Trump: attendre avant de juger

Annie Demirjian, la modératrice; Juan Alsace, consul général des États-Unis à Toronto; Joan Ablett, consultante; Ron Pruessen, prof d’Histoire à l’Université de Toronto; Miloud Chennoufi, prof au Collège des Forces canadiennes à Toronto.

Annie Demirjian, la modératrice; Juan Alsace, consul général des États-Unis à Toronto; Joan Ablett, consultante; Ron Pruessen, prof d’Histoire à l’Université de Toronto; Miloud Chennoufi, prof au Collège des Forces canadiennes à Toronto.


30 janvier 2017 à 18h15
Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat entre La Cité et L’Express.
Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat entre La Cité et L’Express.

 Thomson Birara est étudiant en journalisme à Toronto au collège d’arts appliqués La Cité.


Juan Alsace, le consul général des États-Unis à Toronto, participait au débat du 26 janvier à Glendon sur l’impact de la nouvelle administration Trump au Canada et à l’étranger. «Attendons quelques semaines, quelques mois, et nous verrons»… Sa déclaration prudente s’est avérée être le slogan de la soirée.

Autour du consul, l’École d’affaires publiques et internationales du Collège Glendon avait réuni dans son amphithéâtre un historien, un expert du Moyen-Orient, et une activiste qui a fait campagne pour Hillary Clinton.

La présidence Trump déplace les foules: près d’une centaine d’étudiants et de Torontois de tous horizons ont assisté au débat. Seulement une dizaine de sièges étaient vides.

Juan Alsace a tenu à revenir sur quelques mots de Donald Trump, prononcés pendant son assermentation. «Avantager le peuple américain dans les accords commerciaux, le système fiscal, les lois sur l’immigration et la politique étrangère.»

Les autres membres du panel ont été très critiques face à ces promesses. «Trump manque de curiosité intellectuelle», a jugé le prof Miloud Chennoufi, directeur du département des études sur la défense au Collège des forces canadiennes de Toronto.

«Serait-il une version réelle de Darth Vader?», s’est interrogé Ron Pruessen, prof d’Histoire à l’Université de Toronto, à court de mots assez forts pour décrire le président.

«Il n’y a pas que le président», a répondu M. Alsace à l’inquiétude d’une étudiante de voir reculer les droits des immigrants, des femmes et des minorités durant les quatre prochaines années. Aux États-Unis, il existe plusieurs «centres de pouvoir». Trump devra tenir compte de médias, de la société civile, du Congrès et des tribunaux.

Mauvais pressentiment

Il y a souvent un décalage entre «la poésie de la campagne électorale et la réalité de gouverner», a rappelé Ron Pruessen. Woodrow Wilson et Franklin Roosevelt étaient deux candidats pacifistes, mais ils ont marqué l’histoire pour leur implication durant les deux Grandes guerres.

Malgré sa perspective d’historien, M. Pruessen avoue avoir un sentiment «désagréable» face à la campagne qu’a menée Donald Trump et à sa première semaine aux commandes du pays.

Ériger des barrières protectionnistes pour créer des emplois, construire un mur pour empêcher l’immigration illégale, bannir les musulmans pour contrer le terrorisme. «Des solutions simplistes à des problèmes complexes. Ça démontre une immaturité politique», selon lui.

Le «Big Man»

Le mot «populiste» est revenu à plusieurs reprises durant le débat. C’est cette caractéristique qui aurait fait élire le candidat républicain.

Joan Ablett, une consultante en communication qui a fait campagne pour Hillary Clinton, a raconté son expérience en Floride. La stratégie des supporteurs de Clinton a été d’encourager les nouveaux Américains, souvent en provenance des Caraïbes ou d’Amérique latine, de s’enregistrer et de voter.

Résultat: une majorité de ceux qui ont voté n’ont pas opté pour Hillary Clinton! Beaucoup de nouveaux immigrants sont habitués aux candidats populistes et apprécient un «Big Man».

Mme Ablett fait sienne l’analyse de l’homme d’affaires Peter Thiel, qui a fait campagne pour Trump: «Pour les partisans de Trump, il a toujours été un candidat sérieux, mais il ne fallait pas le prendre au mot. Pour les médias, il n’a jamais été un candidat sérieux, mais il a toujours été pris au mot.»

Moyen-Orient

Et si l’arrivée de M.Trump à Washington était l’occasion de démêler les cartes au Moyen-Orient? La question a été posée à Miloud Chennoufi.

D’après lui, «il existe des forces à Washington qui sont tellement puissantes qu’elles vont toujours pousser l’administration américaine à rester aussi impliquée qu’avant au Moyen-Orient.»

Le nouveau président a donné l’impression de vouloir rompre avec la tradition militariste américaine au Moyen-Orient. Barack Obama aurait lui-même tenté de suivre cette voie, mais il aurait  «échoué lamentablement».

L’administration Trump aura toutefois une occasion diplomatique, lors de discussions formelles sur la Syrie en février. Le professeur Chennoufi croit que les États-Unis pourront tenter de  «jouer de leur poids» afin de stabiliser cette région.

Il s’agit là, encore, d’attendre avant de le juger.

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