Sarah Kravetz, documentariste de la mixité

Jean-Paul, du documentaire The Land Owns You. (Photo: Sarah Kravetz)

Jean-Paul, du documentaire The Land Owns You. (Photo: Sarah Kravetz)


19 juin 2017 à 17h34

Dans tous ses projets, la documentariste Sarah Kravetz, originaire de Paris et basée à Toronto depuis 6 ans, braque sa caméra sur «le multiculturalisme, l’exotisme et la mixité».

Depuis quelques années, elle parcourt le monde à la rencontre de ses habitants, dans le but de «montrer l’humain», un peu à la manière du réalisateur et reporter Yann Arthus-Bertrand, dont elle est une immense fan.

C’est discrètement que Sarah Kravetz a  construit son monde, son art et son approche du documentaire. Après plusieurs courts-métrages réalisés à de nombreux endroits du globe, du Maroc au Vietnam, en passant par l’Argentine et Israël, la jeune Française conduira trois nouveaux projets exclusivement à Toronto.

Sarah Kravetz
Sarah Kravetz

Un tipi à Toronto

Il y a trois ans, Sarah a lancé The Land Owns You, qui suit le quotidien d’une famille de Scarborough vivant dans un tipi construit par le père, Jean-Paul, originaire de Trinidad-et-Tobago. La mère est Norvégienne-Jamaïcaine. Le couple a trois enfants.

À son arrivée au Canada, à 17 ans, Jean-Paul a été adopté par une communauté amérindienne, ce qui l’a beaucoup influencé.

«C’est une famille proche de la nature, des choses simples de la vie», explique Sarah. «Je suis fascinée par cette famille et je veux partager leur vision du monde, raconter leur marginalité. Ce que je ne veux pas, c’est embellir en faisant du storytelling. Je veux simplement documenter leur quotidien tel quel, qui est tout de même extraordinaire!»

La petite fille de Jean Paul dans The land own you. (photo: Sarah Kravetz)
La petite fille de Jean Paul dans The Land Owns You.
(photo: Sarah Kravetz)

Rencontres multiculturelles

Sarah a eu une autre idée en rencontrant les créateurs du programme Meet Your Neighbour, de l’Institut du dialogue interculturel du Grand Toronto, qui consiste à accueillir des familles non musulmanes au cœur d’un repas du Ramadan.

Déjà familière avec les technologies de la diffusion en ligne en direct, Sarah a offert à l’Institut d’étendre ce projet à des rencontres entre immigrants de tous horizons. «Nous pourrions ainsi voir une famille coréenne et une famille croate partager un repas, et prévoir des conversations sur des sujets comme la société, la politique, la culture…

Trois jeunes filles au Maroc. (photo: Sarah Kravetz)
Trois jeunes filles au Maroc en 2006.
(photo: Sarah Kravetz)

Les enfants mixtes

Un autre de ses projets touchant aux identités «hybrides», proposé à l’Office national du film en 2015 et inspiré par les élèves du conseil scolaire Viamonde, lui tient encore à cœur.

Elle voudrait ici montrer des «enfants mixtes» rencontrés dans des écoles francophones de Toronto. Ce sera un documentaire qu’elle qualifie d’ancré dans la réalité des familles mixtes d’aujourd’hui et dans ce que Toronto a de plus multiculturel: «des parents venant d’ailleurs, des enfants nés canadiens et dont une des langues est le français!»

Sarah Kravetz a travaillé avec plusieurs artistes torontois, notamment au LABO d’arts médiatiques. Mais c’est avec un de ses artistes préférés, Timothy Yanick Hunter, que Sarah a réalisé une des collaborations qu’elle affectionne le plus, Des Bancs Oranges: des photos retouchées de bancs publics. «Une collaboration urbano-artistique et/ou socialo esthétique». «Je suis une passionnée de banc public et lui de la couleur orange, nous avons donc décidé de proposer cette idée ensemble.» 

Son grand projet The Land Owns You va être filmé pendant encore très longtemps, puisque «cette famille, c’est un peu le projet d’une vie», et la réalisatrice sera au cœur d’encore beaucoup d’autres projets fort de sens. Bien plus qu’une «artiste», c’est une personnalité à suivre.

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