Un prisme du Manitoba des années 1970 à travers 26 nouvelles

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Louise Dandeneau a déjà publié un court texte dans les Cahiers franco-canadiens de l’Ouest, en 2014, mais je crois que Les quatre commères de la rue des Ormes est son premier recueil de nouvelles.

Le lieu d’action de ces nouvelles n’est pas carrément nommé, mais on sait que l’auteure a puisé dans ses souvenirs de jeunesse à Saint-Boniface pour les écrire. Dans un court avant-propos, elle précise que «tout ce qui est raconté dans ces pages est véridique. Sauf les parties fallacieuses». À mon avis, ces dernières demeurent assez rares.

Elles sont quatre: Berthe Mercier, Gertrude Lebrun, Mathilde Fontaine, Lucille Verrier. Outre les familles de ces protagonistes, on croise l’épicier Martel, l’abbé Larouche et des Franco-Manitobains nommés Beaudry, Beaulieu, Champagne, Delorme, Duval, Thibault et Tremblay. Tout ce monde fourmille dans des nouvelles qui sont architecturées de façon à donner au recueil l’allure d’un roman.

La rue des Ormes, ici, est un prisme du Manitoba des années 1970, voire d’un monde en mutation. À titre d’exemple, les quatre commères estiment que la place de la femme est au foyer. Elles ne se gênent pas pour dénoncer celles qui «prennent les années soixante-dix comme excuse pour faire à leur gré et abandonner leurs devoirs à la maison».

Berthe, Gertrude, Mathilde et Lucille aiment toutes se sucrer le bec. À chacune de leurs rencontres, l’hôtesse offre un dessert maison qui va des biscuits au chocolat ou carrés à la noix de coco jusqu’à la tarte aux framboises, aux pommes ou aux bleuets, en passant par le gâteau aux anges et le sucre à la crème. Ces douceurs sont accompagnées de thé ou café… et le pouding aux potins n’est jamais bien loin.

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Comme on peut s’y attendre, les potins portent souvent sur telle fille qui fréquente tel garçon. Berthe a un fils célibataire de 30 ans et ne manque jamais une occasion de le vanter. «C’est difficile de trouver un homme doux de nos jours, mais mon Maurice… un agneau. Bon faut que j’y aille.»

Certaines expressions sont typiques du milieu canadien-français, comme «mettre de l’eau dans le canard» (dans la bouilloire). D’autres peuvent être moins courantes; je n’avais jamais entendu dire, par exemple, que personne pouvait avoir «l’air aussi inutile qu’un pis sur un taureau».

L’humour est toujours de la partie, le plus souvent subtil. Quand les femmes parlent de la grosse Dianne qui court après Jude Thibault, l’auteure écrit que cette fille devrait perdre du poids. «Grosse comme elle est, c’est pas surprenant qu’elle attire des vieux rats, dit Berthe en déplaçant ses grosses fesses sur la chaise.»

Il arrive qu’un mari glisse une remarque sur les amies de son épouse. Normand Lebrun, par exemple, dit à sa Gertrude que «ce sont des vieilles bonnes femmes qui mettent leur nez dans les affaires de tout le monde. Et toi, ma pauvre folle, tu te fais jouer, hennit-il de rire.»

Quant au mari de Mathilde Fontaine, c’est lui qui donne le titre au recueil de nouvelles: «Tiens, tiens, les quatre commères de la rue des Ormes».
S’ensuit un échange révélateur:

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«–On jase, veux-tu ben nous laisser tranquilles!

– Ach, vous bavassez contre tout le monde.

– Pas contre tout le monde, répond poliment Gertrude, mais contre pas mal de monde.»

Les quatre commères ont souvent une moue de dégoût aux lèvres. Bien qu’elles médisent du bonheur et du malheur des gens qui les entourent, on devine que le sujet de leurs commérages porte davantage sur la vulnérabilité de leur propre sort.

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