Un dernier mot sur la laïcité québécoise

L’Assemblée nationale du Québec en 1887, «avec pas de» crucifix. Introduit en 1936 sous Maurice Duplessis, décroché en 2019 sous François Legault.
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Un code vestimentaire brime toujours un peu des libertés individuelles, comme une foule d’autres lois, règles ou conventions de vie en société que même les plus libertariens remettent rarement en question.

Ça ne m’aurait pas inquiété qu’on s’en tienne à l’obligation d’offrir et de recevoir des services publics à visage découvert: la mesure que le régime libéral québécois, sentant la fin, avait adoptée après dix ans de grosses et petites controverses sur les «accommodements raisonnables».

À cause de ces tergiversations – et à cause d’excès dans l’autre sens au Canada anglais: une soumission indue aux us et coutumes étrangères – c’est devenu trop peu, trop tard.

Pas si importantes

Les Libéraux fédéraux de Justin Trudeau, qui ont défendu la prestation du serment de citoyenneté en niqab, ont perdu toute crédibilité et tout droit de contester la nouvelle loi québécoise sur la laïcité de l’État.

Comme les immigrants, ils devront se faire à l’idée qu’au Québec, «c’est comme ça qu’on vit» (François Legault), et que les religions ne sont juste pas si importantes que ça.

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Surtout – comment dire sans offenser des millions de gens autrement sympathiques, généreux, productifs, honnêtes, honorables? – la religiosité n’est pas spécialement un signe d’intelligence.

Idéologies

Les religions sont des idéologies (des choix, pas des caractéristiques humaines fondamentales comme le sexe ou la race) incompatibles avec l’éducation, la science, la raison, la modernité, le progrès. Elles se sont surtout propagées par la fabulation, l’intimidation, l’oppression et la guerre.

Des millions d’êtres humains restent inféodés, mentalement ou physiquement, à leurs mythologies et à leurs chefs.

Le nationalisme et le multiculturalisme aussi sont des idéologies, comme le libéralisme et le socialisme. Mais elles ne sont pas intrinsèquement délétères, ou du moins ça se discute.

Code vestimentaire

La loi québécoise «sur la laïcité de l’État» aurait pu s’appeler «sur le code vestimentaire des employés de l’État», sans se réclamer d’une idéologie (la laïcité) en opposition à d’autres (les religions).

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Vous n’appelez pas la Commission des droits de la personne quand un resto chic vous interdit l’entrée parce que vous ne portez que t-shirt et sandales. Quand on vous demande de ne pas vous baigner nu à la plage Woodbine. Quand vous écopez d’une amende pour avoir roulé à moto sans casque.

Le lendemain de l’élection américaine de 2016, un juge canadien a été réprimandé pour avoir porté, à la blague, une casquette rouge Make America Great Again. Un enseignant aussi l’aurait été, la plupart des conseils scolaires demandant à leur personnel et même à leurs élèves de ne pas arborer des symboles ou messages controversés: culturels, politiques, religieux.

Démocratie

Certaines sectes et religions – l’islam évidemment – sont plus rétrogrades ou virulentes que d’autres. Inclure les symboles religieux dans les signes, vêtements ou pratiques à proscrire chez les représentants de l’État, incluant les enseignants des écoles publiques, est parfaitement légitime, a fortiori quand c’est le voeu de la majorité de la population.

Et grâce à la démocratie, si la majorité change d’idée plus tard, la loi pourra être abrogée ou abolie. (Je répète que j’étais parfaitement satisfait de la simple interdiction du voile qui cache le visage – qui n’est rien d’autre, chez nous, qu’un «fuck you» à nos valeurs les plus chères.)

Le Québec s’est affranchi de l’Église catholique dans les années 1960, comme l’a fait le reste de la Chrétienté à divers degrés (les États-Unis et leurs conservateurs religieux représentant une anomalie que je m’explique encore difficilement).

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La retraite tranquille des chrétiens et des juifs de l’espace public respecte ce progrès. L’apparition de sectes bizarres, comblant un certain vide spirituel, est un irritant, mais il y a des limites à empêcher les gens de se nuire à eux-mêmes. C’est l’immigration désordonnée qui menace l’équilibre qu’on croyait avoir atteint.

Intégration

La majorité des immigrants – ceux du siècle dernier comme ceux d’aujourd’hui – veulent réussir et réussissent leur nouvelle vie chez nous. Ils respectent déjà notre mode de vie, nos pratiques, notre langue, notre culture, nos vêtements…

Comme la loi 101 qui avait établi la primauté du français au Québec (et la loi fédérale sur les langues officielles qui avait précisé pour tous la vraie nature de ce grand pays), la nouvelle loi sur la laïcité éclaire la route de l’intégration à la société québécoise. Le reste du Canada pourrait même s’en inspirer.

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