Trésors de la langue française

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Publié 08/11/2011 par Gabriel Racle

La langue française abonde en expressions variées, cocasses, savoureuses ou sarcastiques pour décrire un événement ou une situation, un état mental, une réaction psychologique ou un comportement, ou pour se tirer d’affaire ou clouer le bec à un interlocuteur impudent.


Ces expressions constituent de véritables trésors de notre langue, que l’on pourrait s’amuser à classer en différentes catégories: les unes sont proverbiales et abstraites, comme «Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras»; d’autres suscitent l’action, comme «Mettre l’épaule à la roue», même si la roue n’est que virtuelle; certaines sont évocatrices comme «À la va comme j’te pousse» ou «Ne pas mettre tous ses œufs dans la même panier», utile conseil en temps de crise.


Et l’on pourrait poursuivre cette énumération et la classification: un travail intéressant certes, mais de logue haleine pour être exhaustif.


Le français est en effet une langue très riche en dictons, proverbes et expressions familières, qui se perdent parfois dans la nuit des temps, et si quelque lecteur veut se consacrer à ce relevé complet, il lui faudra du temps et de la patience.


Il est vrai que «Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.»


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Expressions animalières


Parmi toutes ces expressions dont peut se prévaloir notre langue, il en existe une catégorie très intéressante parce que ses composantes proviennent de l’observation d’un comportement animal, réel ou supposé, qui donne donc lieu à des expressions très utilisées ou peu connues ou diversifiées selon quelques pays francophones, et dont l’origine nous échappe, même si nous en connaissons parfaitement la signification imagée.


Pour découvrir ou redécouvrir ces trésors de la langue française, en retrouver les origines légendaires ou réelles, amusantes et divertissantes, un petit livre vient de paraître qui offre une sélection de «100 expressions fameuses dans lesquelles les animaux sont à la fête».


Le titre de ce petit livre est par lui-même significatif: Comme vache qui pisse, et autres expressions animales, de François Lasserre et Roland Garrigue. Éditions Delachaux et Niestlé, 2011, 128 p.


Toutes les expressions sont illustrées par des dessins multicolores, ce qui en agrémente la lecture, et fait aussi de cet ouvrage un petit livre pédagogique pour transmettre la tradition de ces expressions, dont il serait regrettable qu’elles sombrent dans l’oubli par méconnaissance de leur formulation et de leur signification.


Des larmes de crocodile


D’où nous vient cette expression qui exprime souvent un commentaire désabusé sur les propos de quelqu’un. On trouvera dans l’ouvrage les explications suivantes.


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«Selon une vieille légende, les crocodiles pleurent après avoir dévoré leur proie. Une autre légende venue d’Égypte au temps de l’Antiquité, dit qu’ils attendent patiemment leur victime et, pour les attirer gémissent et pleurent.


Intriguées et bernées par ces gémissements, les proies s’approcheraient sans méfiance et se feraient croquer! Pleurer des larmes de crocodile signifie donc que l’on pleure pour rien, de façon un peu capricieuse, sans éprouver réellement de tristesse… pour se faire remarquer.»


Et l’extension du sens s’applique aussi aux paroles de regret, qui sont aussi fausses que les larmes du crocodile.


Autres animaux


De nombreux autres animaux, gros ou petits, entrent dans la danse des expressions choisies par François Lasserre et mises en scène avec humour par Roland Garrigue. L’ours, la baleine, le hanneton, la sardine, la puce, la poule font partie du répertoire.


Si vous prenez la mouche, c’est que votre opposant a su trouver les mots qu’il fallait pour faire mouche. Et vous allez peut-être tourner comme un lion en cage!


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Mais on prête aussi aux animaux des comportements qu’ils n’ont pas en réalité. L’auteur, qui est un fin connaisseur du monde animal, saisit au passage l’occasion de battre en brèche certaines idées reçues sur les animaux.


Il faut lire, par exemple, ce qu’il écrit à propos de l’expression courante: «Manger comme un cochon». La transposition des mœurs humaines sur un comportement animal donne lieu à une incompréhension qui serait blessante pour cet animal, s’il comprenait ce que l’on dit à son sujet. C’est de l’anthropomorphisme inversé.


Un livre pas piqué des vers


Le titre de cet album humoristique est évocateur. Cette expression qui serait apparue dans la deuxième moitié du XIXe siècle concerne la pluie, une pluie battante, une très grosse pluie.


La comparaison provient évidemment du milieu agricole, bien au fait du comportement de ce ruminant.


Un éléphant battrait sans doute la vache, mais on n’observait guère d’éléphants dans les champs à l’époque!


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La vache, pourtant fort utile et pacifique, a d’ailleurs fourni une jolie collection de «vacheries», une belle vache, une peau de vache, sans parler de la vache folle. On pourra poursuivre le jeu, car ce petit ouvrage peut servir à des jeux familiaux qu’il suffit d’inventer.


C’est l’occasion de déployer les richesses de son imagination à propos de ces trésors de la langue française.

Auteur

  • Gabriel Racle

    Trente années de collaboration avec L'Express. Spécialisé en communication, psychocommunication, suggestologie, suggestopédie, rythmes biologiques, littérature française et domaine artistique. Auteur de très nombreux articles et d'une vingtaine de livres dont le dernier, «Des héros et leurs épopées», date de décembre 2015.

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