Vivons-nous dans une société de mythes?

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Vivons-nous dans une société de mythes? C’est la question, si étrange soit-elle, que l’on peut se poser à la lecture du livre de Gérard Bouchard, au titre quelque peu énigmatique, Raison et déraison du mythe, récemment publié aux Éditions du Boréal. Et le sous-titre, Au cœur des imaginaires collectifs, ne peut qu’inciter à en découvrir le contenu, puisque l’imagination semble en être l’élément essentiel.

Pour entrevoir dans quelles perspectives s’engage l’auteur, il faut citer le début de son introduction, également reproduit en quatrième de couverture, ce qui en souligne l’importance. Il sera ensuite possible d’en aborder le contenu.

«Il existe dans toutes les sociétés, celles d’aujourd’hui comme celles d’hier, des valeurs et des croyances qui en viennent à exercer un tel ascendant qu’elles s’imposent aux esprits. D’origine religieuse ou non, elles jouissent d’un statut qui leur permet d’échapper en grande partie à la contestation…

Ainsi, qui voudrait rejeter les libertés civiles en Angleterre, l’égalité des citoyens en France, le droit de propriété aux États-Unis, ou bien l’égalité des races en Afrique du Sud, ou encore l’égalité homme-femme au Québec?»
Cet énoncé pose un problème. Bouchard semble mettre dans le même panier ce qu’il appelle des valeurs ou des croyances religieuses ou non, et des réalités acquises, libertés, droit de propriété, égalité, ou des objectifs à atteindre comme l’égalité des races ou entre homme et femme. S’agit-il là de mythes? Il semble bien que oui, pour Bouchard: «En d’autres mots, comment naît un mythe?»

Le mythe social

Pour répondre à ces questions fort intéressantes, ou plus exactement tenter d’y répondre, Bouchard débouche sur ce qu’il appelle le mythe social, une expression de l’historien George Sorel (1847-1922) dans ses Réflexions sur la Violence (1908).

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Dans une perspective sociologique, il définit ce «mythe comme un type de représentation collective (tantôt bénéfique, tantôt nuisible) porteur de ce que j’appellerai un message, en l’occurrence des valeurs, des croyances, des finalités, des aspirations, des idéaux, des dispositions ou des attitudes».

On peut se demander s’il ne s’agit pas d’utopies, ces représentations d’une réalité idéale à la Thomas More ou d’une dystopie ou contre-utopie du genre Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley.

Mais Bouchard se lance plutôt dans une étude sociologique du processus de mythification par lequel un mythe peut apparaître, s’implanter, se perpétuer dans une société, la faire évoluer, et disparaître. C’est, apparemment, le cœur de son sujet, le cœur de l’ouvrage.

Origines

Mais «comment naît un mythe?» La réponse à cette question est essentielle pour comprendre notre environnement social actuel. Dans le site Internet Le mythe d’hier à aujourd’hui, Raymond-Robert Tremblay (non cité par Bouchard) donne cette explication: «Un mythe est un récit fabuleux qui a la prétention d’expliquer la vérité des choses. À l’origine de l’humanité, c’est par le mythe que les anciens transmettaient leur compréhension du monde.

Ces récits qui racontent l’origine de l’univers, la création de l’homme, son voyage dans l’au-delà après la mort, et d’autres motifs semblables, servent de référence et d’explication. Remplis de symboles expressifs et puissamment émotifs, les mythes traditionnels avaient presque toujours une signification religieuse ou spirituelle.»

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Autrement dit, des textes, transmis oralement, répondant à des questions fondamentales pour les humains de cette époque, n’étaient pas des mythes, mais étaient porteurs d’un message conforme aux conceptions de l’époque. Pour les comprendre, il faut donc les lire en fonction des travaux du Dr Georgui Lozanov sur le double plan de toute communication, que Bouchard semble bien ne pas connaître.

Le message

Dans son importante étude Représentations et mythes contemporains (Internet, non citée par Bouchard), Nikos Kalampalikis aborde «Le mythe contemporain comme message» ou représentation. Dans sa définition du mythe, Bouchard utilise «message» sans l’exploiter. Pourtant, c’est bien ce dont il s’agit.

Ce que l’on appelle mythe moderne ou contemporain ou social, par extension de sens, est la transmission dans une société de perspectives fondamentales (avenir) ou futiles (publicité) qui répondent à des préoccupations humaines psychologiques individuelles et collectives.

«Les exemples pullulent: le mythe de l’éternelle jeunesse, le mythe de la performance sexuelle, le mythe de l’amour romantique, le mythe de la puissance automobile et celui de l’harmonie sociale.» (Tremblay)

Psychologie

Si l’on veut étudier l’importance et l’influence de ces messages, de ces représentations dans une société, la sociologie est un champ d’investigation. Si l’on veut comprendre ces messages, ces représentations et leur transmission dans une société, il faut le faire en abordant la psychologie individuelle et collective et la psychocommunication. Tout un travail à développer.

Nous ne vivons pas dans une société de mythes, mais dans une société envahie de messages de tous ordres, qui répondent ou non à nos attentes, qui nous proposent tout et n’importe quoi dans tous les domaines (politique, religieux, philosophique, scientifique et autres) et nécessitent de notre part de faire un tri en faisant appel à des valeurs raisonnables. Entre réalité et fiction, la distinction nécessaire ne s’impose pas toujours.

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