Vacances-travail: le nouveau rêve américain est-il canadien?

Il étaient près de 20 000 à tenter leur chance en 2017

Capture du site PVTistes.net: galleries de photos partagées par des PVTistes


16 mars 2018 à 11h00

En 2017, ils étaient près de 20 000 Français et Françaises à tenter leur chance pour traverser l’Atlantique direction le Canada, et obtenir un visa un peu particulier: le Permis Vacances-Travail, ou PVT.

Ce document en poche, c’est la promesse d’un séjour d’un ou deux ans de tourisme culturel au pays à la feuille d’érable, tout en étant autorisé à travailler afin de financer son voyage.

Mais, le clan des «PVTistes» est un clan qui n’accepte que les plus chanceux, puisque le tirage au sort est le seul moyen d’y prétendre. Le PVT étant destiné aux 18-35 ans, ce sont les millennaux qui sont de plus en plus nombreux à être séduits par ces vacances singulières.

Créé en 2003 avec pour seule et unique destination le Canada, le PVT s’inscrit dans le cadre d’accords bilatéraux de mobilité des jeunes. Brésil, Japon, Australie, ou encore Russie… aujourd’hui, on compte 14 destinations auxquelles peuvent prétendre les aspirants PVTistes français.

Au Canada, c’est un quota flexible de 6 550 places qui leur est ouvert chaque année, pouvant augmenter, comme ce fut le cas en 2017.

De tous ces jeunes, la moitié ne revient pas en France.

Une communauté

Les Français qui partent en PVT laissent derrière eux leurs proches, leurs repères, leur confort. C’est un saut vers l’inconnu, dont on sait qu’on va revenir changé… ou ne pas revenir.

Après le temps des «au revoir» vient celui de la construction d’un nouveau réseau, d’une nouvelle communauté. À moins que cette communauté ne préexiste même le départ en avion.

C’était le désir de Mathieu Lam, fondateur du site PVTistes.net, une communauté de plus de 24 000 membres qui, à travers le monde, relatent leurs expériences passées ou présentes de PVTistes.

Leurs articles sont lus par des dizaines de milliers de personnes dans l’attente de leur PVT, venant de le décrocher, ou bien en pleine aventure: ils peuvent y trouver conseils, informations pratiques, contacts… le tout mis à jour très régulièrement.

Mathieu Lam, c’est un peu le pionnier des PVTistes. En 2005, deux mois avant de partir pour Toronto, il a l’idée de créer un site pour rassembler les informations éparpillées sur le Net. Aujourd’hui citoyen canadien, il vit à Toronto depuis 13 ans.

pvtistes
Julie Meunier (à g.) et Mathieu Lam, fondateurs du site PVTiste.net, accompagnés de collaboratrices.

La francophonie

Nombreux sont les millennaux français s’envolant pour le Canada qui sont séduits par l’aspect anglophone. Leur rêve: revenir bilingue pour enrichir leur CV.

Le français étant l’autre langue officielle du pays, l’arrivée en est facilitée. La majorité des services est proposée de façon bilingue, la quasi-totalité des produits est traduite dans les deux langues. Pour les Français – que la réputation concernant la mauvaise maîtrise de l’anglais précède – on ne peut pas vraiment parler de choc linguistique.

Au Québec, les Français ont peu d’obstacles concernant la langue. Ailleurs, ils peuvent compter sur la communauté francophone variant, selon la province, de 2% à 35% de la population.

Établis en petits réseaux d’irréductibles Gaulois francophones, les Canadiens-Français se battent pour donner visibilité et droit à leur langue, et accueillent les nouveaux arrivants francophones du monde entier.

Quand vacances riment avec travail

Ah, les vacances: le soleil, les étendues d’eau turquoise à perte de vue, les loisirs, la nature… le travail.

Pour Voltaire, le Canada c’était «quelques arpents de neige». C’est peu dire que le philosophe français ne pariait pas beaucoup sur la valeur économique du pays. Pourtant, aujourd’hui, dixième puissance économique mondiale, le Canada est reconnu internationalement, notamment en matière d’innovation technologique.

Avec un taux de chômage stable de 6%, le Canada attire les jeunes professionnels qui veulent faire carrière à l’international, et parler français peut s’avérer être un plus.

Dernièrement, Google a annoncé vouloir établir ses nouveaux quartiers à Toronto, au bord du lac Ontario. Le géant Amazon aussi pourrait bien installer son second siège dans la Ville Reine, qui fait partie des 20 finalistes sélectionnés parmi les 238 candidatures reçues par l’entreprise originaire de Seattle. Sa venue annoncerait la création de 50 000 emplois.

