Une vie passée à explorer des terres de rêves

Jean Boisjoli, La mesure du temps, roman, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2016, 258 pages, 24,95 $.
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«Est-ce vraiment important que chaque souvenir soit tout à fait conforme à la réalité?» Voilà la question que se pose Bernard, protagoniste du premier roman de Jean Boisjoli, La mesure du temps.

L’auteur nous plonge dans le Saint-Boniface des années 1950-1960 et c’est un retour personnel aux sources puisque Boisjoli est né et a grandi là, à l’époque du «Canada français d’outre-frontières».

À l’âge de 65 ans environ, Bernard invite une ancienne amante, Marjolaine, à l’accompagner dans son retour aux sources et à l’aider à écrire son autobiographie. Elle est la narratrice du roman, mais les plus longs passages sont les souvenirs et réflexions de l’ancien Franco-Manitobain.

Comme l’auteur, Bernard vit de sa plume. Il se demande si «les écrivains ne sont pas tous plagiaires de leur vie et de celle de leurs proches». Pour ma part, je me suis demandé si La mesure du temps est un roman autobiographie, une autofiction… Jean Boisjoli m’a confirmé que ce n’est pas le cas.

Bernard revient à Saint-Boniface pour se «libérer de ce passé qui trouble ses jours et hante ses nuits». On le voit comme fils unique de parents bien mal assortis, comme écolier chéri de sœur Marie-des-Oliviers, comme élève au collège des Jésuites.

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Le Vieux Saint-Boniface est décrit comme un ghetto ou un rempart contre les Anglais et les protestants.

Pour transposer une expression de l’auteur, je dirais que ce premier roman de Jean Boisjoli est «ficelé de fils de soie». Les scènes sont tour à tour nostalgiques, poétiques, dramatiques ou drolatiques.

Une scène coquine se passe près de la rivière Seine à Saint-Boniface. Bernard y retrouve quelques castors à qui il se confie et à qui il a donné les noms des frères Karamazov: Dimitri, Alexeï et Ivan.

Une scène dramatique du roman décrit comment Bernard est violé par son oncle jésuite alors qu’il n’a pas encore terminé son cours primaire. L’enfant enterre cette agression dans le sable de la plage du chalet familial, «mais les détails se sont glissés dans la pénombre de sa mémoire».

En racontant l’histoire d’un homme qui part à la conquête de son passé, l’auteur nous fait part de courtes réflexions presque lapidaires. En voici deux exemples: «Les humains – surtout les hommes – s’efforcent de se compliquer la vie.» et «Vieillir, la césure entre le vouloir et l’être.»

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Bernard avait 18 ans lorsqu’il a quitté le Manitoba pour la métropole montréalaise. Le collégien avait déjà découvert les auteurs français et américains. Il avait surtout découvert que la littérature pouvait être «une porte ouverte sur la vie».

En surface, La mesure du temps est un retour aux sources pour se «libérer de ce passé qui trouble mes jours et hante mes nuits». Mais en réalité, c’est l’histoire d’un homme qui ne s’est jamais ancré, au Manitoba ou au Québec; il a toujours «recherché de nouvelles terres de rêve».

Professeur, journaliste puis avocat…. Jean Boisjoli a vécu à Saint-Boniface, Montréal, Edmonton, Toronto et Ottawa. Il a travaillé à Radio-Canada et à CBC. Son parcours la conduit à devenir directeur de cabinet du ministre fédéral chargé des négociations menant aux Accords du lac Meech et conseiller supérieur du ministre du Commerce extérieur, responsable des négociations de l’ALÉNA.

Il a publié trois recueils de poésie aux Éditions du Vermillon (Ottawa).

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