Sur la trace d’Igor Rizzi: Regard français sur l’hiver québécois


30 janvier 2007 à 13h08

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Sur la trace d’Igor Rizzi est un film pour initiés. Du type qui conquiert très difficilement le coeur du grand public, mais qui est encensé – à excès peut-être – par la critique. Film lent, poétique, ponctué de silences, Sur la trace d’Igor Rizzi retrace la quête personnelle d’un ancien footballeur français complètement fauché et rongé par les remords.

«J’ai cette idée un peu mystique que les êtres humains deviennent meilleurs quand ils sont seuls et qu’ils ont tout perdu», explique en entrevue Noël Mitrani, qui porte le chapeau de scénariste, de réalisateur et de producteur du film.

Le long-métrage s’ouvre sur une vue imprenable du pont Jacques-Cartier à Montréal. La voix off – détachée et désabusée – de Jean-Marc Thomas (Laurent Lucas) enchaîne. Il vient de perdre son amoureuse québécoise, Mélanie (Isabelle Blais), décédée abruptement. Depuis, les regrets lui rongent les sangs. À la recherche de sa présence, il traverse l’Atlantique pour refaire sa vie là où elle a grandi, au Québec. Complètement fauché, il sombre rapidement dans la petite criminalité. Jusqu’au jour où on lui propose un gros contrat: abattre Igor Rizzi.

Dans un Montréal drapé de son manteau blanc, le long-métrage retrace la quête de Jean-Marc, de sa chute dans les plus sombres tréfonds de son âme jusqu’à sa rédemption, sans cesse repoussée par ses remords.

«Je voulais faire un film où, pour une fois, c’était le personnage lui-même qui se faisait des reproches», explique Noël Mitrani en repoussant du revers de la main «un certain cinéma français» qui l’exaspère et où «l’on voit à longueur du film des personnages qui se font des reproches et des couples qui se détestent».

Français d’origine, mais expatrié au Québec depuis quelques années, Noël Mitrani signe avec Sur la trace d’Igor Rizzi son premier long-métrage. Le film est arrivé comme un pavé dans la marre dans le petit monde du cinéma québécois.

Au moment où faisait rage le débat sur le piètre financement de l’industrie cinématographique québécoise, le jeune réalisateur présentait son nouveau-né, produit avec un maigre 50 000$ puisé à même ses économies personnelles. Après avoir raflé le prix du meilleur premier film canadien au Festival international du film de Toronto, Sur la trace d’Igor Rizzi était présenté à la Semaine de la critique du Festival du film de Venise. Et vlan!

Mais depuis son arrivée sur les grands écrans, ce n’est pas tant par le scénario – disons chancelant et par moment tout simplement ennuyant – que le film séduit, mais plutôt pas sa qualité cinématographique. Une faiblesse que le scénariste ne tarde pas à renverser en sa faveur: «J’ai envie de dire que si on parle trop du scénario, c’est qu’il est visible et ce n’est pas une bonne chose. Si le scénario peut s’effacer derrière le film une fois qu’il existe, je ne suis pas mécontent.»

Sa signature est imprégnée de plans très larges et de plans séquences qui touchent régulièrement les deux minutes. Un acte quasi politique pour Noël Mitrani: «C’est une révolte contre le cinéma actuel qui est insupportablement centré sur les gros plans. Un réalisateur doit s’engager dans l’image, il doit placer ses personnages dans un contexte. Un gros plan, c’est magnifique, quand on en donne un à toutes les 10 minutes. Dans le film, on frustre un peu le spectateur puis on lui donne un gros plan, et tout d’un coup le visage devient une information fascinante.»

Une qualité de l’image qui a également bénéficié d’un traitement en 35 mm. Résultat: même si le long-métrage a été tourné avec les moyens du bord, il ne tombe à aucun moment dans l’artisanal.

Et avec la neige comme principal décor, pas moyen de se tromper, lance à la blague Noël Mitrani. «La neige, c’est la meilleure des chef déco quand on n’a pas beaucoup d’argent! Il n’y a jamais de fautes de goût avec la neige!»

«J’avais fantasmé pendant des années de la France, à distance, à un Canada sous la neige. Et je voulais vraiment que ça se passe en hiver puisque ça collait vraiment avec les sentiments du film», ajoute le réalisateur.

Avec son regard encore presque vierge sur la ville aux cent clochers, Mitrani nous fait découvrir un nouveau Montréal. De simples ruelles à d’immenses parcs enneigés, son oeil d’étranger nous amène là où les Québécois – au regard habitué – ne voient plus cette beauté cachée de Montréal.

Pour son prochain film, Mitrani annonce déjà que le scénario sera plus dense. Tant mieux.

Sur la trace d’Igor Rizzi, de Noël Mitrani, avec Laurent Lucas, Pierre-Luc Brillant et Emmanuel Bilodeau, prend l’affiche au cinéma Royal à Toronto le 2 février.

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