fun de faire ça pour des femmes aussi», partage la responsable du projet et agente de communication à la Municipalité de Clare, Anique Dugas.

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Pour faciliter la pratique, les séances sont gratuites et des bénévoles assurent un service de garde pour les enfants.

«Un des obstacles qu’on avait identifiés, c’était le fait que l’équipement de hockey, c’est cher, remarque Anique Dugas. Puis surtout, on ne sait même pas si on va aimer ça ou pas. Donc c’est parfois difficile de faire l’investissement.»

C’est pourquoi elle a mis en place un système de prêt de matériel grâce à des contacts personnels, en attendant l’obtention de financement pour acheter des équipements permanents.

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Le hockey féminin gagne en popularité et en visibilité au Canada. Photo: Stephen Anderson Lindsay

Commencer par la base

Les séances d’entraînement ont été conçues de manière progressive: d’abord les bases, comment tomber, se relever, s’arrêter, puis les lancers, les passes, le positionnement, avant de mettre tout cela en pratique lord d’un match.

«La plupart des femmes sont des débutantes qui n’avaient jamais joué. Certaines n’avaient même jamais patiné. Donc on voulait commencer par la base et puis continuer à développer», explique la responsable.

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Le programme enregistre déjà 44 inscriptions, avec 20 à 25 participantes par séance. «On a eu du retour super positif. Les participantes adorent venir et sont vraiment fières d’avoir l’opportunité de pouvoir apprendre.» Elle espère que ce projet fera des vagues «un petit peu partout».

Quand elle était jeune, elle devait se rendre à une heure et quarante minutes de chez elle pour jouer sur la glace. «Puis là, maintenant, on voit que le jeu, même de façon locale, est beaucoup plus développé», se réjouit-elle.

Au-delà du jeu, une communauté

«Quand j’ai commencé à jouer, je ne parlais pas vraiment en anglais. J’étais l’une des seules francophones sur la glace, sinon la seule», indique Orlina A. Ménard.

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Orlina A. Ménard. Photo: courtoisie

Aujourd’hui, la langue de Molière se fait davantage entendre sur les glaces du Yukon. «C’est plus le fun, il y a un petit quelque chose, c’est un petit peu plus spécial d’avoir des interactions en français. Même si pas toute mon équipe est francophone, il y a assez de francophones pour être capable de parler en français sur le banc. Ça ajoute de la positivité.»

Au-delà du jeu et de la compétition, les femmes aiment avant tout retrouver sur la glace une «communauté», relève Catherine Paulin.

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«C’est pas seulement juste du hockey une fois par semaine; c’est une activité la fin de semaine, c’est l’été où on se rassemble, c’est quand il y a un décès dans la famille d’une membre de l’équipe, on est plusieurs à venir. C’est quand quelqu’un a une mauvaise nouvelle, on est plusieurs à apporter du soutien. C’est quelqu’un qui ne peut pas payer son enregistrement cette année, on est là.»

Un sentiment d’appartenance qui n’a pas de langue. Francos, anglos. «La beauté du hockey, c’est que quand on arrive sur la glace, on est tous égaux. Peu importe d’où on vient, quelle carrière on a, ou notre statut économique, social», souligne-t-elle.

«C’est sûr que quand on est des francophones parsemés à travers l’équipe, on crée des liens naturellement à travers la langue, à travers notre culture, vu qu’on est une minorité. Par contre, je ne pense pas qu’on recherche nécessairement ça.»

«On est quand même loin de la parité»

Néanmoins, toutes s’accordent à dire que le match est loin d’être gagné. «On est quand même loin de la parité, nuance Catherine Paulin. Il y a beaucoup d’hommes qui sont coachs d’équipes de femmes ou d’équipes de filles.»

«Il y a encore dans ce monde-là beaucoup de réticence par rapport à des femmes qui coachent et une inégalité par rapport à la perception du coach femme par rapport au coach homme», estime la Néo-Brunswickoise.

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Elle évoque des stéréotypes – dépassés à ses yeux –, comme celui d’un coach masculin qui devrait être sévère, strict et hausser la voix pour imposer son autorité. «On a encore cette sorte d’environnement toxique là.»

Or, selon Catherine Paulin, c’est la représentation qui fait la différence. «Si les filles ne voient pas des coachs femmes, comment est-ce qu’elles peuvent se voir dans ce rôle-là?»

La LPHF et les Jeux olympiques d’hiver sont autant de vitrines pour faire rayonner davantage le hockey féminin. «On a vu beaucoup les matchs des femmes, on les a entendus à la radio. Plus qu’on peut voir ça, plus qu’on va voir les filles et les femmes trouver leur place dans ce monde-là», croit-elle.

«Il y a quand même un petit changement, mais je pense que le changement est quand même lent. Ça a pris tant de temps pour avoir une ligue nationale, c’est quand même dommage parce qu’il y a des générations de filles qui auraient pu être passionnées par le hockey plus tôt.»

«Il y a très peu de joueuses qui sont payées assez pour vivre de ça. Ce n’est pas une réalité dans le monde du hockey masculin», ajoute Orlina A. Ménard. Une inégalité qui se retrouve d’après elle dans le sport féminin en général.

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Même si le chemin est encore long, la Franco-Yukonaise se veut confiante: «C’est comme ça que l’on continue à avancer, en focussant sur ce qui est positif au lieu de regarder ce qu’il reste à faire.»

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