Tombez en amour vous aussi

Les Indisciplinés à la bibliothèque Palmerston

Pierre McLaughlin (le père), Geneviève Brouyaux (la mère) et, à gauche, le metteur en scène de Fragments de mensonges inutiles, Matthieu Bister.

4 novembre 2014 à 9h18

Plus que l’homosexualité, la réaction de la famille et de la société face aux émotions est explorée par Les Indisciplinés de Toronto dans Fragments de Mensonges inutiles, ce drame de Michel Tremblay, mis en scène par Matthieu Bister, qui sera présenté du 13 au 15 novembre à la bibliothèque Palmerston.

Monter Fragments de mensonges inutiles s’est imposé comme une évidence pour la compagnie.

Alors qu’il était à Montréal pour une fin de semaine, Matthieu Bister, ce Français expatrié à Toronto et issu d’une formation en ingénierie à l’École Polytechnique de Montréal, organise avec ses amis une soirée «mise en lecture» de pièces de théâtre.

Parmi les textes, il y a ce drame de M. Tremblay paru en 2009: Jean-Marc et Manu, deux adolescents, s’aiment, à 50 ans d’intervalles. La pièce aborde la façon dont l’homosexualité des deux jeunes est vécue par leurs parents et par la société, la morale étant représentée en 1958 par l’aumônier et en 2008 par le psychologue.

Pour le passionné de théâtre, c’est une révélation. «Je suis tombé en amour avec le texte», avoue-t-il, «il est poétique, rythmé, mathématique».

À son retour dans la ville Reine, il fait part de sa découverte à l’équipe des Indisciplinés de Toronto, la troupe de théâtre communautaire.

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Pour Matthieu Bister, c’est une première. Avant de voir Le Passé antérieur, monté par le Théâtre français de Toronto le mois dernier, Michel Tremblay lui était inconnu.

«Ça a été une découverte de l’auteur, du personnage», note le metteur en scène. Dans le but de ne pas se perdre, en plus de visionner des entrevues du dramaturge, M. Bister a contacté Guy Migneault, le directeur artistique du TfT.

Les deux hommes ont eu une discussion à propos de l’œuvre de Michel Tremblay, de ses personnages et de l’ambiance dans les années 1950. M. Migneault a même rencontré les comédiens. «Cela m’a aidé au niveau de l’interprétation du texte, à poser certains repères», explique le metteur en scène.

Monter cette pièce constitue un véritable défi pour M. Bister, d’autant que c’est sa première mise en scène. Si le vocabulaire et la théorie lui manquent, la motivation, elle, est bien présente. «Je n’ai pas une boîte à outils solide», explique le jeune homme, «mais je fais du bricolage par rapport à ce que je vois et ce que je connais».

«Bouillonnement intérieur»

Les personnages de la pièce et leurs émotions le fascinent. «Ce qui m’intéresse, c’est le bouillonnement intérieur des personnages. Il y a tellement de choses qui se passent dans ces gens là», admet Matthieu Bister.

L’analyse du conditionnement sociétal l’intéresse également. Selon lui, dans Fragments de mensonges inutiles, «l’homosexualité n’est pas un big deal. Le big deal, ce sont les réactions des personnages, comme le père de 1958» qui ne veut pas connaître la vérité à propos de son fils «car il pense qu’il va avoir honte et aussi car la société lui dit qu’il doit avoir honte.»

Pour faire ressortir ces émotions, Matthieu Bister essaie d’aider les comédiens à se surpasser, à «aller chercher les émotions dans ce qu’ils vivent».

À ce sujet, le comédien Pierre McLaughlin, qui interprète le rôle de Gabriel (le père, en 1958) avoue avoir replongé dans ses souvenirs.

«J’ai découvert mon homosexualité à l’âge de 17 ans», raconte-t-il. «Ma mère m’a dit qu’elle le savait déjà. Quant à mon père, je ne lui ai rien dit, mais il le savait aussi.»

Jouer le personnage de Gabriel le touche profondément, car il lui rappelle son père: «le jouer, c’est comme lui redonner vie», admet Pierre.

De son côté, la comédienne Geneviève Brouyaux, qui interprète Diane (la mère en 2008), raconte qu’elle a fouillé dans son expérience de mère. Son personnage est une femme assez accomplie, mais elle découvre qu’elle ne peut pas entrer en relation avec son fils, elle est perturbée.

Selon Mme Brouyaux, être mère est un exercice de culpabilité: «on n’est jamais sûre d’avoir fait la bonne chose», avoue-t-elle. Toute mère a déjà eu «l’impression de ne pas pouvoir aider son enfant».

Questionnement

Les expériences de deux familles sont ainsi confrontées à deux époques différentes à travers des monologues, des duos et des quatuors, où l’incompréhension, la peur et l’amour s’entremêlent, sans qu’une solution ne soit véritablement donnée à la situation par l’auteur, Michel Tremblay.

Les spectateurs devront ainsi se faire leur propre opinion.

Matthieu Bister espère en tout cas susciter le questionnement chez le public. «Je veux que les gens sortent de la salle et qu’ils se demandent: ‘comment est-ce que je réagirais face à une telle situation?

Qu’est-ce que je dis ou pas lorsque je communique avec mes émotions?’»

lesindisciplinesdetoronto.ca

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