Débat à U of T: quand la laïcité heurte des valeurs personnelles

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C’est un débat des plus passionnant qui a eu lieu jeudi soir dernier pour le bénéfice d’une centaine d’étudiants du campus de Scarborough de l’Université de Toronto (UTSC). Mieux qu’un débat, une conversation très constructive, animée par Gisèle Quenneville, de TFO, autour de la Charte des valeurs québécoises et la place du religieux dans le domaine public.

Invités par le Centre français et de linguistique de l’UTSC, Bernard Andrès et David Koussens, professeurs à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université de Sherbrooke respectivement, sont venus éclaircir la brume autour de la polémique qui secoue le Québec et qui interpelle le Canada anglais: faut-il oui ou non interdire le port de signes religieux dans la fonction publique?

Le sujet est au cœur de toutes les discussions depuis que Bernard Drainville, ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, a présenté en septembre dernier son projet de Charte des valeurs québécoises.

Les deux intellectuels québécois, tous deux issus de l’immigration française, partageaient à peu de choses près les mêmes idées. Les pours et les contres ont été abordés.

Bernard Andrès a tenu à faire un bref rappel des moments forts dans l’histoire du Québec en faisant référence notamment à la période précédant la Révolution tranquille: «la religion n’a pas toujours été un choix, mais une seconde nature, à l’époque où le Québec était très lié aux instances religieuses».

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Rappelons que la séparation de l’Église et de l’État est un fait somme toute assez récent au Québec, puisque cela date des années 60. Une rupture marquante suivie d’un désir de mise en place d’un État, voire d’une société, entièrement laïque.

Paix sociale

Le Québec souhaite suivre l’exemple de la France qui a adopté une loi en 2004 interdisant le port de signes religieux ostentatoires. Mais le Québec, c’est le Québec. Une terre multiculturelle d’immigration et d’accueil.

Et comme le disait Bernard Andrès: «la pluralité et le pluralisme n’est pas seulement entre les individus, mais au sein de chacun». Imposer cette charte pourrait donc exclure certains immigrés qui tentent de s’intégrer. Mais aussi renforcer l’individualisme religieux et entraîner un repli communautaire.

«La charte n’est pas là pour interdire, mais pour garantir une paix sociale», de dire Bernard Andrès.

Cette loi n’est pas le fruit d’une apparition divine. Selon les deux intellectuels, il s’agit d’une réponse à un malaise: il faut s’interroger sur ce que les signes religieux extérieurs peuvent renvoyer aux personnes qui perçoivent ces signes.

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Image et message

La personne qui affiche de manière physique sa religion doit prendre en compte le message qu’elle fait passer aux personnes qui sont autour d’elle, et le fait que ce message peut être perçu, interprété de différentes manières.

«La charte fige en quelque sorte la laïcité comme une vérité immuable. Or, on ne peut pas légiférer que sur un malaise», déclare David Koussens. La liberté d’expression, qui est un pilier de la démocratie, est justement là pour faire entendre ce que l’on n’a pas l’habitude d’entendre ou de voir.

David Koussens parle aussi d’individualisation de la croyance. La religion n’est pas un choix, ni une contrainte, c’est un cheminement personnel. Il y a un rapport aujourd’hui très personnel avec Dieu, chacun vie sa croyance de manière très incarnée et individuelle. Comment permettre à chacun de vivre sa religion comme il l’entend, et cela est valable aussi pour les athées. Il faut une place pour chacun dans la société.

«Le malaise, c’est l’islam»

L’objectif de cette loi est d’inscrire la neutralité de l’État et le caractère laïque des institutions publiques dans la Charte des droits et libertés de la personne.

À l’origine il s’agit surtout d’«établir, dans la loi, un devoir de réserve et de neutralité religieuse pour le personnel de l’État dans l’exercice de ses fonctions», selon la proposition du ministre. Et plus précisément d’interdire le port de signes religieux visibles, comme le foulard islamique, la croix chrétienne, le turban sikh et la kippa juive.

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Mais comme l’on si bien fait remarquer les deux interlocuteurs lors du débat à l’USTC, c’est une loi qui ne vise pas de groupe en particulier sur le papier, mais qui dans les faits se rapporte essentiellement à la communauté musulmane. Certains parlent «d’islamisation de la société» comme d’une menace.

David Koussens dit tout haut ce que les autres pensent tout bas et affirme que «le malaise, c’est l’islam».

Ce n’est pas un jugement de valeur, mais une simple remarque. Ce sont les musulmans qui sont visés, notamment parce qu’une femme voilée, ça dérange. Et au XXIe siècle, «on vise l’égalité femmes/hommes».

Égalité femmes/hommes

Le problème étant que, dans l’islam, c’est la femme qui est le plus touchée, celle qui est discriminée. «C’est une discrimination qui existe déjà à la source même de la religion. Cette forme d’inégalité entre les sexes qui intervient au sein de la religion, on ne veut pas qu’elle puisse s’introduire dans l’espace public», explique Bernard Andrès.

Le port du voile est perçu comme une régression. Bernard Andrès ajoute: «est-ce qu’on peut être tolérant avec une religion intolérante?»

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Mais comme le disait Voltaire: «je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrais jusqu’à ma mort pour défendre votre opinion».

Ce débat à l’UTSC démontre que ce débat «québécois» fait tache d’huile dans tout le Canada.

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