Sculpture sur prose… ou l’émergence d’un nouveau concept artistique

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L’Alliance française vient de lancer sa nouvelle exposition. Cette fois, ce sont des poèmes et des oeuvres graphiques qui sont à l’honneur, le temps d’une exposition au concept novateur, créé par le poète québécois Jacques Rancourt, en collaboration avec Wanda Mihuleac, artiste d’origine roumaine.

Le principe est simple: le poète devait partir d’un texte de prose et en extraire plusieurs mots qui, mis bout à bout, donneraient vie à un poème de son cru.

Pour corser les choses, le poète était obligé de respecter l’ordre d’apparition des mots dans le texte en prose. Les textes d’origine sont divers (un discours de Dominique de Villepin, un extrait des Bienveillantes, une page internet, un article du Toronto Star…)

Pendant de l’exposition poétique, des oeuvres d’art visuel trouvent également leur place dans l’exposition, se basant sur le même principe. Mais cette fois le sujet de départ peut être une photographie, une publicité, une page de couverture de revue…

Et la sculpture dans tout cela? Pour ceux qui s’attendraient à trouver dans la galerie de l’Alliance de «vraies» sculptures, détrompez-vous! Le mot sculpture dans le titre de l’exposition signifie tout autre chose, comme l’explique Jacques Rancourt: «Dans la sculpture, l’artiste travaille en suivant la veine du bois, du marbre, il travaille avec ce qu’il a entre les mains. Nos poètes ont suivi la même démarche: prendre un matériau – le texte en prose – et respecter cette matière, aller dans son sens.»

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L’exposition a vu le jour cette année sous la houlette de Jacques Rancourt, Québécois installé à Paris et directeur du festival franco-anglais de poésie et de la revue franco-anglaise de poésie et d’art visuel La Traductière. L’exposition célèbre ainsi les 30 ans du festival et les 25 ans de la revue.

Des dizaines d’artistes et de poètes de nombreux pays (France, Canada, Roumanie, Irlande, Suisse…) y ont participé, produisant plus de 300 pièces. Antonio D’Alfonso est l’un d’entre eux. Lui qui a travaillé sur des articles du Toronto Star admet que «c’est une expérience troublante que de “kidnapper” l’oeuvre d’un autre».

Mais ces considérations morales mises à part, les créateurs de l’exposition se réjouissent de son succès: commencée à Paris, l’exposition a tourné en Roumanie, Belgique, Angleterre, et se poursuivra au Québec et en Australie.

L’enthousiasme du public est bien palpable et Jacques Rancourt se dit agréablement étonné de ce succès. Selon lui, cela s’explique par la formule choisie: «On peut entrer directement dans le poème en voyant le travail du poète à partir du texte en prose, les mots sont soulignés dans le texte d’origine. C’est très stimulant pour l’esprit. L’exposition a ainsi un côté très ludique et pédagogique, qui rend la poésie plus attrayante pour les profanes.»

L’autre aspect majeur de l’exposition est son bilinguisme: les poèmes sont traduits en anglais. Jo-Anne Elder, rédactrice en chef de la revue de traduction littéraire Ellipse, du Nouveau-Brunswick, a d’ailleurs collaboré à ce projet.

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Lancée sur son succès, l’exposition Sculpture sur prose ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Comme le confie Jacques Rancourt, la médiathèque de Seine-et-Marne souhaite faire circuler l’exposition dans des écoles et des rencontres sont prévues pour 2008 entre les poètes et artistes visuels de l’exposition et les auteurs des textes de prose qui ont servi de point de départ.

«Ce sera un moyen de créer un dialogue, espère le directeur de La Traductière. Souvent les poètes et les romanciers ne se rencontrent pas, cela sera donc un moyen de discuter ensemble des spécificités de chacune de ces écritures.»

Autre projet: Sculpture sur prose 2, qui poussera les artistes et poètes à mener une réflexion plus approfondie sur la démarche qu’implique ce genre d’écriture. «Nous voulons voir comment le poète prend un texte et le fait sien: dans quelle mesure est-il fidèle au texte initial? Dans quelle mesure s’en éloigne-t-il?» Mais en attendant la création de cette deuxième série, le public pourra découvrir Sculpture sur prose, dans la galerie de l’Alliance française jusqu’au 22 janvier.

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