Projet de documentaire de l’ONF: le Canada et ses rues

François Aubry sur les routes


14 avril 2009 à 12h26

François Aubry pose sa caméra et attend. Il observe, se laisse repérer, il s’ancre dans le paysage pour mieux le comprendre. Du moins, c’est la technique qu’il décrit quand vous lui demandez sa recette d’un bon reportage. Ce cinéaste est aussi reporter d’images, il a parcouru le monde, de la Palestine au Libéria en passant par la frontière mexicaine-américaine. Quand les responsables du bureau de l’ONF à Toronto lui proposent de faire le tour du Canada cette fois, il n’hésite pas, le projet sera sur la rue, pas les gens de la rue mais la rue.

Les rues du Canada ont-elles des points communs, des différences? Les gens qui utilisent la rue se côtoient t-ils vraiment? Après deux tours du Canada en recherche et développement pour son projet, François Aubry commence à avoir une idée assez précise de ce qui se passe dans les rues.

Qui est dans la rue?

De Halifax à Victoria, il arpente les rues à la recherche de ses sujets, ces sujets hommes ou femmes qui feront bientôt son documentaire. Forcément, qui dit rue dit les gens de la rue, les gens dans la rue. Les sans-abri sont en quelque sorte les yeux et les oreilles de la rue, ils la connaissent mieux que la police. François Aubry veut donner «une image plus réelle et plus proche des gens qui vivent dans la rue, sans porter de jugement, en les humanisant le plus possible.»

Il essaie de les suivre 24h/24 pour voir leur quotidien, avoir leur vision de la rue, leur point de vue sur les travailleurs en tuxedo qui courent stressés tous les matins pour cause de crise internationale. L’idée du film est d’offrir une vision comparée de la rue. Pour cela, François Aubry possède déjà une trentaine d’heures de bandes qu’il a tourné lors de ses voyages de repérage.

Alors, qui est dans la rue? Pour le réalisateur, un des constats importants est le nombre de personnes touché par des maladies mentales, «parce que la Canada a foiré son programme d’aide pour les maladies mentales», avance François Aubry. L’autre constat, près de la moitié des sans-abri sont aborigènes. Un dernier point soulevé par le réalisateur de frontières, vient de la criminalisation de la pauvreté. Par l’interdiction de mendier, de dormir dans certains endroits, les sans-abris cumulent des dettes, et font parfois de la prison.

Un travail impliquant

Pour le moment, François Aubry se consacre à l’élaboration du synopsis du film, ou comment démontrer tout le potentiel de ce projet.

Pour décupler la force du projet, et aussi les moyens techniques, il a eu une l’idée lumineuse de demander à des réalisateurs locaux de continuer son travail, une fois qu’il est parti de la ville pour suivre l’évolution de ses sujets.

Pour le documentaire, il veut que tout vienne de la rue, les images, les sons, les commentaires. C’est pourquoi il ne faut pas s’attendre à la présence d’une voix off sur la bande du documentaire, «on leur donne la parole, si tu montes bien, tu n’as pas besoin de commentaires», explique François Aubry.

La prochaine étape commencera autour de mai avec le véritable tournage en compagnie d’un preneur de son, et les longues immersions, «encore un an avec toute la production avant que le documentaire sorte», avance le réalisateur.

Sans remord ni pitié, François Aubry va repartir, avec l’idée qu’il ne peut pas faire grand chose pour les gens qu’il va rencontrer si ce n’est leur donner un exemple d’équilibre. Comme le lui a dit un jour un sans-abri, «on a tous en nous 100% de ce qu’il faut pour gagner et pour couler…»

Si vous voyez un jour un homme posé dans la rue, proche de sa caméra, et qui semble appartenir au paysage, allez le voir, ce sera sans doute notre réalisateur en train de capter ce qu’il cherche désespérément, l’humanité.

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