Une esclave dont l’esprit ne supporte pas la cage

esclave, Nathalie Albertini, La montagne d’Améyo
Nathalie Albertini, La montagne d’Améyo, roman, Québec, Éditions du Septentrion, 2026, 426 pages, 34,95 $.
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Publié 12/09/2026 par Paul-François Sylvestre

Améyo est une femme maronne ou esclave en fuite. Nathalie Albertini raconte sa capture à l’adolescence, son asservissement, sa soif de liberté et la longue reconquête de soi dans le roman historique La montagne d’Améyo.

Une carte illustre le parcours d’Améyo, depuis le pays Éwé (devenu le Togo) jusqu’à l’île Bourbon (aujourd’hui l’île de la Réunion), en passant par Cap-Vert et la Martinique. L’histoire se déroule durant la première moitié de XIXe siècle, à l’époque coloniale/esclavagiste.

Très jeune, Améyo voit souvent sa belle-sœur jouer une rôle clef durant des accouchements. Toutes ces naissances lui donnent «la certitude que la femme a des ressources insoupçonnées pour affronter la douleur et l’imprévu, mais aussi la force d’accomplir sa destinée».

De l’Afrique de l’Ouest aux Caraïbes

Améyo a 15 ans lorsqu’elle est arrachée à sa terre natale au pays Éwé et déportée par un navire négrier à Cap-Vert. C’est là qu’elle est achetée «sur l’autel du marché aux esclaves» par un maître planteur de la Martinique.

«Pourquoi est-ce que j’ai la chance ou la malchance de vivre encore?» Voilà ce que se demande Améyo. La chance parce qu’elle est esclave de maison au lieu d’esclave des champs. La malchance parce qu’elle est violée et met au monde un enfant qui ne vivra pas longtemps.

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La chance lui sourit aussi lorsqu’elle suit son maître à l’île Bourbon où les mœurs esclavagistes sont beaucoup moins rudes qu’aux Antilles. Le constat d’Améyo demeure le même dans les deux endroits: «Tous les Blancs sont des kidnappeurs, des violeurs, des barbares ou des propriétaires.»

Indomptable

Nathalie Albertini décrit avec brio comment Améyo affiche un tempérament affirmé que l’asservissement ne peut pas briser, un tempérament de volcan. «Docile et soumise la plupart du temps, mais fière et indomptable.» Son esprit ne supporte pas la cage.

Des gens qui l’entourent la mettent en garde de ne pas trop aimer, car ça finit toujours par un drame lorsqu’il y trop d’amour dans la vie d’un esclave. Améyo est déterminée à prouver le contraire, bien entendu.

La romancière multiplie cependant les embûches pour illustrer que «le maigre espoir de vivre libre est une sorte de lueur au fond de la prison étroite et sombre des jours tous identiques de l’esclavage».

Quand Améyo réussit à fuir le domaine de son maître, elle est une herboriste bien outillée pour guérir les malades et faciliter les accouchements. Elle ne soigne pas juste le corps, elle donne aussi de l’espoir et du courage. «C’est ce qui a contribué à apaiser ma révolte et la haine qui courait sous ma peau.»

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Le rôle des femmes

Le roman est truffé de mots en creyol, avec traduction en bas de page ou dans la narration. En voici quelques exemples: depi nou la manzé (depuis que nous avons mangé), ou sa t lé mon zenfan? (où est ma fille?), tan lontan (le temps d’avant), ki sa ou lé? (qui es-tu?).

Montréalaise d’adoption, Nathalie Albertini est originaire de l’île de la Réunion. L’écriture de ce premier roman s’est imposée comme une évidence: mettre en lumière le rôle majeur et admirable des femmes dans le récit collectif de l’esclavage et du marronnage, autant dans l’histoire que dans la littérature.

Auteurs

  • Paul-François Sylvestre

    Chroniqueur livres, histoire, arts, culture, voyages, actualité. Auteur d'une trentaine de romans et d’essais souvent en lien avec l’histoire de l’Ontario français. Son site jaipourmonlire.ca offre régulièrement des comptes rendus de livres de langue française.

  • l-express.ca

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