La laïcité des uns, la marotte des autres

Le premier ministre du Québec, François Legault.
Le premier ministre du Québec, François Legault, a appuyé le projet de loi sur la laïcité de l'État par une courte allocution vidéo le 31 mars.
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Le débat sur la place de la religion dans l’espace public est relancé au pays par le projet de loi québécois sur «la laïcité de l’État», qui proscrira tous les signes religieux chez les juges, policiers, enseignants et d’autres représentants de l’autorité.

Incroyable que ça se passe en 2019. J’ai toujours considéré que la religion est une aberration qui n’aurait pas dû survivre au 19e siècle, encore moins au 20e. La liberté a de ces effets pervers…

Selon les sondages, les deux tiers des Québécois approuvent l’action du nouveau gouvernement de la CAQ, donc ce n’est pas «anti-démocratique». Mais c’est un argument médiocre: la majorité se trompe souvent. Elle en a le droit, et ça peut faire oeuvre utile: on apprend souvent davantage de nos erreurs que de nos succès.

Les deux tiers des autres Canadiens seraient contre une telle interprétation de la laïcité. Ça se passe donc autrement dans les autres provinces, là aussi grâce à la démocratie.

Code vestimentaire

On aurait pu remplacer «laïcité» par «code vestimentaire». Tout le monde accepte qu’on ne s’habille pas n’importe comment n’importe où.

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La magistrature, la police, le système scolaire, les commerces traitant avec le public ont tous des codes vestimentaires et de propreté plutôt stricts excluant les images et messages politiques, indécents ou controversés.

On porte un casque protecteur en moto ou sur un chantier de construction: c’est aussi la loi, contestable mais pas despotique.

Idéologies

Il n’y a pas beaucoup de différence entre les croyances religieuses, les convictions politiques ou même les goûts artistiques. Ce sont des créations de l’esprit, des idéologies acquises (de nos parents, de nos amis ou de l’Internet), pas des attributs physiques innés comme la race ou le sexe.

Un code vestimentaire est nécessairement discriminatoire, mais pas nécessairement raciste ou sexiste.

Les tatouages sont exemptés du nouveau code pour les fonctionnaires québécois, mais je doute fort qu’on embaucherait un enseignant avec une croix (chrétienne ou nazie) tatouée sur le front.

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Pourquoi l’affichage de nos croyances religieuses, des plus ridicules aux plus nocives, bénéficierait-il d’une protection constitutionnelle supérieure à celui de nos opinions politiques? Au moins, certaines de nos opinions politiques favorisent le progrès.

Nouveaux suspects

Depuis le dépôt du projet de loi, les suspects habituels se manifestent: les nationalistes québécois avec François «au Québec c’est comme ça qu’on vit» Legault; les multiculturalistes à tout crin avec Justin «je vais toujours défendre les libertés individuelles» Trudeau.

Certaines prises de position sont cependant étonnantes.

Québec solidaire, le parti collectiviste, dirigiste sur presque tout (également souverainiste et féministe), vient de lâcher la laïcité en faveur d’une permissivité libertarienne totale sur les signes religieux, même sur le port du niqab qui cache le visage!

Le projet de loi de la CAQ incorpore en effet le concept – on ne peut plus élémentaire – d’offre et de demande des services publics à visage découvert, arrêté par le précédent gouvernement libéral après dix ans de tergiversations sur les «accommodations raisonnables» avec les coutumes ou les exigences de certaines minorités.

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Tergiversations

Justement, on peut blâmer ces tergiversations pour la tournure acrimonieuse qu’a pris le débat.

Car, dans l’intervalle, on a assisté à des dérives comme l’appui des Libéraux fédéraux au niqab dans une cérémonie de remise de la citoyenneté canadienne. La ministre Jody Wilson-Raybould (tiens, tiens…) avait non seulement annulé la contestation judiciaire lancée par le gouvernement conservateur précédent, elle avait téléphoné à l’immigrante voilée pour la féliciter!

Le philosophe Charles Taylor et le sociologue Gérard Bouchard, co-auteurs du compromis qui faisait consensus au Québec, disent maintenant que le gouvernement va trop loin en imposant la laïcité aux enseignants, qui devront laisser leur croix, voile, turban et kippa au vestiaire avant de se présenter devant leurs élèves.

On va aussi enfin décrocher le crucifix au-dessus du trône du président de l’Assemblée nationale – anachronique et incompatible avec la séparation de l’Église et de l’État.

Lassitude

Je prédis toutefois que la «crise» entourant la nouvelle loi québécoise sera de courte durée.

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Ce n’est pas le coup de tonnerre du 15 novembre 1976 (la première élection du Parti québécois séparatiste), ni le référendum trop serré de 1995, ni même le projet de Charte des valeurs de l’éphémère gouvernement minoritaire de Pauline Marois.

Outre une grande lassitude au Canada anglais face à tout ce qui vient du Québec, on a tous d’autres chats à fouetter. Notre erratique voisin Donald Trump. L’amateurisme de Doug Ford en Ontario. L’implosion du Parti libéral de Justin Trudeau. L’économie. L’environnement. Le bilinguisme. Les enjeux plus importants ne manquent pas.

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