Un chat peut-il descendre d’un arbre?

Ça dépend plus de l'arbre que du chat

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Publié 23/04/2018 par Laura Martinez

Deux chatons de sept mois sont restés coincés pendant cinq longs jours à une vingtaine de mètres en haut d’un arbre d’un quartier de Montréal, l’automne dernier. À elle seule, l’entreprise montréalaise Service urgence et sauvetage animal peut intervenir jusqu’à trois fois par semaine pour rescaper de tels chats incapables de redescendre d’un arbre, explique son directeur aux opérations, Éric Dussault.

Mais un chat est-il vraiment incapable de redescendre?

Monter, c’est facile

Généralement, les chats s’aventurent dans les arbres lorsqu’ils chassent un oiseau ou un écureuil, ou lorsqu’ils souhaitent s’éloigner d’un danger.

«C’est son arme numéro un: pouvoir grimper aux arbres, alors que les chiens et les humains ne peuvent pas le faire», explique l’intervenant en comportement félin Daniel Filion.

Descendre, c’est risqué

Or, les griffes des chats, aiguisées et courbées vers l’arrière, sont pour ainsi dire faites sur mesure pour grimper facilement dans un arbre, explique le chercheur retraité de l’École vétérinaire de l’Université de Bristol, en Angleterre, John Bradshaw.

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Cependant, ses griffes ne lui sont d’aucun secours quand il décide de redescendre d’un arbre. Tête première, le chat essaiera de freiner sa descente en plantant les griffes de ses pattes arrière dans l’écorce de l’arbre. Malheureusement, planter ses griffes en forme de crochet vers le bas, comme le commande la descente, s’avère laborieux.

De plus, certains chats, qui auront attendu trop longtemps en haut de l’arbre, n’auront plus l’énergie pour redescendre. «Ils sont souvent déshydratés», poursuit Daniel Filion. Peut-être trouvent-ils que c’est trop dangereux et «ils vont rester là».

Le margay fait pivoter ses pattes

L’un des seuls chats capable de planter les griffes de ses pattes arrière vers le haut pour descendre la tête la première est le petit félin des forêts tropicales d’Amérique centrale et du sud, le margay, explique la biologiste de l’Université de Jujuy en Argentine, Miriam Maria Morales, qui est experte en anatomie des chats sauvages.

En effet, le margay est capable de faire pivoter de 180 degrés ses pattes arrière. C’est ce même avantage anatomique qui permet aux écureuils et aux ratons laveurs de descendre des arbres la tête en bas.

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Cette spécialisation mécanique de l’articulation des pattes arrière de ce chat arboricole est le résultat d’adaptations osseuses et musculaires, que ne possèdent pas les chats terrestres, comme le démontre l’étude de la Dre Morales publiée en décembre dans le journal Zoology.

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Le margay d’Amérique centrale. (Photo: Wikip[edia Commons)

Contre-intuitif pour un chat

Pour pallier ce problème, les chats descendent généralement le postérieur en premier et essaient de planter leurs griffes avant sur les côtés des arbres, explique M. Filion.

Mais les pattes arrière des chats domestiques, qui servent normalement de ressort pour bondir, grimper ou courir, sont moins mobiles et agiles que leurs pattes avant.

«Ça pose beaucoup de problèmes, car il faut lever la patte [arrière], ce qui est très contre-intuitif pour un chat. Et en même temps, comme il descend le derrière en premier, il a de la misère à voir où il s’en va. C’est quand même assez exigeant pour un chat. C’est une bonne dépense d’énergie et c’est assez dangereux», ajoute M. Filion.

Des arbres facilitent la descente

Cependant, malgré ces difficultés, la majorité des chats réussissent à redescendre au sol par eux-mêmes, selon les experts rejoints pour cet article.

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La forme de l’arbre, dont sa faible hauteur et sa petite circonférence, ainsi que la présence de branches le long de son tronc, pourraient faciliter leur descente. En effet, un chat descendant le postérieur en premier descendra plus facilement d’un arbre à faible circonférence.

La faim ou le vide

Bien que la plupart des chats domestiques redescendent d’eux-mêmes, certains restent coincés. «Si le chat est là depuis plus de 12 h, souvent il va être déshydraté. Après deux jours sans s’alimenter, il peut commencer à montrer des problèmes de santé plus graves», commente la vétérinaire Karine Gélinas.

Éric Dussault précise cependant n’avoir jamais trouvé de chat mort au pied d’un arbre. Il admet avoir déjà vu un chat faire un arrêt cardio-respiratoire lors d’un sauvetage, probablement à cause du stress de l’intervention et au fait que le chat ait passé plusieurs jours sans boire ni manger, dit-il.

Parmi les quelque 400 interventions réalisées entre 2014 et 2017 par le Service urgence et sauvetage animal dans la région métropolitaine de Montréal, 75% correspondaient à des sauvetages de chats coincés dans des arbres depuis deux à quatre jours, commente M. Dussault.

Auteur

  • Laura Martinez

    Journaliste à l'Agence Science-Presse, média indépendant, à but non lucratif, basé à Montréal. La seule agence de presse scientifique au Canada et la seule de toute la francophonie qui s'adresse aux grands médias plutôt qu'aux entreprises.

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