La province de Québec, quant à elle, séduit les jeunes voulant se consacrer aux nouveaux métiers du graphisme et de l’animation.

Les diplômes français…

Anthony est arrivé à Toronto en décembre dernier avec son épouse. Le jeune homme détient une Certification de Conduite en Sécurité (CACES) pour travailler dans la logistique. Très vite, il a appris que sa certification n’avait aucune valeur ici et, après dix entretiens sans succès, il a décidé de repasser ce permis au Canada.

Pour cela, il est actuellement à la recherche d’un travail en tant que barman, métier pour lequel il a obtenu une certification à Toronto. Un job «alimentaire» qui pourrait lui permettre de financer son certificat de conduite, et d’acheter une voiture, la majorité des opportunités d’emplois en logistique se trouvant hors de Toronto.

Son épouse a quant à elle très vite trouvé un travail, par le biais d’une connaissance. Selon Anthony, elle gagne bien plus que si elle était restée en France. «On va devoir faire un bilan d’ici un an. Si notre train de vie est mieux qu’en France, on va rester, sinon, c’est retour auprès de notre famille et nos amis.»

Photo prise par Anthony aux chutes du Niagara

… ont-ils moins de valeur que le réseautage?

Adrien a fait du PVT une habitude. Ces cinq dernières années, il a vécu en Nouvelle-Zélande et en Australie, ainsi qu’au Danemark et au Royaume-Uni.

Fraîchement arrivé à Toronto (2 semaines) avec sa compagne argentine, il est à la recherche d’un emploi dans la culture. Il détient une maîtrise en développement de projets culturels et en gestion événementielle dans l’art et la culture.

«Je me suis rabattu sur les petits boulots, pour gagner ma vie. D’après ce que j’ai compris, il est préférable de commencer par ce genre d’expériences, ou même de faire du bénévolat, car le réseautage est très important ici.»

Le couple prend donc le temps de se créer un réseau et des contacts, avant de trouver des emplois dans la culture. «Il y a les salons de réseautage, mais les branches représentées sont principalement dans la banque, la finance, et le service client», fait remarquer Adrien.

Selon le jeune homme, les opportunités d’emplois sont très nombreuses pour une grande ville. Cette semaine, il passe un entretien pour du tutorat en français, mais là aussi, le problème de la certification se pose. «En tant que PVTiste, il faut une certification particulière pour travailler avec les enfants. La visite médicale et le diplôme coûtent très chers.»

Le couple, très flexible, se laisse pour l’instant séduire par Toronto, mais envisage de partir pour l’Ouest canadien. Pour les deux amoureux, le PVT, c’est aussi et surtout l’occasion de voyager.

Adrien en Argentine

Métier: influenceurs

Le Canada, c’est une destination qui fait rêver. Ces dernières années, elle est devenue très à la mode sur les réseaux sociaux, notamment sur l’application de partage de photographies Instagram. Le Canada est devenu l’image moderne d’un tourisme chic, nature et stylé.

Hypsterisés, les chemises à carreaux de bûcherons, les bottes, les barbes fournies, les gros pulls en laines et les têtes d’orignaux empaillées n’ont jamais été aussi sexy.

Sur les comptes des influenceurs et influenceuses les plus suivis sur les réseaux sociaux, on retrouve d’innombrables clichés d’étendues enneigées, de grands lacs turquoises immaculés, de sapins dont les cimes semblent surplomber la planète entière, de canot kayak isolé.

Captures d’écran de publications instagram de l’influenceur canadien Scott Baken

D’après l’application de création de campagnes d’influenceurs Takumi, un instagrammeur ayant plus de 1000 abonnés sur le réseau peut gagner entre 70$ et 3500$ par publication. Avec 10 000 abonnés, il est possible de gagner 30 000$ en un an, et avec 100 000 abonnés, 300 000$.

Pour cela, il suffit de faire la promotion de marques dans certaines photos. Les influenceurs sont ainsi souvent invités par des entreprises de tourisme, des hôtels. Leur mission: passer des vacances de rêve, et le montrer via Instagram…en révélant le moins possible qu’il s’agit d’une publicité, bien entendu.

L’influenceuse Jessica Bakken dans un hôtel au Canada

Si les États-Unis restent la première destination des Français, le Canada rattrape son cousin américain grâce au PVT. Alors, le nouveau rêve américain est-il canadien?

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