TIFF 2017 : une excellente année pour les francos

Un film de zombies québécois!

Laissez les cadavres bronzer


9 septembre 2017 à 21h30

Vous l’avez sans doute remarqué, un modeste festival de cinéma se déroule en ce moment en centre-ville!

Et s’y l’on regarde bien, on pourrait presque s’y méprendre et croire qu’il s’agit d’un festival de cinéma francophone, tant le nombre de films faisant une belle place à la seconde langue officielle du pays y est important cette année.

Arrivant juste derrière 2016, la plus grosse année en termes de présence française et francophone au TIFF d’après les membres de l’organisation Unifrance, le cru 2017 se présente comme un embarras du choix pour les amateurs de cinéma dans la langue de Molière. Les œuvres viennent bien entendu de tout autour de la planète, mais essentiellement de France, du Canada et de Belgique, avec une belle recrudescence des sélections pour nos amis du plat pays, avec également une belle présence des films de genre.

Hochelaga, terre des âmes, de François Girard.
Hochelaga, terre des âmes

Québec classique et novateur

Une des sélections canadiennes nous ayant le plus touché conte magnifiquement, à l’aide d’un montage alterné et poétique, la création de la ville de Montréal et la redécouverte du village original d’Hochelaga par des fouilles archéologiques au stade Percival Molson suite à un affaissement de terrain pendant un orage.

Réalisé autour du 375e anniversaire de la ville aux cent clochers, Hochelaga, terre des âmes comporte une distribution impressionnante (Vincent Perez, Raoul Trujillo, Samian, Sébastien Ricard, Siân Phillips, Wahiakeron Gilbert, Linus Roache…), est réalisé par François Girard (Le violon rouge, Boychoir), produit par Roger Frappier, et remonte le temps en suivant les différents objets retrouvés dans les fouilles, ainsi que leurs propriétaires et histoires respectives.

L’image de cette fresque historique est magnifique, la musique et le langage appropriés, et l’ensemble délicieux, mélangeant cultures autochtone, anglaise et française, laisse un goût de fierté d’appartenir à notre beau pays, même si l’on sait bien que tout n’a pas chaque jour été rose et brillant.

Les affamés
Les affamés

Fait rare, la sélection québécoise comprend cette année un film de zombies: Les affamés de Robin Aubert (De père en flic, Guibord s’en va t’en guerre). Le long-métrage ne suit pas complètement les critères habituels des films du genre et nous place dans un Québec rural juste après le début d’une épidémie zombifiante, où les personnages principaux doivent gérer des décisions difficiles en voyant leurs proches se transformer en créatures assoiffées de sang.

À l’opposé des «marcheurs» lents de la série The Walking Dead, certainement l’œuvre contemporaine la plus célèbre sur le sujet et qui dicte quelque peu les archétypes du zombie moderne, les monstres de Robin Aubert sont rapides, très rapides, et ne semblent parfois pas avoir perdu toute leur humanité tant ils ont des comportements qui semblent habituels.

De même, les survivants, qui s’avèrent généralement être plus dangereux que les créatures dans ce genre cinématographique, sont ici très solidaires. Le Québécois prend donc un contrepoint intéressant et frais qui ravive le genre, et de plus, en français!

Le fidèle
Le fidèle

La Belgique en mire

La Belgique s’illustre avec deux magnifiques œuvres très différentes, Le fidèle (Racer and the Jailbird) de Michael R. Roskam, un drame d’amour contemporain, et Laissez les cadavres bronzer (Let The Corpses Tan), un film noir de gangster totalement déjanté et inspiré des westerns spaghettis des années 60 par Hélène Cattet et Bruno Forzani.

Le premier nous présente la torride histoire de Gino/Gigi (Matthias Schoenaerts) et Bénédicte/Bibi (Adèle Exarchopoulos) qui tombent éperdument amoureux et doivent apprendre à se connaître et se faire confiance, mais Gigi est aussi un cambrioleur de haut vol appartenant à un gang bruxellois très actif, et lâcher son passé n’est pas si simple. Le tout serait somme toute assez classique sans un retournement spectaculaire de la situation dans la seconde partie du film, qui pourra paraître un peu longue, mais se regarde tout de même avec beaucoup de plaisir.

Laissez les cadavres bronzer, quant à lui, fait usage de toutes les recettes et plans inventés par Sergio Leone pour magnifier ses personnages, et c’est à coup de très gros plans sur les regards et les mains que nous suivons les aventures d’un gang se terrant dans un hameau provençal en ruines après leur dernier braquage sanglant. Les tensions montent, des visites inattendues enveniment le tout et l’explosion survient dans un duel multiple final, sous le soleil assommant du sud de la France.

Le prix du succès
Le prix du succès

La France présente

Il ne faudra pas non plus manquer les poids lourds du cinéma français tels que Le prix du succès de Teddy Lussi-Modeste, avec Tahar Rahim (Un prophète), Maiwenn (Polisse) et Roshdy Zem (Indigènes), magnifique drame aux relents de Jacques Audiard.

Après dix ans de carrière et de galère dans lequel son frère Mourad (R. Zem) l’accompagnait à chaque minute, Brahim (T. Rahim), comédien comique, rencontre enfin le succès, puis l’amour avec Linda (Maiwenn). Alors qu’il décide de s’installer avec sa flamme, et signe avec un nouvel agent célèbre qui pourra propulser sa carrière au sommet, Mourad se sent trahi, délaissé et blâme son frère. La situation s’envenime jusqu’au point de non-retour.

Number Une
Numéro Une

Un sujet actuel et chaud!

Pour terminer, et puisque nous ne pouvons pas parler de tous les fabuleux films présents au TIFF 2017 (et ne les avons pas tous vus!), Numéro Une, le dernier Tonie Marshall (Vénus Beauté Institut), fait figure de proue de l’égalité des sexes, et inspirera très certainement les spectateurs.

On y suit l’évolution professionnelle d’Emmanuelle Blachey (Emmanuelle Devos) qui commence par refuser un poste élevé à responsabilités, mais qui, suite à une promotion décevante, change d’avis et doit maintenant se battre contre des obstacles qui s’accumulent: son père tombe malade, son partenaire se plaint de son manque de disponibilité, et ses compétiteurs masculins sont sans pitié dans un monde ou les hommes dominent et feront tout pour ne pas perdre leurs privilèges face à une femme.

Emmanuelle Devos est grandiose dans cet exposé sur la misogynie en entreprise, et le film pose franchement la question: le mérite et les compétences peuvent-ils gagner contre le système en place?

Bien entendu, il reste beaucoup d’autres films en français à découvrir au festival, alors n’hésitez pas et rendez-vous sur le site du TIFF pour en consulter la liste puisque cette année, l’option de tri par la langue est disponible dans la colonne de gauche!

Bon festival!

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