Chinoise ou Québécoise?

chinoise, Camille Beauchamp, Rire jaune
Camille Beauchamp, Rire jaune, roman, Boucherville, Éditions de Mortagne, 2025, 248 pages, 28,95 $.
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Publié 10/01/2026 par Paul-François Sylvestre

Comment affirmer son identité alors qu’on se tient sur des sables mouvants, entre deux cultures? Voilà la question à laquelle une jeune fille adoptée tente de répondre dans Rire jaune, roman d’introspection que signe Camille Beauchamp.

Julie Boucher, alias Jing Hé, apprend à quatre ans qu’elle a été adoptée lorsqu’elle avait six mois. Comprendre qu’une inconnue l’a mise au monde en Chine pour ensuite l’abandonner va teinter le reste de son existence.

On lui rappelle constamment qu’elle est différente, «exotique», mais la jeune Julie se sent Québécoise. On l’insulte sans le vouloir en lui lançant des blagues stéréotypées. Même si ça lui rentre dedans, elle rit… jaune.

Alter ego

Née elle aussi en Chine, l’autrice Camille Beauchamp a été adoptée par des parents québécois à l’âge de six mois. Cette expérience lui inspire l’écriture de Rire jaune, roman qui met en scène – on le devine – son alter ego.

Même si le père et la mère de Julie l’aiment de façon inconditionnelle, même s’il est inconcevable qu’elle puisse penser à d’autres personnes comme étant ses «vrais» parents, la fillette commence à faire des crises de panique dès l’âge de sept ans. Elle a une peur viscérale d’être abandonnée, rejetée.

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Au secondaire, une amie fait remarquer à Julie: «J’oublie tout le temps que tu viens pas d’ici parce que tu parles comme nous, tu as les mêmes références.»

L’amie prend cependant soin d’ajouter: «Tu es comme pas vraiment Chinoise, mais pas Québécoise non plus. Tu es genre une banane. Jaune à l’extérieur, blanche à l’intérieur.»

Ligue d’improvisation

Julie excelle en art dramatique et devient membre d’une ligue d’improvisation. Lors d’une manche, elle crée le personnage Ming Ming qui adopte le pire accent chinois possible, en remplaçant tous les R par des L. Plusieurs membres du public lui disent à quel point ils la trouvent comique et attachante.

«Ils aimaient quand les stéréotypes étaient exploités à l’extrême. C’était une forme de validation pour eux. Si je pouvais le faire, alors ils avaient le droit d’en rire sans passer pour des racistes.»

L’étudiante est tannée qu’on lui rappelle sa différence, qu’on la traite comme une étrangère. C’est comme si on lui disait: « u ne seras jamais totalement des nôtres.»

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Jing Hé

Un impresario remarque le talent de Julie et lui propose quelques rôles de figuration. Puis l’occasion d’un premier rôle se présente, mais elle doit signer le contrat sous son nom chinois, Jing Hé.

La romancière illustre comment il est impossible pour sa protagoniste d’endosser une identité qu’elle a passé toute sa vie à renier. Camille Beauchamp amène surtout Julie à trouver son chemin dans la vie, à se réconcilier avec son passé pour mieux envisager son avenir.

Après avoir navigué en eaux troubles en tant qu’enfant, ado et jeune femme, après avoir fait la paix avec ce qu’elle ne peut pas changer, après avoir réussi à assumer son passé, Julie parvient enfin à ramer sur une rivière calme. Jing Hé veut justement dire «rivière calme».

Auteurs

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

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